Le 24 novembre dernier à Trianon, un policier prend en contravention une automobiliste qui avait dépassé la vitesse autorisée de 14 kilomètres/ heure. 21 jours plus tard, le policier est transféré sans aucune justification ou explication du poste de police de Rose-Hill au centre de détention de Vacoas.

Alerté, le syndicat du policier fait une enquête qui lui donne à penser que le transfert ferait partie d’une nouvelle pratique des Casernes centrales : punir les policiers qui font leur travail en infligeant des amendes — méritées — à des conducteurs qui sont proches des puissants du jour. D’autant plus que la contrevenante de Trianon est connue pour sa proximité avec un ministre, qui avait traité certains journalistes de communalistes pour avoir dénoncé la nomination de sa protégée à la tête d’un corps para-étatique. Pour justifier cette nomination, le ministre avait déclaré que le gouvernement avait le droit de nommer qui il voulait où il voulait. Ce qui n’empêcha pas sa protégée d’avoir à démissionner quand on s’est rendu compte qu’elle s’était octroyé une conséquente augmentation de salaire.

Pour le syndicat de police, et en s’appuyant sur des exemples récents, c’est parce que le policier avait bien fait son travail qu’il avait été transféré. Il a cité l’exemple de la policière Toinette, transférée de Grand-Port à Rose-Belle, pour avoir pris en contravention un président de conseil de village proche d’un ministre. Transfert que le ministre mentor avait qualifié de « punitif » au Parlement. Le président de la Police Officers Solidarity Union a fait une déclaration pour dénoncer ce qui pour lui était un autre transfert punitif, ce qui avait provoqué de nombreuses réactions dans l’opinion et sur les réseaux sociaux. L’affaire en serait restée là — encore une plainte du syndicat ignorée par les Casernes centrales — si le ministre en question ne s’était invité dans le débat pour défendre sa protégée.

Profitant d’une conférence de presse, le ministre a démenti les allégations du syndicat selon lesquelles le transfert était de nature punitive. Le ministre a déclaré avoir eu une conversation avec le commissaire de police qui lui aurait affirmé que le transfert du policier n’avait rien à faire avec la contravention de Trianon. Le ministre a déclaré avoir demandé au commissaire de police de rendre publiques les raisons du transfert et a ajouté que quand ce sera fait, les journalistes auraient à présenter des excuses pour avoir repris les déclarations du POSU.

Le ministre a aussi laissé entendre que le policier en question avait plusieurs “cases” devant l’Independent Police Complaints Commission, organisme créé pour traiter les doléances du public contre la police. Les déclarations du ministre mènent aux questions suivantes sur le fonctionnement de la police et de certaines de nos institutions :

● Ayant discuté de ce transfert de policier avec le commissaire de police, le ministre n’a-t-il pas commis une ingérence dans le fonctionnement de la police ?

● En révélant des informations à un ministre sur le dossier personnel d’un policier, le commissaire de police n’a-t-il pas violé le secret de confidentialité qu’il est censé respecter et faire respecter ? Est-ce qu’en ce faisant il n’a pas confirmé les soupçons de ceux qui affirment qu’il est au service du pouvoir ?

● Comment un ministre peut-il être au courant des dossiers instruits devant l’Independent Police Complaints Commission qui est censée être une institution « indépendante » ? Est-ce que le fait qu’un membre du parti du ministre y siège est une partie de la réponse ? En ce qui concerne l’IPCC, le syndicat affirme qu’il y a eu un cas logé contre le policier en question par une contrevenante — une autre — mais qu’il a été rejeté par la commission. Dernier point, il nous revient que depuis le tollé soulevé par le transfert « punitif » du policier, en au moins deux fois des hauts gradés de la police lui ont proposé de signer une lettre pour accepter un autre transfert depuis le centre de détention de Vacoas. Si la police a des raisons sérieuses pour justifier le premier transfert, pourquoi est-ce qu’elle essaye d’organiser en catimini un deuxième, cette fois-ci avec l’accord signé du policier ? Cette affaire vient confirmer à quel point ce pays sous le gouvernement MSM/ML ressemble de plus en plus à une république bananière. Une affaire qui, il y a quelques années, aurait, sans doute, été dénoncée avec virulence par l’auteur des chroniques sur le dysfonctionnement des institutions mauriciennes, publiées sous le titre « Only in Mauritius »