Presque 56 semaines après l’écroulement de l’empire Rawat avec l’opération Daylight Robbery, ce dossier continue à susciter passions, remous et agitations. Lors de la première tranche du Question Time à l’Assemblée nationale hier, le député du MMM Aadil Ameer Meea et le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, se sont affrontés sur le dossier de la National Insurance Company Ltd, qui a pris la relève de l’assurance BAI depuis le mois d’avril de l’année dernière. Le nerf de la guerre demeure l’évaluation de la NIC à environ Rs 5,6 milliards dans le cadre de l’ouverture de l’actionnariat de cette compagnie à SICOM et à la State Bank of Mauritius. L’opposition a accusé le ministre de pratiquer l’opacité en refusant de déposer sur la table de l’Assemblée nationale les rapports d’évaluation alors que Roshi Bhadain a mis en avant la nature « commercially sensitive » des informations recherchées et le Non-Disclosure Agreement signé entre les parties. Les échanges au sein de l’hémicycle ont été marqués par des dérapages avec Madam La Speaker, Maya Hanoomanjee, perdant littéralement le contrôle de la situation juste avant l’ajournement pour le déjeuner. L’ouverture de l’actionnariat de la NIC, avec des recettes escomptées de Rs 1,5 milliard, est l’un des trois dossiers majeurs à être bouclés pour le compte de la National Property Fund Ltd. Les deux autres sont la vente de la clinique Apollo-Bramwell avec un Price Tag de Rs 2,1 milliards et le deal avec Britam Kenya, soit Rs 2,8 milliards.
Le député Meea était intéressé par un tour d’horizon de la performance financière de la National Insurance Company Ltd et avait interpellé le ministre des Services financiers sur les « total assets and liabilities » de même que l’état des négociations avec la SICOM, la State Bank of Mauritius et le National Pensions Funds. Ces questions ont toute leur pertinence dans la mesure où l’échéance du remboursement des victimes du Super Cash Back Gold à la fin de juin prochain se précise.
De son côté, Roshi Bhadain a déclaré que suite à un exercice d’appel d’offres pour recruter les services d’auditeurs externes pour la NIC, le choix s’est porté sur la firme Ernst & Young. Le premier exercice financier s’échelonnera sur une période de 15 mois avec la fermeture prévue pour le 30 juin prochain. Il devait également confirmer que la SICOM et la SBM Holdings ont été approchées pour intégrer le capital de la NIC.
« The current offer to acquire a percentage of the shareholding of the National Insurance Company Ltd has been made to Sicom Ltd and SBM Holdings. This offer is of a commercial nature and there is non-disclosure agreement signed between the relevant parties. Moreover, in the case of SBM Holdings, it will have to comply with the provision included in the listing rules made by the Stock Exchange of Mauritius », devait-il ajouter.
Meea : Again, there is the same opacity like the Heritage City in relation to this sale of shares. (Le député cite des extraits d’une précédente PQ posée en début d’année faisant état de rapports d’actuaires sur la NIC). Clairement, il y a eu un exercice d’évaluation des actions par des consultants indépendants. Si le ministre veut faire honneur à la bonne gouvernance, il pourrait déposer sur la table de l’Assemblée nationale, ces évaluations de Rs 5,6 milliards par rapport à la NIC pour confirmer whether it is of genuine nature or is it only wishful thinking and creative accounting ?
Bhadain : Beaucoup de mots ont été utilisés, comme opacity et creative accounting. Tout cela n’est nullement fondé. Dans le cas de Heritage City, il n’y a aucune opacité. J’ai répondu aux questions la semaine dernière. C’est vrai que le capital de la NIC a été ouvert à SICOM et SBM Holdings. This has been done in all transparency. Quand nous parlons d’accroître la valeur de la compagnie d’assurances, cela a été fait. La prime mensuelle de la NIC est de Rs 112 millions, soit Rs 1,3 milliard annuellement. Avec les primes d’assurance arrivant à terme, la compagnie a payé aux clients Rs 600 millions du mois d’août à ce jour. Les coûts d’opération de la BAI ont été réduits de Rs 600 millions à Rs 225 millions. The expense ratio has decreased from 36 % to 11 % that NIC presently holds market leadership position with 38 % of the market share of Life Insurance Policies in Mauritius and based on the number of enforced policies, whilst NIC General holds 11 % market share…
La longueur de la réponse du ministre provoque des remarques des bancs de l’opposition, poussant Madam la Speaker à un premier rappel à l’ordre. Le ministre poursuit en ajoutant que « an offer has been made by NIC to SICOM and SBM Holdings to participate in the share capital. The Boards of those institutions are working. They have, of course, looked at all the figures which have been forwarded and they will make a decision accordingly and I see no reason as to why they should not invest in NIC like I have said before ».
