Quinze semaines après l’écroulement de l’empire BAI, estimé à Rs 35 milliards, le Chairman Emeritus, Dawood Rawat, et ses deux filles, Adeela Rawat Feistritzer, présentée jadis comme la Seven-Million Dollar Woman, et Laina Rawat, ont été dépossédés d’un joyau de grande importance. En fin de semaine, les Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, ont complété l’inscription auprès du Conservator of Mortgages des 16 appartements de luxe et des 17 facilités de parking pour Mercedes-Benz et Grand Cheerokee dans le complexe résidentiel de Diplomat Garden à Floréal. Entre-temps, l’exercice de Forensic Auditing initié a permis de confirmer l’axe Yukondale Ltd/Media Metrix comme un conduit de premier plan pour le détournement et virement de fonds dans des comptes à l’étranger. À Maurice, le suspense au sujet de la reprise des activités de Courts, d’Apollo-Bramwell et d’Iframac a été prolongé avec le board de la Financial Services Commission convoquant une nouvelle séance de travail la semaine prochaine après avoir pris connaissance des rapports des Special Administrators sur les repreneurs potentiels. La tension monte au sein du personnel de la clinique Apollo Bramwell, qui réclame le départ imminent du Chairman de Bramser Services Group, Swadeck Taher, et du Chief Finance Officer, Vashist Gohee.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que l’emprise de la famille de Dawood Rawat sur le complexe huppé de Diplomat Garden à Floréal a pris fin. Dès la semaine prochaine, les Special Administrators, probablement épargnant les membres de la famille Dawood Rawat l’épreuve d’une vente à la barre, procéderont à une « repossession of the appartment for non-payment of mortgages ». Cette décision a été prise car ni Adeela Rawat-Feistritzer ni Laina Rawat n’ont été mesure d’honorer les réclamations de Rs 411 millions logées par le tandem Oosman/Basgeet dans les délais impartis selon la loi.
Les flats de Diplomat Garden, dont la construction avait été financée par des fonds puisés du BAI Common Policy Holders Fund au coût de presque un demi-milliard, représentaient jusqu’à tout récemment le symbole de la réussite des Rawat.
Avec la restitution de ces 16 appartements dès la semaine, il n’est pas à écarter qu’ils soient mis sur le marché de l’immobilier au coût d’au moins Rs 50 millions l’unité. D’autres propriétés immobilières du clan Rawat sont dans le collimateur des Special Administrators, dont le patrimoine familial de Floréal, avec des hypothèques non-payées de Rs 57 111 948 ou encore le bungalow de La Preneuse. Cependant, les sources officielles évitent de confirmer si les procédures ont déjà été initiées par rapport à ces biens immobiliers.
D’autre part, la poursuite de la Financial Probe engagée par les experts-comptables de PwC a permis de confirmer l’axe Yukondale Ltd/Media Metrix, assurant le contrôle rêvé de Dawood Rawat sur la presse écrite et parlée, comme un conduit majeur pour le blanchiment des fonds détournés au préjudice des détenteurs des polices d’assurance de la BAI ou encore des entités comme Iframac ou Courts. À ce stade, une somme supplémentaire de Rs 400 millions a été transférée à l’étranger en ayant recours au paravent médiatique de Yukondale Ltd/Media Metrix.
De ce fait, avec les réclamations de Rs 424 386 033 identifiées lors de la première étape de la Debt Recollection au nom de Yukondale Ltd et de Media Metrix, il faudra ajouter ces Rs 400 millions. Ce chiffre est sujet à confirmation car l’exercice d’Auditing était toujours en cours à la fin de la semaine et devra être complété à la mi-semaine prochaine. De ce fait, ces deux entités du groupe de Dawood Rawat se retrouvent avec des fonds Embezzled pour presque Rs 1 milliard.
« The Special Administrators are seeking legal input on the appropriate recovery approach in respect of various loans and advances provided by BAI and related companies to various entities and individuals outside the group », note un dernier rapport des Special Administrators. Aux dernières nouvelles, l’escouade constituée à la Mauritius Revenue Authority s’est attelée à la tâche de compléter des Income Tax Assessments contre les sociétés de l’empire Rawat sur la base d’un exercice de redressement fiscal complet. Mais les sources concernées n’ont pas voulu avancer des estimations de ces réclamations pour des raisons de confidentialité fiscale.
En ce qui concerne le dossier de la semaine, soit la désignation des repreneurs pour la clinique Apollo-Bramwell, Courts et Iframac, ce n’est que partie remise. Les membres du board de la FSC, réunis, hier après-midi, ont pris connaissance du rapport des Special Administrators portant sur les Bids soumis par des repreneurs potentiels. Les recommandations, que ce soit sur le plan financier ou le redéploiement du personnel, sont actuellement passées au crible au niveau de la FSC, qui se réunira de nouveau la semaine prochaine en vue de valider et d’entériner les choix. Les quelque 1 500 employés de ces trois compagnies resteront encore sur leur faim.
Cette attente vient s’ajouter à une situation de tension, qui se détériore de jour en jour, avec les membres du personnel de la clinique Apollo-Bramwell réclamant le départ de Swadeck Taher. Dans un e-mail aux employés de la clinique en date du 20 juin, celui-ci avait confirmé que « les contributions de Rs 50 millions des employés au fonds de pension de BAI avaient disparu ». Toutefois, quand des limiers de l’Independent Commission Against Corruption avaient débarqué à la clinique « des faux documents, des relevés manipulés, et falsifiés avaient été soumis à l’ICAC ».
Dans une correspondance adressée au Mauricien, des employés de la clinique Apollo-Bramwell s’interrogent sur des coïncidences étranges dans cette affaire de contributions au fonds de pension. « D’après les informations recueillies, les employés ont découvert, avec la plus grande stupéfaction, que leur pension n’a pas été versée dans le BAI Pension Fund depuis janvier 2013 bien que les sommes continuent à être prélevées à chaque fin de mois de leurs salaires de base. Date qui étrangement correspond à la venue de celui qui est perçu comme un mastermind dans le scandale financier (BAI) », écrivent des employés frustrés de cette nouvelle mésaventure.
Pour mieux faire comprendre leur colère, ces employés n’hésitent pas à « réclamer à l’unanimité le départ immédiat de Swadeck Taher et de ses hommes notamment Vashist Gohee, ainsi que les personnes qu’il a placées au département HR pour pouvoir surveiller et manipuler les dossiers des employés. Sur ce sujet, des personnes qui n’ont aucune qualification adaptée ou expérience ont été mises par Swadeck Taher, à la tête du département HR de l’hôpital. Il y va de même pour le département IT, centre névralgique pour le traitement et la sauvegarde de données sur les employés, qui a été généreusement confiée à Vashist Gohee il y a quelques jours ».
Une façon de dire que dans ce qui reste de l’empire Rawat, le torchon continue à brûler…