À la 23e semaine, soit 160 jours, depuis l’écroulement de l’empire Rawat avec les révélations de l’opération Daylight Robbery, le premier épisode est sur le point d’être conclu avec les dossiers d’Iframac, de Courts et d’Apollo-Bramwell rangés. Tout au moins en ce qui concerne la reprise de ces activités d’affaires par d’autres opérateurs et le redéploiement du personnel de ces entités faisant partie du groupe BAI Co (Mtius) Ltd. Le dernier os dur à maîtriser demeure l’emploi des 322 membres du personnel d’Iframac. Les dernières informations disponibles indiquent qu’à 23 h 30 hier, les consultations initiées le week-end dernier par le Special Administrator de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Yacoob Ramtoola, ont débouché sur un accord confirmant le come-back de CFAO-IMC pour Mercedes-Benz, le groupe Leal & Co (Mitsubishi) et Axess (Peugeot) avec le redéploiement du personnel entre ces trois. Cet arrangement, qui a été porté à la table de délibérations du conseil des ministres du jour, équivaut à la fin du projet d’autogestion avec la New Iframac Motors Ltd.
En parallèle, les 190 employés de Courts licenciés avec la reprise par le consortium mené par David Isaacs, qui ont eu un premier contact ce matin avec le ministère du Travail et des Relations industrielles, réclament une indemnité de départ représentant un mois par année de service au lieu des 15 jours proposés. Au chapitre des réclamations de Rs 35 milliards logées par le Chairman Emeritus de la BAI, Dawood Rawat, qui a trouvé refuge en France, le gouvernement a porté son choix sur Lalive (Genève), un bureau international de conseils légaux, avec le Dr Veijo Heiskanen en tant que Leading Counsel, pour assurer les intérêts de Maurice lors de cet éventuel arbitrage.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès de sources concordantes avancent qu’un accord sur la répartition des membres du personnel d’Iframac entre la CFAO-IMC, qui a décroché la représentation de Mercedes-Benz, le groupe Leal & Co, nouveau concessionnaire de Mitsubishi et Axess pour Peugeot a été paraphé avec le Special Administrator dans la nuit d’hier à ce matin. Toutefois, en début de matinée, les détails sur cet accord n’avaient été rendus publics vu qu’il doit être avalisé par le conseil des ministres aux termes des dispositions de l’Insurance Act amendée en avril dernier.
Procédures caduques
Le premier choix pour les employés a été accord à la société CFAO-IMC compte tenu de la prestigieuse franchise allemande Mercedes-Benz. Puis ce fut au tour du groupe Leal et d’Axess. Sensiblement, ce partage des membres du personnel d’Iframac se fait sur la base des compétences et des responsabilités au sein de l’entreprise attribuées jusqu’ici. L’organigramme et l’organisation du travail en vigueur en ont fait foi. Un des principaux griefs des employés du temps des anciens Special Administrators de PwC, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, était que les trois sociétés susmentionnées avaient eu accès à des fichiers et dossiers des employés de la défunte Iframac sans avoir soumis de bids sous l’Expression of Interest.
Avec le feu vert du conseil des ministres du jour à l’accord intervenu hier soir, toutes les autres procédures, notamment les contacts avec FleetAfrica/RHT Holding Co Ltd et le groupe EAL man Hin & Sons, deviennent caduques. Le projet d’autogestion avec la New Iframac Motors Ltd, avalisé par le gouvernement le 7 août dernier, se transformera en un mort-né quasi automatiquement.
Interrogé par Le Mauricien, Ashok Subron, négociateur de la General Workers Federation (GWF), et représentant les intérêts des employés d’Iframac, affirme que depuis ces derniers jours, il n’y a pas eu d’échanges avec le Special Administrator. Les employés d’Iframac sont actuellement dans l’attente d’une séance de travail avec les autorités concernées en vue de décider de la marche à suivre.
« À ce matin, nous ne sommes en présence d’aucune proposition de quelque nature que ce soit au sujet d’Iframac. Nous avions compris de par les déclarations du ministre Bhadain que ces consultations sont en cours en vue de trouver une solution pour une sortie de crise. Nous attendons la convocation d’une réunion avec le Special Administrator pour en savoir plus », a déclaré Ashok Subron. Subséquemment, une assemblée générale des employés sera organisée en vue d’exposer les détails de l’accord d’hier et de sceller l’épisode Iframac.