Meea : Le ministre s’est attardé sur des polices d’assurance, des assets and liabilities. Nous lui demandons seulement de déposer sur la table de l’Assemblée nationale le document d’évaluation avec le montant de Rs 5,6 milliards pour confirmer son authenticité. Une compagnie comme la Swan, qui opère depuis des décennies, est évaluée à Rs 2,9 milliards…
Le député Meea est interrompu par la Speaker, qui lui demande de formuler son interpellation supplémentaire.
Bhadain : He can insist as much as he wants ; he has a grievance agenda ; we have a governing agenda. A non-disclosure agreement has been signed and the hon. Member should know. En tant que comptable professionnel, il doit savoir ce que veut dire un Non-Disclosure Agreement et des détails de nature Commercially Sensitive. Venons-en à la SICOM par rapport à la NIC. I am told that the Chief Executive of SICOM has a monthly package, when you add it up, to Rs 1 million a month. Pour la NIC, il est de Rs 200 000 par mois même si la NIC gère un portefeuille de 140 000 polices d’assurance contre les 70 000 de SICOM. So, as a sensible Government, as a responsible Government, we are taking the decisions we are taking in the interest of the people. We have been cheated and defrauded by the Labour Party under the BAI regime. That is what is happening and the issue of political vendetta which was mentioned before – what political vendetta ? Where is political vendetta ? C’est un Ponzi Scheme. Une fraude.
À partir de là, la tension monte d’un cran avec des remarques et invectives fusant de part et d’autre et l’opposition dénonçant le “bla-bla-bla” du ministre Bhadain. Au sujet de l’offre de Prudential plc UK, qui arrivera à échéance le 22 août prochain, le député Meea laisse échapper : « Li pe koz manti ! Depoz sif la ».
Les différents rappels à l’ordre de la présidence de l’Assemblée nationale n’ont servi à rien tant les parties étaient gonflées à bloc. Maya Hanoomanjee ne devait trouver mieux que de mettre un terme aux échanges sur cette PQ. Mais aucun effet également avec le ministre Bhadain lançant en direction du leader de l’opposition « tomb deor ». Paul Bérenger devait se tourner vers la Speaker pour lui demander de rappeler à l’ordre le ministre pour ses propos. Mais Maya Hanoomanjee devait soutenir n’avoir rien entendu.
« Liar ! Liar ! Liar » devait répéter Paul Bérenger hors de lui en ajoutant à l’adresse du ministre « mo pa enn lass mwa ! Kan to pare to vini ! » Et Roshi Bhadain de lâcher « monn pare pou twa » dans le brouhaha, qui a gagné en intensité et en volume dans l’hémicycle.
En ce qui concerne les deux autres avoirs conséquents de l’empire déchu de Dawood Ajum Rawat, le dénouement est confirmé. En effet, avec les garanties fournies par la National Health Care Ltd et le ministère des Finances, une délégation de haut niveau d’Omega Ark International plc est annoncée à Maurice incessamment pour la signature formelle du rachat de la clinique Apollo Bramwell au coût de Rs 2,1 milliards.
Le deal de la vente des 23 % d’actions du groupe BAI avec des recettes de Rs 2,8 milliards devra être scellé d’un moment à l’autre avec le versement de Rs 2,8 milliards dans un Escrow Account comme convenu. Entre-temps, dans le camp du Special Administrator de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities et de la National Property Fund Ltd, le mood est à « keep fingers crossed » jusqu’à ces ultimes échéances.