Depuis hier matin, les séquelles de l’opération « Lakaz Lerwa Lion », avec l’inculpation provisoire de Navin Ramgoolam, se sont déplacées vers la Cour suprême. L’ancien Premier ministre a logé une demande d’injonction contre le Central CID, interdisant aux enquêteurs de la police d’accéder aux « secrets » de ses six téléphones cellulaires. Les deux principaux responsables de cette enquête, avec Navin Ramgoolam en tant que principal protagoniste, l’assistant-Commissaire de police Heman Jangi et le Chef-inspecteur Indiren Natchetram ont été convoqués, hier après-midi, devant la juge Rita Teeluck, siégeant en référé. Toutefois, compte tenu du calendrier arrêté, la juge ne devrait faire connaître sa décision que jeudi prochain quant au fait que le Central CID puisse procéder à la Forensic Analysis de ses cellulaires.
Dans l’affidavit rédigé par les soins de Me Hiren Jankee (avoué) et juré devant le Master and Registrar, hier matin, Navin Ramgoolam plaide la sécurité et les intérêts de l’État pour justifier sa demande d’injonction contre l’examen des « secrets » gardés dans la mémoire de ses trois iPhones, deux téléphones de la marque Nokia et d’un BlackBerry, qui avaient été saisis lors de son arrestation le vendredi 6 février dernier en la résidence familiale des Ramgoolam, rue Desforges. L’ancien Premier ministre dit craindre une violation de ses droits fondamentaux sous les clauses 9, 10 et 12 de la Constitution par rapport à la protection de sa vie privée, à sa protection sous la loi et la protection de ses correspondances privées et officielles. Il maintient que la sécurité d’État et l’intérêt public doivent primer sur toute autre considération car les différents téléphones cellulaires en sa possession recèleraient « des informations de nature extrêmement confidentielles et sensibles, de même que privilégiées » de par les hautes fonctions qu’il a occupées de 2005 à décembre 2014.
Navin Ramgoolam met également en garde contre les risques de fuites d’informations puisées de ses téléphones portables suite à l’exercice entrepris par les spécialistes de l’IT Unit de la police. Pour cause, il met en exergue deux incidents survenus depuis son arrestation le 6 février, notamment les bulletins d’informations diffusés le 8 février par la station de télévision nationale comportant des images du contenu des deux coffres-forts et des quatre valises filmées par la police. Techniquement, ces images n’auraient jamais dû être en possession de la MBC aux termes des arrangements convenus.
La publication, lundi dernier, des détails des « Exhibits » dans les coffres-forts et les valises, soit un inventaire complet des coupures bancaires mauriciennes et étrangères, est aussi décriée. Navin Ramgoolam dénonce un harcèlement de la part de la police, car, dans la soirée du 10 février, il a dû se rendre de force dans les locaux du Central CID pour la reprise d’une étape de l’enquête. L’ACP Jangi et le CI Natchetram ont demandé un délai à la juge pour étudier les points soulevés par Navin Ramgoolam dans sa demande d’injonction et ont fait comprendre qu’ils comptaient objecter formellement à cette démarche. Les deux parties devront retourner en Cour suprême lundi prochain avec des dépositions probables du Commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, et de l’ACP Jangi.
Pour les enquêteurs, l’accès aux informations dans la mémoire de ces téléphones est vital, car elles viendront apporter la preuve formelle que l’ancien Premier ministre n’a pas dit la vérité au sujet des incidents au campement de Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 et qu’il a été le cerveau présumé du « Cover Up » avec Rakesh Gooljaury jeté au premier plan « pou pran sarz » d’un cambriolage allégué de Rs 20 000. En principe, la décision de la Cour suprême sur la demande d’injonction ne devrait pas intervenir avant jeudi prochain, apportant du même coup une pause à la séance d’interrogatoire « Under Warning » de Navin Ramgoolam, inculpé de « conspiracy » et de « money laundering » pour un montant de Rs 224 millions.