L’homme d’affaires, exemple-type du « Viré Mam » de la campagne de l’Alliance Lepep lors des dernières élections générales, Rakesh Gooljaury, qui avait tenté de sauver son empire de marques de luxe, subit une contre-offensive tous azimuts. Le consortium de banques commerciales, dont la MauBank et AfrAsia, auprès de qui l’empire Gooljaury est nettement pour un montant portant sur des centaines de millions de roupies, a obtenu, hier, un ordre du juge Gérard Angoh, siégeant en référé pour le contrôle des avoirs de ce groupe opérant dans l’Upper End of the Clothing Market. De ce fait, André Bonieux, Senior Partner, et Raj Basgeet de PwC, ont été nommés Joint Receivers and Managers, pour une série de sociétés incorporées par le dénommé Rakesh Gooljaury en vue de recouvrer des dettes impayées. Aux termes de l’injonction émise, la firme BDO, qui avait nommé dans une tentative de sauvetage du groupe Gooljaury, Paul Foo Kune et son fils, Dylan Foo Kune, nouveau partenaire en affaires de celui-ci, de même que d’autres institutions, dont la Mauritius Revenue Authority (MRA), sont également concernées par cette action en Cour suprême.
Tout semble indiquer que le consortium de banques, qui avait initialement fait preuve de flexibilité face aux problèmes de trésorerie de l’empire Gooljaury, a pris froid des dernières initiatives en préférant précipiter des actions en Cour pour sauvegarder ses intérêts. Sur la place publique, depuis ces dernières semaines, il était de plus en plus question de deals entre Rakesh Gooljaury et Foo Kune au sujet du fonds de commerce, avec la répartition de la représentation des principales marques internationales et huppées, comme Hugo Boss, Etam, Giorgio Armani ou autres Celio.
Ainsi, l’injonction obtenue de la Cour suprême interdit à Rakesh Gooljaury de se défaire des principales marques dans une tentative de retrouver une solvabilité dans les affaires. Cet ordre intérimaire devra rester en vigueur jusqu’au 10 juin prochain, date à laquelle le juge Angoh a convoqué toutes les parties intéressées par l’avenir de l’empire Gooljaury en vue de consigner leurs représentations.
En contrepartie, en vue de parer à toute éventualité, Rakesh Gooljaury a cru nécessaire de prendre avantage des dispositions de l’Insolvency Act en nommant le Senior Partner de Grant Thornton, Sattar Hajee Abdoula, en tant qu’administrateur du groupe sous la formule de Voluntary Administration. Cette démarche, initiée par le patron de Fashion Style, s’apparente à la première tentative engagée lors de l’écroulement de l’empire de Dawood Ajum Rawat le 2 avril de l’année dernière. En vue de court-circuiter la mise en liquidation du groupe, le conseil d’administration du groupe BAI avait également opté pour la formule de Voluntary Administration avec le même Sattar Hajee Abdoula en tant qu’administrateur. Finalement, compte tenu des amendements à l’Insurance Act, l’administrateur Abdoula n’eut d’autre choix que de rendre le tablier au tandem Bonieux/Oosman de PwC.
Au vu du développement intervenu en Cour hier et de l’injonction du juge Angoh, pas moins de huit sociétés du groupe Gooljaury ont été placées en Receivership, André Bonieux et Raj Basgeet étant Receivers-Managers pour les entités suivantes avec des réclamations portant sur des centaines de millions de roupies, soit
– Fashion Style Ltd pour un montant global de Rs 644 millions, dont deux emprunts de Rs 252 millions et de Rs 150 millions accordés par la défunte Mauritius Post and Cooperative Bank (MPCB), reprise par la MauBank en début d’année;
– Prites Ltd pour un montant de Floating Charges de Rs 517 millions;
– Goman Ltd, la société de Rakesh Gooljaury, qui avait émis le chèque antidaté en juillet 2011 pour un montant de Rs 100 000 pour faire accroire que le campement de Roches-Noires, appartenant à Navin Ramgoolam, avait été loué, pour des Floating Charges de Rs 526,8 millions;
– Designer Labels Co Ltd pour un montant de Rs 412 millions de Floating Charges pour des emprunts contractés;
– Jack Int Ltd pour Rs 300 millions;
– La Nicolière Development pour un montant de Rs 517 millions;
– Express Roulette Ltd pour Rs 10,2  millions et
Pro-Fashion Ltd pour Rs 35 millions.
Les documents déposés en Cour suprême pour les besoins de cette injonction indiquent que l’ardoise auprès des banques de Fashion Style Ltd sont de Rs 360,9 millions  et 1,7 million en euros, Designer Labels de Rs 166 millions, Jack Intl. Ltd Rs 73 millions, Pro-Fashion Ltd Rs 14,9 millions, Rakesh Gooljaury Rs 5,5 millions et Goman Ltd 1,2 million.
A l’issue de cet exercice, les Receivers-Managers ont imposé un délai arrivant à terme le 3 juin prochain à 16 heures en vue d’enregistrer des réclamations contre ces sociétés, y compris les anciens employés et que tout paiement aux entités de l’empire Gooljaury devra être effectué au nom des Receivers-Managers.?