À travers le ministère de Travail, le gouvernement a rejeté une demande de la Confédération des travailleurs du secteur privé de faire partie, à ses propre frais, de la délégation officielle à la 101e session de la Conférence internationale du travail. La délégation mauricienne part ce lundi pour cette conférence, qui se tiendra du 30 mai au 15 juin à Genève, en Suisse.
« Un haut fonctionnaire du ministère du Travail m’a téléphoné hier pour d’informer que le gouvernement a décidé de rejeter la demande officielle de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) pour faire partie cette année de la délégation officielle mauricienne à la 101e session de la Conférence internationale du travail qui se tiendra du 30 mai au 15 juin à Genève », a confié le secrétaire de la CTSP Reeaz Chuttoo.
Selon ce dernier, le ministère est en présence de leur demande depuis mars dernier. « Il faut savoir qu’aucune organisation syndicale ne peut faire partie de la délégation officielle d’un pays ni avoir accès à la Conférence à titre individuel sans le soutien de son gouvernement, car l’Organisation internationale du travail (voir encadré) n’invite que les délégations tripartites (gouvernement-employeurs-employés) des pays membres », explique-t-il. « La CTSP avait proposé d’aller à Genève à ses propres frais », ajoute-t-il.
« Pour la toute première fois dans l’histoire de Maurice, la CTSP voulait ainsi faire entendre à la tribune de l’OIT la voix des travailleurs du secteur privé… Ce n’est qu’à la veille du départ de la délégation que le gouvernement nous fait part non officiellement de son refus de nous en laisser faire partie, alors que la délégation mauricienne est sous-représentée et qu’elle ne compte qu’un seul syndicaliste, du secteur public, en la personne de Deepak Benydin. De quoi le ministre Shakeel Mohamed a-t-il donc peur ? » se demande le syndicaliste. Et de lancer : « Quoi qu’il en soit, cela trahit une faiblesse de la part du ministre ! »
On se rappellera que la CTSP avait signifié son intention de dénoncer l’Employment Rights Act (ERiA) et l’Employment Relations Act (EReA) à cette session de la conférence.
Selon Reeaz Chuttoo le ministre sait pertinemment que les syndicalistes sont en train de s’organiser pour dénoncer ces deux nouvelles lois du travail. De même qu’il sait aussi, poursuit-il, que l’OIT est très critique envers l’ERiA et l’EReA. Il cite à cet effet une réunion des fédérations syndicales durant laquelle cette question a été évoquée.
« Le représentant de l’OIT pour la région, Christian Ntsay – qui est basé à Madagascar – estime lui-même que l’amendement proposé par le ministre Mohamed – à l’effet que les employeurs pourront signer un accord collectif avec les travailleurs individuellement – vise à affaiblir les syndicats », explique Reeaz Chuttoo. « De même, le représentant de l’OIT estime que la supervision de vote par la commission Médiation et Réconciliation, du ministère du Travail pour décider d’une grève, est une ingérence gouvernementale inacceptable dans les affaires syndicales », ajoute-t-il.
« De par son rejet de la demande de la CTSP de faire partie à ses frais de la délégation officielle mauricienne à la conférence internationale et de par ces amendements inacceptables à la classe ouvrière à l’ERiA et l’EReA, l’actuel gouvernement trahit sa volonté politique de mettre à genoux les travailleurs du pays et d’affaiblir davantage le mouvement syndical », conclut Reeaz Chuttoo.