Pari relevé avec brio pour les deux premières années de l’Open Community School (OCS), fondée en septembre 2010 par le diocèse de Port-Louis dans le cadre de sa stratégie pour la formation des adultes. La mise en pratique du projet est confiée au Bureau de l’Éducation catholique. Cela a permis à une centaine d’adultes ayant quitté l’école depuis plus d’une vingtaine d’années et sans diplôme de SC et de HSC de reprendre les études de GCE « O Level » et de GCE « A level ». Ils ont participé avec succès aux derniers examens de Cambridge. Outre les résultats formidables obtenus, l’OCS s’est révélée une belle expérience de solidarité. Ce bilan positif a été présenté samedi dernier lors d’une remise de diplômes en présence de certaines personnalités politiques, notamment, le ministre Rajesh Jeetah, la députée Françoise Labelle et Kadress Pillay, président de la National Empowerment Foundation.
« Let’s celebrate » ont chanté samedi dernier ces premiers participants de l’Open Community School qui ont réussi aux examens de Cambridge. Grâce aux « credits » et aux « A+ » obtenus, certains vont faire une demande de promotion dans leur travail tandis que d’autres vont pouvoir s’inscrire enfin à des cours nécessaires à leur parcours professionnel.
La cérémonie de remise de diplômes a eu lieu au Collège St Mary’s puisque c’est à cet endroit qu’a fonctionné cette Open School diocésaine le mercredi après-midi et pendant la journée de samedi. Les témoignages entendus n’ont pas laissée indifférente l’assistance. « Bann-la finn demann mwa fer enn ti temwanyaz, mo pa finn prepar papie pou fer diskour, mo pou dir zot seki sorti depi profon mo leker », dit sur un ton ému Marie-Lou Adélaïde, mère de deux jumelles. « Mo finn kit lekol an 1985 e zot kapav konte zot mem ki kantite lane safer. Apre lekol mo finn esey plizyer fwa pran leson partikilyer pou mo konpoz mo “O” level me sa pa finn marse. Mo ti santi mwa perdi, pa ti konpran nanyen dan sa bann leson-la, ti pe perdi kas plito. » C’est pour cette raison qu’elle a marqué un temps d’hésitation avant de s’inscrire à cette école communautaire. « Mo finn gagn boukou lankourazman dan mo lantouraz. O depar mo ti santi mwa kouma enn teenager … mo ti per tansion mo pa kapav konpran angle byen. Dan sa bann kour-la mo pa finn gagn zis leson akademik, mo finn aprann boukou lezot kitsoz e fodre enn lazourne pou rakonte. BEC inn fer enn gran kitsoz dan mo lavi », témoigne avec sincérité cette hospital attendant.
Pour sa part, Marie Stella Casse, Discipline Mistress au Collège Lorette de Quatre Bornes, à 40 ans passés, s’est attaquée à deux matières en “A” level. « Je n’aurais jamais imaginé de reprendre les études à cet âge-là. Cela a été un défi extraordinaire et je suis contente d’y être arrivée. L’OCS doit continuer pour les autres », insiste la quadragénaire.
Mais il est bon de savoir que le BEC avait enregistré près de 500 demandes pour ces cours de “O” level et de “A” level. C’est dire l’importance de ces diplômes de Cambridge dans la vie professionnelle à Maurice. Parmi les demandeurs : ceux qui ont arrêté le collège très tôt ; ceux qui ont étudié jusqu’à la Form V mais n’ont pas eu la possibilité de prendre part aux examens de SC ; ceux qui ont obtenu des résultats très faibles à ces examens et veulent les améliorer ; ceux qui n’ont pas eu la chance de poursuivre les classes de HSC et ceux qui ont échoué à ces examens. Ces centaines d’intéressés étaient de toutes les régions de l’île et étaient âgés de 20 à 60 ans. S’agissant de leur profil, il y avait des chômeurs et des salariés d’entreprises ; des self-employed ; des travailleurs sociaux ; des employés de bureau, des attendants travaillant dans des écoles et d’autres services publics.
