Après des mois de négociations et de préparatifs sous l’égide de la European Union Naval Force, Maurice a accueilli depuis vendredi un premier contingent de douze présumés pirates somaliens, âgés de 20 à 45 ans, appréhendés lors d’une opération militaire au large des côtes de la Somalie le 5 janvier. Jusqu’ici, les opérations de transfert de détention de ces ressortissants somaliens se sont déroulées dans des conditions correctes et à la satisfaction des observateurs étrangers, dont le lieutenant commandant de la Royal Navy John Simpson, Liaison Officer pour Maurice et les Seychelles et le Logistics Manager du Counter Piracy Programme du United Nations Office on Drugs and Crime, qui ont fait le déplacement pour superviser cette première pour Maurice dans le cadre de la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien. Du côté des Casernes centrales, avec le commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, sur place au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport, vendredi soir pour la réception des détenus, l’on se félicite du professionnalisme dont ont fait preuve la centaine de policiers déployés à cette occasion.
En attendant d’être confrontés aux faits compilés par les responsables de la European Union Naval Force lors de l’opération anti-piraterie du 5 janvier, les douze pirates présumés somaliens sous le contrôle des autorités mauriciennes rejettent catégoriquement les accusations d’actes de piraterie retenues contre eux. « Nous ne sommes pas des pirates. Nous sommes des pêcheurs. Nous étions en campagne de pêche quand nous avions été arrêtés par des soldats français en mer », ne cessent-ils de répéter dans leur langue à chaque fois qu’ils ont eu l’occasion depuis leur arrivée à Maurice, vendredi en début de soirée.
Lors de la première série d’interrogatoires menées par des limiers du Central CID sous la double supervision des assistants commissaires de police Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi, dans l’enceinte de l’aérogare de Plaisance, les ressortissants somaliens ont mis en avant le fait qu’ils sont tous des pêcheurs professionnels et qu’ils n’ont rien à faire avec les attaques contre des navires marchands au large des côtes de la Somalie. Néanmoins, après qu’ils eurent pris connaissance de leurs droits au terme de la loi et des inculpations provisoires retenues contre eux, ils ont été placés en cellules policières à l’Alcatraz Detention Centre.
Lors de leur première comparution, hier matin, devant la magistrate Nalini Senevrayar-Cunden, siégeant au tribunal de Port-Louis, les ressortissants somaliens ont fait prévaloir, par le truchement des deux interprètes disponibles, qu’ils souhaiteraient exercer leur droit d’être représentés par des hommes de loi durant toute la procédure à partir de samedi matin. Ainsi, compte tenu qu’ils ne disposent d’aucune ressource financière, ils ont complété les formalités nécessaires pour des demandes de Legal Aid. Après la comparution de ce matin, ils ont été reconduits en cellules policières jusqu’au 31 janvier car vu qu’ils n’ont aucune adresse fixe à Maurice, ils ne peuvent prétendre à une remise en liberté sous caution.
Ces demandes soutenues par des affidavits en bonne et due forme doivent être traitées de manière urgente par les autorités en vue de pouvoir désigner des avocats d’office dès demain matin pour le démarrage des interrogatoires suite à l’inculpation provisoire de « piracy attack on the high seas ». Le concours des deux interprètes somaliens, qui sont arrivés à Maurice au cours de la semaine écoulée, sera mis à rude épreuve avec d’abord les consultations entre les détenus somaliens et leurs hommes de loi désignés et ensuite lors des auditions Under Warning dans les locaux du Central CID.
Le calendrier de travail établi par l’Office of the Director of Public Prosecutions en collaboration avec les limiers de la police et par rapport aux dispositions du protocole d’accord établi avec les autorités européennes, prévoit que le procès formel devant le juge Priviraj Feckna, présidant le tribunal spécial, devra être entamé dans un délai de deux semaines, soit vers la fin de la première quinzaine de février prochain.
Les exhibits qui ont été saisis sur les ressortissants somaliens lors de leur arrestation par des soldats français, faisant partie de l’équipage de la frégate Le Surcouf, ont déjà été remis aux enquêteurs du Central CID depuis vendredi soir. Depuis la semaine dernière, ces mêmes limiers ont déjà pris connaissance des briefs de l’arrestation des Somaliens, aussi bien que des témoignages des autorités françaises et américaines sur le déroulement des opérations du 5 janvier. Un enregistrement vidéo des faits au large des côtes de la Somalie a été aussi versé au dossier à charge.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes indiquent que le 5 janvier dernier, un navire marchand, le MST Jasmine, croisant à quelque 260 milles nautiques au large de la Somalie, avait lancé un appel de détresse à l’effet que les membres d’équipage de ce navire étaient attaqués par six hommes armés de rocket propelled grenades circulant à bord d’une embarcation extrêmement rapide.
Les membres d’équipage du MST Jasmine purent repousser les premières attaques des pirates. L’USS Halyburton, une unité de la marine américaine faisant partie de la flotte de l’OTAN dans la région, se trouvant à 80 milles nautiques des lieux de l’attaque des pirates, devait lancer un hélicoptère à la poursuite des pirates.
Très vite, l’hélicoptère du USS Halyburton devait repérer en haute mer l’embarcation suspecte remorquant une autre unité avec plusieurs personnes à bord. La frégate française Le Surcouf devait rallier les lieux de l’opération avec pour couverture tactique un avion de la German EU Naval Force Maritime Patrol. Tous les faits et gestes des présumés pirates avant leur arrestation ont été filmés sur vidéo à parrir du cockpit de cet avion allemand.
Les douze ressortissants somaliens, appréhendés, ont été par la suite transférés sur la frégate française de même que les exhibits. Parallèlement aux négociations menées avec Maurice pour le transfert des pirates, la frégate a poursuivi sa route jusqu’à Djibouti.
Pour la réception de ce premier contingent de Somaliens, un important dispositif de sécurité, comprenant une centaine de membres de la Special Supporting Unit (SSU) et du Central CID, du Forensic Science Laboratory et de la Scene of Crime Office (SOCO) et de médecins du ministère de la Santé, a été déployé au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport vendredi.
Dès le débarquement des détenus, ces derniers ont été identifiés de manière à faciliter les procédures. Ils sont reconnaissables au port de gilets de couleur orange avec un numéro de 1 à 12. Après une brève séance de questioning au sujet de leurs identités, les Somaliens ont subi un premier examen médical avant d’être transférés sous forte escorte de la SSU à l’Alcatraz Detention Centre après un passage au Central CID.
En début de semaine, ces présumés pirates somaliens devront subir une autre série d’examens médicaux par l’équipe de Police Medical Officers. Leur détention à l’Alcatraz Detention Centre sera d’une durée de 21 jours après quoi, ils seront transférés à une aile spécialement aménagée à la Prison Centrale de Beau-Bassin pour la suite procès.
Commentant l’opération de transfert des Somaliens à Maurice, vendredi, le commandant des opérations de la European Union Naval Force, le vice-amiral Bob Tarrant, déclare que « I welcome the news that the twelve suspect pirates were today transferred to Mauritius for prosecution. Mauritius is a key partner in the fight against piracy in the region and today we sent a clear message to pirates that EU Naval Force and Mauritius are determined and committed to achieve legal prosecution for those accused of attacking ships at sea ». C’est ce que rapporte un communiqué émis par la Délégation de l’Union Européenne à Port-Louis, qui assure un suivi des opérations sur le terrain.