• Laina Rawat, la Proxy de l’ex-Chairman Emeritus de BAI, s’appuie sur un dernier affidavit au sujet des événements du 2 avril 2015 pour contester la décision au sujet de cette banque commerciale
  • Cet affidavit porte sur les transactions visant à « dir Dawood Rawat vann so group pou enn roupi ek pa pou ena problem devan »

L’écroulement de l’empire de Dawood Ajum Rawat, estimé à Rs 35 milliards en avril 2015, revient au premier plan en cette fin de mandat, comme la Saison II de l’Opération Daylight Robbery. En effet, la “Proxy” de l’ex-Chairman Emeritus du groupe BAI, sa fille, Laina, a pris l’initiative de saisir la Cour suprême d’une demande d’injonction contre la mise en vente de la MauBank Ltd, incorporée après dans le sillage de la révocation de la Banking Licence de la Bramer Banking Corporation Ltd, dans la nuit du 2 avril 2015. Pour justifier sa démarche, Laina Rawat s’appuie sur les détails d’un dernier affidavit en date, juré par un des protagonistes, ayant participé à l’épisode de « dir Dawood Rawat vann so group pou enn roupi ek pa pou ena problem devan » avec dans les principaux rôles, les anciens ministres Roshi Bhadain et Ravi Yerrigadoo.

En fin de semaine, Laina Rawat a tenté d’obtenir une injonction de la Cour suprême contre le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, la Banque de Maurice et l’État pour objecter à une éventuelle disposition de cette banque dans la conjoncture. Elle affirme que la version de ce nouveau témoin « depicts the scheming and conniving involved at high level which culminated in such revocation », faisant référence à la révocation de la licence de la Bramer Bank. Et d’ajouter que pour elle, c’est confirmé que cette décision était d’ordre politique « from the rulers of the day with the help of a subjugated Central Bank, the Bank of Mauritius ». Cette tentative “ex parte” étant rejetée, les parties concernées devraient prochainement s’expliquer en Cour suprême sur cette action légale.

Ce témoin a, par voie d’affidavit, juré en Cour suprême en fin de semaine dernière, retracé des négociations dont il affirme avoir été personnellement témoin entre le 23 mars 2015 et le 2 avril 2015. Il apporte un autre éclairage quant aux implications de Roshi Bhadain et de Ravi Yerrigadoo, mais aussi des hauts fonctionnaires . Se présentant comme un partenaire de la British American Investment (BAI), ce témoin affirme d’emblée au début du mois de mars 2015 avoir pris rendez-vous avec Seemadree Rajanah, le Chief Operating Officer de BAI Co (Mtius) Ltd, pour discuter des rumeurs quant à l’avenir du groupe de Dawood Rawat. Cette rencontre s’est déroulée en présence de Jaya Allock, Rishi Sookdawoor et de Swadeck Taher.

Suite à ces discussions avec les anciens collaborateurs du patron de la BAI, la décision de prendre contact avec le ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, avait été prise « since BAI fell under his jurisdiction ». L’“insider” raconte que ce n’est qu’après la présentation du premier budget de Lalyans Lepep par Vishnu Lutchmeenaraidoo que se sont tenues les réunions avec l’ancien ministre des Services financiers, soit le 30 mars 2015, en compagnie de ses conseillers, de la CEO de la Financial Services Commission de cette époque, Clairette Ah Hen, la Chairperson du régulateur des services financiers, Me Rajesh Ramloll et des hauts fonctionnaires Ramprakash Nowbuth qui était le Permanent Secretary du ministère de Roshi Bhadain et Chairman de la SICOM et l’ancien Deputy Permanent Secretary, Somduth Nemchand.

« For the first time I understood fully that the liquidity issues of BBCL were due to the fact that parastatal bodies had made massive withdrawal quite recently »,  allègue le témoin dans son affidavit. Il avance que l’emprunt contracté et les garanties bancaires de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam pour l’acquisition d’un bungalow de Roches-Noires furent aussi abordés. L’ancien « partenaire » de la BAI allègue que Roshi Bhadain invitait ceux présents de « come clean, zot ena enn sel sans, dir tou aster lamem sinon, don’t tell me that I haven’t given you this chance ».

Le 1er avril 2015, le même groupe de personnes, accompagné cette fois de Shakeel Summun, autre maillon fort du groupe BAI, était reparti rencontrer l’ancien ministre à son bureau et que ce dernier s’est présenté avec l’ex-Attorney General Ravi Yerrigadoo.  Il souligne que Roshi Bhadain était en colère car Seemadree Rajanah avait écrit au Premier ministre sir Anerood Jugnauth. « He pointed out at M. Nowbuth and said that he could have gotten SICOM to withdraw the 800 million rupees with a mere phone call but he had not », lit-on dans l’affidavit.

Il ajoute que Seemadree Rajanah a demandé au ministre Roshi Bhadain de laisser la BA Insurance injecter des fonds dans la Bramer Bank, mais que la position officielle était que ce soit les “Shareholders” qui y devaient verser des fonds propres. À quoi, Seemadree Rajanah aurait répondu que « monn koz ek Dawood, li dir li pena kas ».

L’affidavit fait également état des événements du  2 avril 2015, date à laquelle la révocation de la licence de la Bramer Bank avait été entérinée par la Banque de Maurice.Vers 16h ce jour-là, il était arrivé à la SICOM Tower en compagnie de Swadeck Taher et a vu un autre proche de Dawood Rawat, le neveu de celui-ci, Saleem Beebeejaun, quittait le bureau de Roshi Bhadain. « We were then asked to go in. M. Dev Manraj, the Financial Secretary, was sitting in the Minister’s Office », explique ce témoin privilégié. Et, selon lui, la proposition de « dir Dawood Rawat vann so group pou enn roupi ek pa pou ena problem devan » a été mise en avant par le secrétaire financier. « Al fer seki pe dir zot ek fer mwa kone apre, kouma mo pe dir tou pa dan mo lamin. Sinon pou ena problem devan ek mo pa pou kapav fer nanyen », aurait ajouté Roshi Bhadain.

Il a déclaré qu’alors que des discussions se tenaient sur la proposition à la Bramer House, Swadeck Taher avait reçu un appel téléphonique et informé ceux présents que les membres de la famille Rawat faisaient face à une “objection to departure” au cas où ils penseraient quitter le pays. « After some time M. Rajanah came in and asked me inform the Minister that M. Rawat was ready to sign the one-rupee letter », poursuit-il dans son affidavit.

Sur les coups de minuit ce soir-là, un représentant de PriceWaterhouseCoopers, un huissier et un policier sont arrivés pour prendre le contrôle de la Bramer Bank, la lettre de Dawood Rawat restant non signée. Il affirme être parti en compagnie de Swadeck Taher rencontrer une nouvelle fois Roshi Bhadain à 1h du matin et y avoir vu Sunil Benimadhu, Clairette Ah Hen, Me Rajesh Ramloll, Dev Manraj, André Bonieux et Musthtaq Osman, entre autres, dans le bureau du ministre et a quitté les lieux après presque trois heures.

Affaire à suivre…