Deux concerts en deux ans chez nous. Après l’hommage à son ami Ernest Wiehe en juillet 2010, le jazzman réunionnais Olivier Ker Ourio revient pour présenter son projet personnel, Magic Tree. Un nouvel album qu’il propose avec son groupe et des musiciens mauriciens à l’IFM, ce samedi 8 octobre à 20 h, dans le cadre de la cinquième édition de Blues dan Jazz. Rencontre.
Il a quitté son île, La Réunion, en 1992, pour la capitale française, afin de poursuivre son rêve de musicien. Aujourd’hui encore, Olivier Ker Ourio demeure ce grand aventurier en quête du son, mais qui n’oublie jamais d’où il vient. La Réunion, il y va chaque année pour des prestations. Ce fils des îles, avec ses origines bretonnes, ne renie point sa culture créole. C’est avec grand plaisir qu’il nous invite à faire son interview en créole… mauricien. Eh oui, le dalon connaît aussi notre langue. C’est son ami Ernest Wiehe qui l’y a initié. “Je sais d’où je viens. Le créole est une très belle langue et je la pratique quand j’ai le temps. Retourner à Maurice est une belle occasion pour moi de renouer avec le créole.”
Mo-ris.
Même s’il ne chante pas et préfère s’exprimer avec un harmonica entre les lèvres, il adore les mots. Les langues surtout. “Mo fek aprann enn nouvo mo morisien : tchake ! J’apprends aussi la langue des chiffres à la mauricienne… Votre île a des mo-ris”, dit-il. Sa relation avec Maurice ne date pas d’hier. Pendant ses études à l’Université de La Réunion, il s’est fait beaucoup d’amis mauriciens qui lui ont fait découvrir notre culture. Enseignant de musique au Centre de Musique Didier Lockwood, il a eu comme élèves Sébastien Margot, le neveu d’Ernest Wiehe, ainsi que la pianiste mauricienne Ema Series. “Sur ma route, j’ai rencontré beaucoup de Mauriciens. Ce qui a tissé un lien spécial entre ce pays et moi. À Paris, je joue avec des Mauriciens comme Linley Marthe… Maurice est très présente dans ma vie.”
Ernest.
Son apprentissage de la langue et de la culture mauriciennes s’est également fait auprès de son ami Ernest Wiehe. Sa première rencontre avec le saxophoniste mauricien remonte à 22 ans. Il se souvient encore de ce moment. “Il était venu pour un masterclass à l’université, et j’ai été touché par son exposé.” Devant l’enthousiasme du jeune Olivier Ker Ourio, Ernest Wiehe l’invite à venir à Maurice. C’est ainsi qu’ont commencé ses voyages en direction de notre île, où il est accueilli chez Ernest Wiehe à Mapou. “Ernest était quelqu’un de bienveillant. Il était comme un père. Il m’a montré beaucoup de choses. Une amitié est née. On s’envoyait des lettres et, avec internet, on est passé aux mails et à Skype. On était tout le temps en contact.”
Chacun des deux a composé un titre pour l’autre en signe d’amitié. Olivier Ker Ourio a ainsi composé Tonton Ernest, “il y a très longtemps”, et Ernest Wiehe avait signé Oliver’s Dance.
Dan jazz.
C’est suite à l’invitation d’Elise Mignot (ancienne directrice culturelle de l’IFM) de venir présenter un projet personnel qu’Olivier Ker Ourio s’est retrouvé à l’affiche de la présente édition de Blues dan Jazz. Et, pour ne pas changer, il privilégie les échanges et invite à son tour deux musiciens mauriciens (ceux d’Ernest), Philippe Thomas et Jalil Auckbarallee, à partager la scène avec lui. Ils sont actuellement en résidence à l’hôtel Tamarin. Olivier Ker Ourio présentera Magic Tree au sein de son quartet, qui comprend Emmanuel Bex (orgue Hammond), Jérôme Barde (guitare) et Matthieu Chazarenc (batterie). Ils seront ainsi à six sur la scène du festival Blues dan Jazz. “J’ai composé les parties trompette pour Philippe, et Jalil assure les percussions. On commence les répétitions avec beaucoup d’enthousiasme.”
Harmonic Man.
Olivier Ker Ourio est un peu une anomalie dans le paysage des harmonicistes. Il est arrivé très tard à la musique, à 22 ans. Un coup de foudre lui donne l’envie de s’y mettre, et le chromatique, instrument de sa jeunesse, lui paraît alors un choix naturel. L’avenir lui donnera raison, même si son choix ne lui a pas nécessairement facilité les choses. Olivier a travaillé dur pour trouver sa voie et sa voix, sur un instrument qui, somme toute, reste peu utilisé dans le jazz.
Aujourd’hui, Olivier est bien connu sur la scène jazz mondiale, et est souvent comparé à Toots Thielemans. Il a de plus joué et tourné avec Aldo Romano, Michel Petrucciani et bien d’autres encore. Son style est très fluide et mélodique : il préfère une approche assez rythmée dans les solos plutôt que du free. “Je prône un jazz tropical, pour dire mes origines. Et j’affectionne la mélodie et les rythmes chaloupés. Le jazz joyeux.”
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Blues dan Jazz, 5e édition
La cinquième édition de Blues dan Jazz aura lieu ce samedi 8 octobre à 20h à l’IFM (Rose-Hill). Sous la thématique Magic Tree, elle verra la participation du jazzman réunionnais Olivier Ker Ourio et ses musiciens du groupe Magic Tree, ainsi que celle de Jalil Auckbarallee (percussions) et Philippe Thomas (trompette). Les billets sont en vente au CCEF à Curepipe et à l’IFM à Rose-Hill, à Rs 200, Rs 100 et Rs 50 (moins de 25 ans).
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Le septième arbre
En matière d’harmonica chromatique, dans le monde du jazz, Toots Thielemans fait encore de l’ombre. Avec son septième disque, Magic Tree, Olivier Ker Ourio accède à la lumière, harmonica en bouche, pour y souffler comme on respire dans le calme d’une soirée d’été. La lumière est douce, le jazzman réunionnais est monté dans l’arbre magique de son enfance et regarde le crépuscule sur Saint-Denis. Et s’entoure d’une équipe de choc : Emmanuel Bex, qui mêle avec émotion et chaleur les sons de son orgue Hammond à ceux, parfois très proches, de l’harmonica. Philip Catherine, le vrai, le guitariste coulé dans la mélodie. Et André Ceccarelli, qui assure discrètement la bonne tenue des rythmes. C’est sur ces rythmes que se balancent les compositions d’Olivier Ker Ourio : calypso, habanera, cachucha… Dans des improvisations aux lyrismes généreux. On comprend pourquoi tant de musiciens, de Michel Petrucciani à Ralph Towner, de Georges Moustaki à Michel Legrand, d’Aldo Romano à Rick Margitza, ont tenu à jouer avec lui… Olivier a la musique à ker.