Presque 50 jours après l’écroulement de l’empire Rawat, surévalué à Rs 31 milliards, l’heure de vérité sonnera pour trois porte-drapeaux, en l’occurrence la clinique Apollo-Bramwell, l’enseigne de franchises prestigieuses Iframac et le rendez-vous incontournable du Hire Purchase, Courts. En effet, cet après-midi, devra expirer la date limite pour l’exercice d’Expression of Interests sous le contrôle des Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, en vue de la reprise de ces opérations. Dans la conjoncture, la question qui demeure toujours sans réponse concerne les prix et conditions auxquels ces entités seront adjugées.
Le tandem Oosman/Basgeet approfondit en parallèle les contacts relatifs aux Assets de la BAI se trouvant à l’étranger, en particulier à Malte avec de gros investissements de Dawood Rawat au sein de GlobalCapital plc avec des ramifications en Italie, en Croatie, en Hongrie et au Kenya et un portefeuille d’investissements évalués à quelque Rs 450 millions dans les banques, l’assurance et le Hire Purchase au sein de Britam. Sur le plan local, le groupe BAI a connu deux démissions de haut niveau, avec le départ de Sulliman Moolan, jusqu’à tout récemment Chairman de la Bramer Asset Management Ltd, et de Seemadree Rajanah, Chief Executive Office de Bramer Services Ltd et également Non-Executive Chairman d’Iframac. De son côté, la personnalité VVIP qui a investi Rs 100 millions dans des acquisitions immobilières de Bramer Property Fund Ltd (voir Le Mauricien d’hier) ne pourra se contenter d’être classée tout simplement dans la catégorie d’Unsecured Creditor pour l’instant.
« Certes, nous avons constaté un intérêt dans l’exercice d’Expression of Interest pour la reprise des opérations de la clinique Apollo Bramwell, l’enseigne Iframac et Courts. Nous avons également pris la décision de séparer les activités d’Iframac, concessionnaire de voitures, et Courts. Le plus important est de confirmer le montant des offres qui pourront être soumises pour la reprise », a déclaré au Mauricien Mushtaq Oosman à moins de douze heures de la clôture des soumissions des Expressions of Interest.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent qu’il y a au moins trois prétendants pour une offre d’achat de la clinique Apollo Bramwell, qui compte 200 chambres et quelque 800 employés. L’une des propositions émane d’un important groupe local avec des attaches dans différents secteurs de l’économie, dont le sucre, le commerce et l’immobilier.
Des hommes d’affaires du Moyen-Orient, par le truchement de leurs représentants à Maurice, ont signifié leur intention de répondre à l’Expression of Interest. Mais à hier après-midi, ce groupe d’affaires arabe n’avait pas encore transmis de détails précis. La troisième soumission vient d’un consortium de sociétés engagées dans diverses activités du privé à Maurice.
D’autres sources avancent qu’à la clôture des offres cet après-midi, il faudra s’attendre à un maximum de cinq repreneurs potentiels pour la clinique Apollo-Bramwell avec une éventuelle mise à exécution d’un plan de restructuration s’avérant « extrêmement douloureux » pour les membres du personnel. Les opérations de la clinique représentent actuellement des pertes mensuelles de Rs 40 millions, soit environ Rs 500 millions par an.
Due Dilligence
Une correspondance signée La Voix de l’Hôpital, adressée au Mauricien, apporte de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent les dépenses excessives à Apollo-Bramwell. « La Senior Leadership Team comprend Thomas Matheew, Valérie Rawat, Sanjiv Nuckchady, Miodrag Todorovic, Vashsih Gohee, Eshand Ollite et Salah Aljanabi […] Les salaires et avantages de cette équipe sont de Rs 6 millions (Rs 1 million pour chacun) », fait ressortir cette lettre de dénonciations en règle.
Pour ce qui est du réseau de magasins Courts à travers l’île, on dénombre au moins deux soumissions fermes, dont celle d’un groupe d’hommes d’affaires mauriciens menés par le fondateur de Mammouth à Maurice il y a trente ans et ancien CEO David Isaacs. Dès la confirmation des malheurs du groupe Rawat, Courts Asia a indiqué que ce groupe, basé à Singapour, est intéressé à prendre le relais vu son expérience dans ce domaine et le potentiel de régionalisation.
