Les perspectives pour Maurice en tant que centre financier international sont brillantes car c’est un centre avec une différence. C’est le message transmis par le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, lors d’une récente conférence organisée à Londres par l’Official Monetary and Financial Institutions Forum (OMFIF), instance internationale regroupant des spécialistes de la Finance, des représentants de banques centrales, des économistes de renom ainsi que des chercheurs et universitaires. Intervenant sur le thème « Mauritius : The Financial Crossroads of the World », Manou Bheenick a argué que Maurice n’a pas la prétention de se présenter comme le carrefour financier du monde mais que le pays a certainement des arguments à faire valoir lorsqu’ils s’agit de répondre aux besoins des investisseurs, des épargnants et des entreprises surtout celles qui cherchent à investir en Afrique.
Maurice, a déclaré Manou Bheenick, ne peut se permettre d’être perçue comme un centre financier pareil aux autres. « It must seek, at all times, to be increasingly an IFC with a difference », a fait ressortir le gouverneur de la banque centrale. Pour cela, il doit monter en valeur et avoir une masse critique. Pour gagner en valeur, le centre financier doit pouvoir intéresser les investisseurs étrangers à non seulement structurer leurs investissements par le truchement de la plateforme financière mauricienne mais a également établir des partenariats avec des investisseurs locaux. Pour gagner la confiance des investisseurs étrangers, a poursuivi Manou Bheenick, le centre financier local a intérêt à proposer des opérations avec une plus forte substance commerciale, cela en développant son savoir-faire et en mettant sur la table les capitaux nécessaires pour le démarrage d’un projet. Manou Bheenick s’est dit confiant que Maurice peut proposer des produits d’investissement au capital pour les petits et moyens projets en Afrique australe et orientale et ce dans des secteurs où elle dispose d’un avantage comparatif.
Manou Bheenick a donné plusieurs exemples pour démontrer la réussite des investissements mauriciens dans des projets de taille moyenne à l’étranger. Même si nous n’avons pas le savoir-faire et les ressources financières dont disposent des sociétés spécialisées dans l’exploration pétrolière et minière ou encore les grosses centrales électriques, dit-il, Maurice a su prouver qu’elle est une plateforme idéale pour structurer des investissements dans divers pays africains et asiatique. Manou Bheenick a cité, entre autres, les cas des investissements bancaires au Kenya, sucriers en Tanzanie, textiles au Bangladesh et agro-industriels au Mozambique. « Les investisseurs intéressés dans les gros projets en Afrique, qui frappent aux portes des fonds d’investissement au capital que ce soit aux États-Unis, en Europe ou au Moyen Orient, peuvent toujours considérer le centre financier mauricien comme une plateforme pour structurer, gérer et canaliser leurs investissements ». Il a ajouté que les banques mauriciennes sont très intéressées à conclure des partenariats avec des banques de taille moyenne en Afrique de l’est mais qu’en raison du niveau de leur ratio d’adéquation du capital elles ont besoin de ressources financières additionnelles.
« There is strong case to pool together available know-how and seed capital to build critical mass required for larger projects, diversify risks, and leverage external funding », a souligné Manou Bheenick. Tout en plaidant pour des partenariats secteur public/secteur privé, il a fait état de l’idée de la Banque africaine de Développement (BAD) de créer un African Infrastructure Fund, financé en partie à partir des réserves des banques centrales du continent. Un bureau sera institué à cet effet à Maurice d’ici la fin de cette année. « There is truly a ferment of investment and finance activity in, and around, Mauritius ».
Opportunités africaines
Cependant, Manou Bheenick reconnaît que le défi que doit relever Maurice aujourd’hui est probablement le plus dur depuis que le pays s’est lancé dans des activités offshore 25 ans de cela. « Être un centre financier offrant des services de back-office compétitifs pour les investissements qui sont canalisés vers l’Inde et l’Afrique est une chose. Devenir une plateforme offrant des services et produits à valeur ajoutée significatifs tout en contribuant au développement des échanges sud/sud est une autre chose ». Pour lui, « the name of the game now is greater substance and more value addition. » Le gouverneur de la BoM est d’opinion que les progrès soutenus que connaît l’Afrique depuis un certain nombre d’années donnent l’opportunité à Maurice de se positionner en plateforme de choix tournée vers le continent. « The Africa growth story is just only beginning. Mauritius, as a friendly neighbourhood and well-connected IFC, can expect much business to come its way ».
Chiffres à l’appui, Manou Bheenick a élaboré sur le développement du centre offshore mauricien, en particulier de l’activité bancaire et de la solidité financière de ce secteur. Les actifs totaux de l’industrie bancaire locale représentent un peu moins de trois fois le Produit Intérieur Brut du pays et sont bien répartis entre les banques offshore (170% du PIB) et les banques domestiques (112% du PIB). Mais une analyse de l’indicateur de stabilité financière fait voir que le secteur bancaire mauricien est solide et bien capitalisé et n’est pas loin de celui du Luxembourg, un leader en la matière. Maurice a lancé son centre offshore en 1988 et a su développer un « home-grown model » qui s’est révélé plus résilient (comparativement à ceux d’autres pays tel Chypre), du fait qu’il est soutenu par une économie réelle et des professionnels ayant les compétences appropriées. Maurice a également développé un vaste réseau de traités de non double imposition, devenant le principal “conduit” (43%) des flux d’investissements étrangers en Inde.
Par ailleurs, le gouverneur de la BoM a mis l’accent sur l’adoption par les opérateurs du centre financier mauricien de normes rigoureuses promulguées par différentes instances internationales en sus d’un engagement pour l’échange d’informations avec d’autres pays dans le cadre des enquêtes sur l’évasion fiscale. La solidité du secteur bancaire a été aussi mise en exergue par Manou Bheenick. Celui-ci a rappelé que lorsque le secteur offshore a démarré, il n’y avait que 13 banques en opération, toutes orientées vers le marché domestique. Aujourd’hui, on en compte 21, toutes impliquées, à des degrés divers, dans des opérations transfrontalières. Quant au nombre de sociétés enregistrées dans le secteur du Global Business, il est passé de 19 350 en 2002 à 24 639. Leurs dépôts bancaires à fin 2012 représentaient environ 39% des dépôts totaux.
« Maurice a fait d’importants progrès ces deux dernières décennies pour devenir un plus grand centre financier régional. Comparativement à d’autres centres financiers de notre taille, nous avons sans doute encore un long chemin à faire pour devenir ce que Singapour est pour l’Asie ou le Luxembourg pour l’Europe. Nous avons toujours veillé à la bonne réputation de la juridiction mauricienne et à oeuvrer pour que celle-ci offre de la substance. On peut prétendre qu’on est le meilleur dans notre catégorie, un objectif qu’on a constamment gardé en vue depuis le départ », a conclu Manou Bheenick.