Lydia None, Sheryl Smith, Vincent Duvergé et Christophe St. Lambert

Durant cette période morose, où rien ne va et qu’on rêve d’évasion, le seul élément de décompression repose sur le rire. Et, c’est là qu’on reconnaît les compétences de nos humoristes locaux. Tout en finesse, avec ce brin de subtilité qui les caractérise, ils parviennent à nous mettre ‘in the mood’. Ainsi, notre confinement devient une partie de retrouvailles en famille et la notion ‘res to lakaz’ prend tout son sens. Le Mauricien a tâté le pouls du côté de la bande de superhéros de l’humour : Vincent Duvergé et ses trois acolytes, Sheryl Smith, Lydia None et Christophe St. Lambert de One Tv, avec leurs épisodes de gags autour du thème « Ces gens en confinement ».

Difficile de rester insensible devant ces joyeux lurons qui reproduisent à leur manière ce confinement imposé à tous les Mauriciens. On les voit passer leur serpillière et scander le mot magique de ‘Work at home’, mais avec une certaine désinvolture propre aux humoristes. Lydia None a choisi, dans un épisode, de mettre un troisième œil sur son front, comme pour donner une vision futuriste pour dire que tout ira mieux. Dans cette cohorte d’enchaînement d’idées, Vincent, Sheryl, Christophe et Lydia se démarquent, offrant une vision plus colorée à l’internaute qui se retrouve dans ces personnages en confinement.

Et quid dans la vraie vie ? Comment ces humoristes vivent-ils cette expérience d’une pandémie qui les oblige à rester comme nous cloîtrés chez eux ? Vincent Duvergé trouve que, pour lui, c’est une opportunité de créer et divertir le public sur diverses variantes de sketchs. « Les gens recherchent de ‘l’entertainment’. On a choisi de passer des infos de précaution à travers une note humoristique. On a voulu se mettre dans leur peau mais en utilisant des mimiques comiques. D’où le thème ‘Ces gens en confinement’. Mo mem mo fer louvraz. On travaille sur WhatsApp, tout en reproduisant le quotidien de tout un chacun », explique-t-il. Vincent dit « s’inspirer » de sa propre histoire qu’il reporte à l’écran. Au départ, il avoue avoir été stressé par rapport à la nourriture et lui, qui n’aime pas les sardines, a dû faire l’effort d’en manger. Aller au supermarché ne figure pas à l’agenda de Vincent, qui préfère commander en ligne.

Le métier d’humoriste permet à Vincent de véhiculer des messages forts à travers le rire. « Les gens ont moins peur et vivent la situation autrement. Les supermarchés sont ouverts, mais il faut aussi respecter les consignes. On voit des images où les gens font la queue pour se ravitailler et ils oublient dans leur frénésie d’achat les risques encourus d’être porteurs du Covid-19. C’est de l’inconscience mêlée au danger de répandre le virus. L’humour permet de leur rappeler la réalité de leurs faits et gestes. Ils le prennent bien sans se sentir agressés », précise-t-il.

Parmi les requêtes faites par ses fans qui le regardent sur One TV, Vincent dit retenir avant tout qu’ils recherchent ce sentiment d’évasion à travers le rire. « Ils veulent du divertissement. On a déjà produit sept émissions et on continue le boulot de créativité », dit-il. Et si le confinement est appelé à durer, Vincent reconnaît que cela lui « gâcherait le moral ». Toutefois, comme les épisodes calqués autour de ‘Ces gens en confinement’ ont généré plus de 50 000 vues, il pense faire appel à d’autres humoristes pour essayer de faire une création sur une plus longue durée. Son mot d’ordre de gag était autrefois de dire aux internautes de « rester fous c’est comme cela qu’on vous aime », qu’il a revisité en « restez chez vous, c’est comme cela qu’on vous aime ».

« Ena pena work, pena home »

Quant à Christophe St. Lambert, il trouve que grâce, à l’équipe créative de One TV, beaucoup d’idées sont générées avant la conception des émissions. Pour lui, l’humour est « un créneau porteur ». Il explique qu’ils sont parvenus à aider les gens à ne plus s’apitoyer sur leur sort. « On ne peut se noyer dans l’info ou l’intox, donc on choisit de faire rire. Le Mauricien s’identifie à nous et se retrouve dans nos jeux de rôles. Si on peut faire rire et surtout apporter le sourire sur les visages, on est heureux », dit-il. Christophe ajoute que sa plus grosse panique est que ses parents sont retraités et âgés. « Ils sont à risque et je préfère commander de la nourriture en ligne. Il y a toujours cette crainte de les voir malades et en danger de mort. Les provisions commandées sont arrivées une semaine après. C’est difficile à gérer et je peux me mettre à la place d’autres parents âgés. Parfwa bizin manz enn ti diri rousi, mwins rousi, riz frit, li pe ranpli vant. Bizin manz salad. Je ne cuisine pas, les ingrédients me font super ‘scare’ », ajoute Christophe dans un éclat de rire.