La situation est plus complexe pour Iframac, certaines sources soulignant que les soumissions se font attendre alors que d’autres affirment qu’au moins cinq sociétés se préparent à livrer bataille pour prendre contrôle de cette importante enseigne dans le secteur de l’automobile avec des franchises de réputation internationale comme Mercedes-Benz, Peugeot ou encore Mitsubishi.
Néanmoins, la principale appréhension des sociétés intéressées est de savoir si les constructeurs allemand, français et japonais reconduiront les accords de représentations avec le repreneur. À ce stade, il est difficile de dire quelle sera l’attitude des concernés et il va de soi que tout retrait d’une de ces trois marques de voitures aura pour effet de rabaisser le price tag d’Iframac.
À la réception de ces Expressions of Interest, les Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd s’engageront dans un exercice de Due Diligence des sociétés participantes avant d’aborder l’étape des offres finales. « Le tout est de savoir le montant de ces offres », ne cesse de répéter Mushtaq Oosman.
Aucune des sources approchées par Le Mauricien n’a voulu s’aventurer pour commenter les prévisions de BDO Financial Advisory Services à la Financial Services Commission en date du 24 avril dernier. Cette firme de consultants mise sur des recettes de Rs 1,3 milliard lors de la séparation avec Iframac, Rs 1,2 milliard avec Courts et de Rs 1,7 milliard avec la clinique Apollo Bramwell à Réduit. Ces Rs 4,2 milliards devraient venir en principe alimenter le cash-flow du National Property Fund dans le cadre du remboursement des victimes de l’arnaque Rawat ou du BAI Ponzi.
Nouveau sursis
D’autre part, les Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd ont bénéficié d’un nouveau sursis avec la Malta Financial Services Commission dans le cas de GlobalCapital plc, avec Dawood Rawat disposant d’un Controlling Interest avec le soutien de Yukondale Ltd. Ainsi, la suspension de la cotation de GlobalCapital plc à la Bourse de Malte a été prolongée jusqu’au 1er juin à partir de lundi dernier.
Cette suspension avait été décidée par les autorités de Malte le 17 avril dernier suite à la démission de Dawood Rawat en tant que Chairman de cette compagnie, qui est citée comme le propriétaire du château médiéval de Rome, Italie, au coût de Rs 540 millions. La GlobalCapital plc détient également des propriétés immobilières à Malte, en Croatie et en Hongrie. Cette demande d’extension a été formulée par les Special Administrators vu que cette compagnie n’a pas encore préparé son bilan financier pour le dernier exercice en cours. À la base de ce document financier, ils décideront du timing pour la réalisation des avoirs de BAI au sein de cette compagnie installée et opérant à partir de La Valette à Malte.
Une équipe de consultants de PwC est rentrée de Nairobi, hier, après des consultations avec les autorités de Kenya au sujet des placements de BAI Co (Mtius) Ltd dans des entités de ce pays. Pour récupérer les quelque Rs 450 millions dans ces avoirs, les Special Administrators devront obtenir le feu vert préalable des autorités au Kenya. Des contacts ont été établis et des discussions initiées à cet effet, indique-t-on officiellement en laissant prévoir que cette étape pourrait prendre plus de temps de temps que prévu.
Sur le plan local, les premières démissions au top management du groupe BAI ont été enregistrées alors que d’autres devront suivre jusqu’à la fin de ce mois. Ainsi Sulliman Moolan, Chairman de Bramer Asset Management Ltd, et également non-Executive Director le conseil d’administration d’Iframac, a soumis sa démission de ces instances. Il a également rendu la voiture de fonction qui lui était attribuée. Seemadree Rajanah, CEO de Bramer Services Ltd et aussi Non-Executive Director d’Iframac, a également claqué la porte car à la fin du mois dernier, il s’était retrouvé sans salaires.
Swadeck Taher, Chief Financial Officer du groupe Rawat, qui a signé l’email sur le licenciement des premiers cent employés d’Apollo Bramwell, est de plus en plus contesté. Une lettre de dénonciations, adressée aux Special Administrators, met en garde contre les agissements de ce responsable du groupe Rawat, accusé d’être « un des facteurs ayant précipité la chute des entreprises comme Ireko ou encore Apollo-Bramwell. »
Affaire à suivre avec l’entrée en scène annoncée des repreneurs…