Les responsables de l’OCS ont finalement sélectionné la moitié des demandeurs et ont proposé aux autres de passer d’abord par une Foundation Course pour une remise à niveau et qui leur permettrait ensuite d’entrer avec aise dans le programme d’études de Cambridge. Mais ces deux années de préparation aux examens de “O” et de “A” level, en écoutant ceux qui sont allés jusqu’au bout, « ont été très dures » et marquées de temps en temps par des sentiments de découragement. « Apre tan lane ki nou finn kit lekol ti byen difisil o depar pou replonz dan bann size-la sirtou akoz angle », confient plusieurs participants. L’OCS leur avait proposé un choix de neuf matières pour le « O level » et sept pour le « A level ». Certains ont abandonné en cours de route pour différentes raisons et au final, 102 élèves se sont présentés aux derniers examens de Cambridge — 45 pour le « O level » et 57 pour le « A level ». Les résultats obtenus ont surpris agréablement (voir en encadé) et représentent un encouragement pour les promoteurs de l’Open Community School. Les profs et les responsables de l’OCS n’ont pas manqué de souligner samedi cette détermination de réussir dont ont fait preuve ces adultes en dépit des obstacles rencontrés. « Nous avons vécu une expérience humaine très forte avec ces adultes qui acceptent de reprendre le chemin de l’école après une coupure de vingt-cinq ans avec les études. Nous avons été émerveillés devant leur ténacité à réussir », a témoigné samedi Gilberte Chung, directrice du BEC.
Mais le BEC est conscient qu’il n’aurait pu faire aboutir ce projet de l’Église catholique à portée sociale sans un appui financier et sans l’apport important de ressources humaines. Des entreprises convaincues de cette démarche l’ont soutenu dans le cadre de leur Corporate Social Responsibility tandis qu’une trentaine d’enseignants des collèges catholiques ont adhéré à l’esprit du projet et ont perçu une allocation mensuelle pour ce service. Les cours étaient payants pour ceux qui travaillaient et gratuits pour les autres. L’esprit d’entraide a primé et certains élèves ont contribué pour d’autres. « Il ne s’agissait nullement de leçons particulières mais d’un service mais cela a un coût et c’est pour cette raison que nous avons demandé une contribution financière raisonnable à ceux qui le pouvaient », explique Joseph Chowriamah, recteur au Collège La Confiance et qui en était le Project Manager. « Nous avions pris un risque calculé et at the end of the day, nous sommes tous contents des résultats obtenus. Nous avons ouvert la voie et il faut aller plus loin », dit-il.
Le bilan positif de ces deux premières années de l’Open Community School diocésain, tant au niveau académique que de la solidarité, est déjà répandu à travers l’île et déjà le BEC est assailli de demandes pour les nouveaux cours. Pour l’heure, les responsables de l’OCS ne prennent aucun engagement ferme en raison de l’incertitude quant aux sources de financement. « Nous n’avons pas d’argent car les sponsors ont financé que pour deux ans », explique Gilberte Chung, qui souhaite ardemment que les précédents sponsors renouvellent leur engagement tout en lançant un appel aux autres bienfaiteurs. Dans son discours samedi dernier, elle a lancé un appel au gouvernement pour s’engager dans un projet similaire. « Pourquoi pas aussi un Second chance program pour les adultes qui veulent repasser leur “O” et leur “A” level ? Nous sommes témoins à travers les demandes que nous recevons qu’il y a un gros besoin à ce niveau. Nous avons montré la voie, le gouvernement pourrait inclure un projet semblable dans sa politique nationale de formation », a-t-elle lancé en direction de Rajesh Jeetah, ministre de l’Enseignement supérieur, et de Kadress Pillay, président de la National Empowerment Foundation. Ce dernier a promis de transmettre cette demande aux autorités concernées. Les éloges appuyées de Kadress Pillay concernant l’engagement de l’Église dans l’éducation n’ont pas laissé insensible plus d’un dans l’assistance. « Nous ne finirons jamais de remercier l’Église catholique pour son rôle phare dans l’éducation à Maurice », a-t-il dit