Par contre, il se dit heureux que ses parents aient découvert la technologie avec un regard différent. « Ils ont une smart tv et sont depuis quelques jours nek pe alime teingn lor Netflix », dit-il. Christophe est d’avis que les Mauriciens doivent se responsabiliser. « Nou pou konbat ansam viris la, res to lakaz, ‘work from home’. Ki to plegne, fin di mwa to saler rantre. Ena pena ‘work’, pena ‘home’. Ena ti pe plegne fatige travay kan pou pran vakans. C’est l’occasion de renouer avec les personnes dont on s’est éloigné à cause du travail. Keep up with friendship et surtout res lakaz », demande-t-il à la population.

« Soyons nous-mêmes des superhéros »

Sheryl Smith a trouvé son épanouissement dans ce confinement et sent que sa créativité est en ébullition. « Je suis plus connectée à mon environnement, j’ai appris à être autonome en cuisine en apprenant de nouvelles recettes », indique-t-elle. Pour elle, ce confinement peut être utile aux hyper stressés et aux hyper ennuyés, les deux catégories de personnes ayant besoin de se détendre. La force de l’humour dans ce genre de situation est de générer la détente. « L’humour aide à faire passer un message en nuances et peut faire passer d’une situation tendue à des moments tendres », dit-elle. Et si ce confinement perdure, Sheryl dit qu’être coupée du monde apporterait un sentiment mélancolique, nostalgique et dépressif.

Pour l’heure, Sheryl lance un message positif de prendre ces congés comme un cadeau. « Tu n’as rien à faire que de te reposer, alors il faut que chacun d’entre nous fasse une bonne action en se protégeant et en évitant que le virus se propage. To kapav osi get dimounn kot twa dan figir, me res to lakaz. » Sheryl pense de même que l’humour peut gagner du terrain et faire des émules. « Une occasion de se divertir et de permettre à de nouveaux talents de se lancer. Le confinement donne le tempo de l’énergie créative et ce serait intéressant d’avoir d’autres live avec des humoristes autres que nous. On a la chance de jouer aux superhéros en restant chez nous, on se protège et on protège la vie des autres. Cela me donne déjà une idée d’humour sur les superhéros que nous incarnerons prochainement dans ‘Ces gens en confinement’ », dit-elle.

« La négativité, notre plus grand ennemi »

Quant à Lydia None, elle s’occupe en mettant à profit son humour sur vidéo. « C’est mon métier qui me permet de jouer des rôles de composition. Les gens de ma famille adorent rire et je pense que s’ils étaient de ma génération, ils auraient aussi pu être acteurs. » L’humour, selon Lydia, est une thérapie qui fonctionne car, pour elle, il est clair que « la négativité est notre plus grand ennemi ». Autre constat : « Souvent, on critique les autres alors qu’on est les premiers à sortir. L’ humour nous permet de les envoyer un p’tit foutant. Ces petites piques peuvent parfois faire de l’effet et rappeler la personne en faute à l’ordre. Une façon de se responsabiliser aussi. »

Lydia se dit néanmoins inquiète de rester autant de temps en confinement. « Ki kantite manze ou kapav garde »,dit-elle, mais il faut aussi avoir la solution idéale pour se maintenir en vie autant de jours que persistera le confinement. Le bon côté est que Lydia a appris à jouer à la guitare et elle s’est découverte ayant la main verte. « J’ai mis en place mon propre jardin, où je plante du giraumon, lentille, queue d’oignon, pomme d’amour et ils commencent à pousser. » Lydia dit avoir beaucoup de chance de faire ce métier. « Vincent m’a fait voir comment cela se passe sur une scène de Stand up, et, je dois dire que la vidéo est plus accessible. On est plus rapide dans l’exécution de nos rôles respectifs et moins stressés que sur une vraie scène. Dans l’émission ‘Ces gens en confinement’, j’avais mis des dreadlocks et un troisième œil sur le front. Les gens ont pensé à une scène futuriste. Faire rire est une force incroyable dans les moments sombres », conclut Lydia, optimiste que cette pandémie nous aidera à sortir grandis de notre confinement.