« Kuma pou sorti dans sa dife-la »
De leur côté, une centaine des 190 employés licenciés, représentant 20 % du personnel de Courts, ont effectué le déplacement au QG du ministère du Travail et des Relations industrielles, pour prendre connaissance de ce qu’il adviendra de leur sort avec la reprise par le consortium mené par David Isaacs. L’un des critères utilisés pour dresser la liste des 190 sacrifiés à l’autel du BAI Ponzi Scheme de Dawood Rawat est le Last In and First Out, notamment pour eux ayant entre un et neuf ans.
Tout en réclamant une compensation Over and Above de ce que prévoit la loi, soit au moins un mois par année de service au lieu des 15 jours offerts, le véritable drame de ces 190 anciens employés de Court est qu’ils se retrouvent sur le pavé, sans aucune faute de leur part, dans une conjoncture de morosité économique. Le visage de ceux présents dans les locaux du ministère trahissait cette préoccupation majeure de ces Breadwinners pour des familles, victimes collatérales du détournement de fonds commis par Dawood Rawat.
« Kot pou al gagn enn travay aster-la ? Lafin lane pe vini. Kuma pou sorti dans sa dife-la », laissaient entendre certains à voix basse alors que d’autres pouvaient difficilement contenir leur colère. Sur le conseil des syndicalistes de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo, ces employés limogés n’ont d’autre choix que d’entamer l’enregistrement en vue bénéficier des dispositions du Workfare Programme.
Refusant catégoriquement l’indemnisation de 15 jours par année de service, la CTSP a déclaré qu’elle sollicite une rencontre avec le ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, qui avait promis « une indemnisation plus humaine ». Au nom de ces employés, la CTSP réclame un mois de salaire par année de service.
Prenant la parole, quelques employés révoltés, car ils ne s’attendaient pas du tout à être licenciés, ont fait état de plusieurs anomalies dans les procédures. « Il y a des départements tels que le loading ou l’opération où tout le personnel a été licencié. Comment explique-t-il cela ? » soutiennent-ils dissimulant difficilement leur colère.
« Nou na pa pou lager pou manager »
Jane Ragoo a demandé aux employés de ne pas oublier que c’est en raison de « deux lois bancales votées en février 2009 que les travailleurs de ce pays se retrouvent dans des situations précaires », tout en rappelant qu’il y a à peine un mois, le ministre Roshi Bhadain leur avait déclaré lors d’une réunion que le gouvernement de l’Alliance Lepep amenderait la loi pour mieux protéger les travailleurs. « Nou pa kone si Bhadain pe refiz zwenn nou me li pa pe zwenn nou. Nou bizin ress mobilize pour nou gagn enn mwa konpansasion par année de service », s’est-elle appesantie.
S’adressant aux employés affectés par le licenciement, Reeaz Chuttoo leur a demandé de déposer plainte lors de l’enregistrement du Workfare Programme. « Nou pou ena enn reunion ek administrater pou kone kifer inn ena sa bann anomali la. Kifer bann mwins ansyin inn ale dan enn mem departman », a-t-il soutenu.
S’adressant cette fois aux managers qui « ti maltret syndicat Courts Bell-Village, ek zordi dan minister, la queue inn coupé », et qui par ailleurs touchent plus de Rs 30 000, Reeaz Chuttoo leur a conseillé de s’adresser à des conseils légaux. « Nou na pa pou lager pou manager me pou bann ti travayer », dit-il.
Reeaz Chuttoo a expliqué que la CTSP tentera de faire appliquer les Collateral Benefits, qui ont été payés dans le cadre de la fermeture de la MSM Ltd de Bell-Village. Il a réclamé un plan social du gouvernement pour « ti travayer dan sa pei la ».
Le dossier Apollo-Bramwell devra connaître également des développements en cette fin de semaine. La State Investment Corporation et la NIC Health Care Ltd ont pris la décision de lancer un exercice d’Expression of Interest en vue d’octroyer un Management Contract pour la gestion de cette clinique privée. À partir de cette fin de semaine, toutes les sociétés mauriciennes ou étrangères, intéressées dans la gestion d’Apollo-Bramwell, disposeront d’un délai de sept jours pour soumettre des propositions à cet effet.
Jusqu’ici, Apollo-Bramwell Delhi a signifié son intérêt dans le Management Contract de l’ancienne clinique de Dawood Rawat. Une délégation de haut niveau avait même effectué le déplacement à Maurice pour des consultations avec les autorités. Dans les milieux concernés, on avance que pour les besoins de la bonne gouvernance et de la transparence, le choix sera fait sur la base des dossiers soumis et qu’Apollo-Bramwell devra passer par la filière d’Expression of Interest initiée.