Le second roi autoproclamé de l’ancien gouvernement de Navin Ramgoolam, l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo, aussi connu sous le nom de Lerwa de l’Est, a été rattrapé par un coup double. Convoqué pour la quatrième fois au QG du Central CID, ce matin, l’ancien lieutenant de Lerwa Lion lors de la campagne électorale devra affronter au moins deux inculpations provisoires, en l’occurrence Conspiracy pour violer les dispositions du Central Procurement Board dans la Betamax Saga et le débit d’«Influencing Public Official » (Undue Influence) dans cette même affaire, qui remonte au vendredi 27 novembre 2009. Presque au même moment où Anil Bachoo prenait connaissance des charges provisoires retenues contre lui par le Central CID, l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam prenait place en fin de matinée dans une autre Interrogation Room du QG du Central CID en vue de se rendre au tribunal de Curepipe pour ses neuvième et dixième inculpations provisoires dans le scandale des commissions alléguées de Rs 100 millions obtenues avec le contrat alloué à Dufry, une société installée en Suisse, pour la gestion de la Mauritius Duty Free Paradise. Il sait également pertinemment bien que la série est loin d’être bouclée car il devra être convoqué formellement pour répondre à des accusations retenues contre lui dans l’enquête sur la Betamax Saga.
Si lors des trois précédentes séances d’interrogatoire, Anil Bachoo a pu tirer son épingle du jeu, celle de ce matin se déroule sous des circonstances complètement différentes. Les limiers du Central CID ont, semble-t-il, balayé d’un revers de la main les explications de l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques à l’effet que l’octroi du contrat du fret pétrolier au groupe Bhunjun était une « décision collective du conseil des ministres ».
Après analyse de la chronologie des événements dans ce dossier depuis 2008 et les témoignages de hauts fonctionnaires, dont celui du Senior Chief Executive Kundasamy Pather et d’autres protagonistes, notamment au niveau du conseil d’administration de la State Trading Corporation (STC), le Central CID a pris la décision de mettre en accusation Anil Bachoo. D’ailleurs, dès le début de l’exercice du jour, le principal concerné a été informé qu’il a été placé en état d’arrestation dans l’enquête sur le scandale Betamax.
La seule chance dont pourra bénéficier l’ancien N° 4 du gouvernement et également le quatrième ancien ministre de Navin Ramgoolam à être inculpé depuis les dernières élections générales est qu’il pourra rentrer chez lui ce soir si l’interrogatoire n’est pas terminé.  Mais ce scénario a été abandonné avec sa comparution devant le tribunal de Port-Louis en début d’après-midi.
Deux charges provisoires devaient être retenues contre Anil Bachoo, soit Conspiracy pour enfreindre les dispositions du Central Procurement Board (CPB) en évitant d’avoir recours à un exercice d’appel d’offres pour un contrat engageant des milliards de roupies de l’État pour favoriser le groupe Bhunjun et du délit d’« Influencing Public Official » avec des pressions et menaces pour faire progresser le dossier de la fin de 2008 à la fin de 2009.
La police n’a pas objecté à la remise en liberté d’Anil Bachoo, qui a dû fournir une caution de Rs 50 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 500 000 pour la charge de Conspiracy et de Rs 100 000 et une reconnaissance de Rs 100 000 sous celle d’Influencing Public Official. Il devra se mettre à la disposition de la police de 9 heures à 16 heures pour toute séance d’interrogatoire à venir.
La prochaine étape de l’enquête sur le contrat jackpot de Rs 10 milliards devrait voir deux autres membres de l’ancien gouvernement être pris dans de beaux draps. Il n’existe quasiment aucune chance que l’ancien ministre de l’Enseignement tertiaire, Rajesh Jeetah, et l’ancien Premier ministre puissent bénéficier du « traitement royal » accordé à l’ancien Deputy Prime Minister Rashid Beebeejaun et à l’ancien ministre Mahen Gowressoo.
Rajesh Jeetah sera interrogé sur un éventuel conflit d’intérêts sous la Prevention of Corruption Act. Il lui sera demandé s’il avait déclaré ses intérêts quand le dossier de Betamax était à l’agenda des délibérations du conseil des ministres ou encore s’il s’était retiré du Cabinet Meeting Room aux termes des procédures établies. Le contrat du fret pétrolier a été adjugé au groupe Bhunjun, dont les responsables sont des proches de l’ancien ministre.
De son côté, l’ancien Premier ministre sera entendu sur les pressions exercées, notamment avant la réunion du conseil des ministres du 27 octobre 2009, soit des menaces de révocation contre l’ancien ministre Gowressoo si le contrat n’était pas alloué par la State Trading Corporation à la fin de la journée.
Dans l’immédiat, Navin Ramgoolam doit faire face à d’autres préoccupations encore plus graves. Après son interrogatoire Under Warning hier dans l’affaire des commissions de Rs 100 millions (2,6 millions d’euros) extorquées de Dufry avec le contrat de Mauritius Duty Free Paradise, il devait être traduit devant le tribunal de Curepipe sous deux charges. En l’absence d’une caution symbolique, le montant qu’il devra verser à la Cour devrait dépasser Rs 1 million en cumul pour les dix accusations depuis les deux premières logées devant la Bail and Remand Court le samedi 7 février dernier…