Huit semaines après l’écroulement de l’empire de Dawood Rawat, avec la révocation de la Banking Licence de la Bramer Banking Corporation Limited et la mise sous administration de BAI Co (Mtius) Ltd, les faits têtus continuent à remonter à la surface. D’un côté, le mandat des Special Administrators, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, permet de dévoiler le système de détournement de fonds et de « misappropriation » criminelle par des membres du clan Rawat, dont le dernier exemple en date est le trou de Rs 3,8 milliards dans les comptes de la Bramer Asset Management Ltd sur des placements consignés de Rs 5 milliards des clients. Ensuite, il y a la générosité salariale pratiquée en faveur d’un « happy few » au sein du groupe, dont les soeurs Rawat – Adeela, celle présentée comme la « Seven-Million Dollar Woman » et Laina – ou encore Swadeck Taher, Chairman de Bramser, ayant sous son contrôle tout le système de la clinique Apollo Bramwell, avec des salaires de base de Rs 750 830 par mois, sans compter les « director’s fees » des autres entités du groupe et les allocations de transport avoisinant les Rs 150 000 par mois. Comme indiqué dans l’édition du Mauricien d’hier, le gouvernement est venu de l’avant avec un plan de remboursement des capitaux à la satisfaction des clients ayant souscrit à la Bramer Asset Management Ltd (voir détails plus loin).
Dans l’immédiat, Laina Rawat sollicitant une dérogation de la Cour suprême quant au gel de ses avoirs bancaires pour pouvoir effectuer des retraits de l’ordre de Rs 150 000 par mois pour subvenir aux besoins de son couple, c’est le volet des salaires versés au Top Management du groupe BAI qui monopolise l’attention. Ainsi, les derniers chiffres qui circulent publiquement laissent voir que la politique salariale en vigueur était des plus généreuses envers certains.
De ce fait, Swadeck Taher, dont le maintien en poste à la clinique Apollo Bramwell par les Special Administrators de la BAI Co (Mtius) Ltd et related entities est de plus en plus contesté, se taille la part du lion en terme des salaires de base, soit pas très loin de la Chief Executive Officer de la clinique, Valérie Rawat. En tant que Chairman de Bramser, avec pour filiales l’Apollo Bramwell Hospital et l’Apollo Bramwell Nursing School, Swadeck Taher perçoit en effet un salaire de base de Rs 750 830, faisant de lui le président de conseil d’administration le mieux rétribué du groupe, exception faite bien sûr du Chairman Emeritus et Légion d’honneur de la République française Dawood Rawat.
Les salaires des autres Chairmen sont de Rs 450 000, sans compter les allocations et autres director’s fees, dont Claudio Alejandro Salvador Feistritzer, à la tête de la Bramcom, le pôle commercial du groupe, Ibrahim Moussa Rawat, Chairman de Bramcorp, ou encore de Sulleman Ajum Rawat, de BA Exchange et BritAm. De son côté, Ashraf Esmaël, en tant que Chief Executive Officer, percevait un salaire de base de Rs 455 276. Notons aussi le Senior Vice President de Legal, Risk and Compliance (Rs 301 365 par mois), le Chief Operating Officer Anil Bholla (Rs 275 600), le Senior Vice President de Credit & Treasury Ramesh Motee (Rs 162 483) ou encore le Senior Vice President de Finance and Cotrom (Rs 124 945).
Toutefois, ces coûts salariaux faramineux étaient financés par les fonds détournés du Common Policy Holders Fund de la BAI Co (Mtius) Ltd ou encore de la Bramer Asset Management Limited. Lors d’une rencontre avec les victimes de la Bramer Asset Management, le ministre des Services financiers Roshi Bhadain a donné des indications chiffrées à ce sujet pour mieux éclairer leur lanterne. Ainsi, la dernière évaluation des avoirs de la Bramer Asset Management Ltd confirme que les clients ont souscrit des placements de Rs 5 milliards dans ce fonds. Mais les Special Administrators n’ont pu retracer que Rs 1,2 milliard, laissant des « unaccounted funds » de Rs 3,8 milliards, soit Rs 1,4 milliard du trou initial constaté le 8 janvier 2014.
« Nou remersie ?guvernman »
Un exercice de « money trail » par des spécialistes ont malgré tout pu déterminer les bénéficiaires de cette opération de dilapidation des fonds pour le financement des canards boîteux ou encore au profit de Dawood Rawat, qui a cherché refuge en France, soit :
l Rs 310 millions englouties pour le financement des pertes d’Apollo Bramwell ;
l Rs 534 millions transférées sur les comptes de la Bramer Services Ltd ;
l Rs 436 millions en faveur de la Bramer Banking Corporation Ltd ;
l Rs 421 millions pour couvrir les pertes essuyées par Iframac
Rs 167 millions transférées à GlobalCapital plc à Malte, et ;
l Rs 685 millions directement dans les poches de Dawood Rawat en passant par Seaton Investment Ltd avec KLAD Investment, une entité sise aux Bahamas.
Le ministre Bhadain a confirmé entre autres à l’assistance réunie à Belle-Rose hier après-midi qu’en juillet prochain, quelque 6 362 clients de la Bramer Asset Management, ayant des placements inférieurs à Rs 500 000, seront remboursés, soit une somme totale de Rs 506 millions. Les victimes, qui avaient à un certain moment affirmé être des laissés-pour-compte de l’arnaque Dawood Rawat, ont poussé un ouf de soulagement, à l’exemple d’Eric Wong, boulanger de profession, qui déclare que « nu kapav dir ki bann papa ek bann mama pe gagn ene zoli kado pu fet des meres », ajoutant : « Nou remersie guvernman pou cela et lekpip de sutyen. Ce ene vre sulazman. »