En ce début de semaine, les autorités se retrouvent en présence d’une première requête formelle pour le transfèrement d’un premier contingent de pirates somaliens pour leur détention et leur procès à Maurice. Cette demande a été transmise officiellement par la Communauté européenne, qui coordonne les activités de lutte contre des actes de piraterie dans l’océan Indien, plus particulièrement au large des côtes de la Somalie. À ce matin, aucune décision n’avait été encore prise à l’hôtel du gouvernement par rapport à ce premier transfèrement de pirates car le dossier complet transmis établissant un Prima Facie Case d’actes de piraterie est encore à l’étude.
Les renseignements glanés par Le Mauricien auprès des sources concordantes à Maurice et aux Seychelles, où se situe la base de la logistique de la lutte anti-piraterie, confirment que ces onze pirates en détention et qui font l’objet de ce transfèrement ont été appréhendés lors d’une opération menée par des forces navales américaines suite à un appel de détresse d’un bateau de marchandise générale qui avait été attaqué.
Le 5 janvier dernier, le MST Jasmine a été accosté par des pirates somaliens alors qu’il croisait à environ 240 milles nautiques au large des côtes somaliennes, plus particulièrement de Mogasdishu. Le capitaine du cargo a lancé un appel de détresse, qui a été capté par des Marines américains en patrouille dans la région. L’USS Halyburton, unité de la marine américaine faisant partie de l’opération Ocean Shield, est intervenu rapidement en lançant d’abord son hélicoptère en direction de la zone de détresse pour un premier constat.
Parallèlement, la frégate française Le Surcouf a mis le cap en direction du cargo attaqué en vue de récupérer les pirates somaliens appréhendés en flagrant délit par les Américains. Les embarcations utilisées par les pirates, dont un baleinier, ont été saisies et les pirates placés en détention à bord du Surcouf depuis, en attendant le début de l’instruction de leur procès aux termes de la loi en vigueur.
Mesures de sécurité
C’est ce qui explique en partie la demande de transfèrement de pirates formulée par la Commission européenne auprès de Maurice. Le protocole établi entre les différentes parties engagées dans la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien prévoit que la demande auprès du Prime Minister’s Office devra faire l’objet de discussions et de décision au niveau d’un comité interministériel, comprenant des officiers du Bureau du Premier ministre, du ministère de l’Intérieur, du ministère des Affaires étrangères, de l’Office of the Director of Public Prosecution (DPP), de la police et du ministère de la Santé.
Cette instance ministérielle dispose d’un délai de cinq jours pour faire connaître sa décision au sujet de la demande de transfèrement de pirates somaliens. « Sur la base du dossier transmis et accompagnant la requête de transfert, nous devrons être satisfaits que les éléments constituant un Prima Facie Case sous la loi réprimant la piraterie sont bel et bien présents », a fait comprendre au Mauricien un des représentants siégeant sur cette instance.
Avec un éventuel feu vert du gouvernement à la Commission européenne, les pirates somaliens débarqueront au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport où d’importantes mesures de sécurité e de quarantaine devront être mises en place. Les pirates somaliens, qui bénéficieront de traitement différents au niveau du Passport and Immigration Office, subiront également sur place d’importants tests de dépistage et des examens médicaux avant d’être placés en détention.
Les premiers 21 jours de détention provisoire se passeront dans des cellules spécialement aménagées à leur intention à l’Alcatraz Detention Centre. Entre-temps, les procédures pour le démarrage du procès des pirates seront au niveau du judiciaire. Par la suite, les Somaliens seront placés en détention dans une aile spécialement dédiée à leur intention à la Prison Centrale de Beau-Bassin.
À ce stade, tout indique que les différents services engagés dans la réception et la détention des pirates somaliens sur le sol mauricien ont bénéficié de la formation de base pour confronter cette nouvelle réalité. Au cours de la semaine écoulée, une trentaine d’officiers de la Prison et de la police ont suivi des cours dispensés par des spécialistes, dont Dable Khalif du Département de la Sûreté et de la Sécurité des Nations unies, Fadeke Astaud, représentante d’Interpol et Rony Narain, Counter Piracy Coordinator du Central CID.
Ces cours financés par la Commission européenne avec la collaboration d’Interpol étaient axés sur la complexité de la culture en Somalie et des techniques de manipulation des pirates somaliens de même que des mesures préventives nécessaires à l’intention du personnel de la Prison.