L’opération du Central CID, avec pour nom de code “Lakaz Lerwa Lion” – qui entame sa quatrième journée –, génère des révélations de plus en plus « shocking ». Non seulement pour la classe politique mais, surtout, pour toute la population, avec le changement de focus de l’enquête sur la “Roches-Noires Saga”, au sujet des incidents survenus au campement de Navin Ramgoolam dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011. Le délit de money laundering sous les sections 3 (1) (b) et 8 (1) (a) de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) pour un montant d’au moins Rs 500 millions, dont Rs 200 millions en dollars américains et en euros, a pris le dessus dans cette sinistre affaire, dont les dessous ne font que commencer à transpirer depuis le week-end. La confirmation a été obtenue dès hier matin avec l’ouverture des deux “oversized” coffres-forts et de deux valises, dont les serrures étaient codées. Petit détail qui a fait le tour des Casernes centrales avec la première vérification : une des mallettes saisies par le Central CID lors de trois perquisitions aux domiciles des Ramgoolam contient des produits de stimulation sexuelle. Dans les heures à venir, d’autres institutions devront entrer en scène pour d’autres volets de l’enquête contre l’ancien Premier ministre pour fausses déclarations des avoirs sous la Declaration of Assets Act et pour évasion fiscale par la Mauritius Revenue Authority (MRA).
Une première évaluation des coffres et des valises codés, saisis à la résidence de Navin Ramgoolam à River-Walk, a donné raison à la Special Cell du Central CID, menée par l’assistant commissaire de police Heman Jangi. Le chiffre de Rs 200 millions en roupies mauriciennes et en devises étrangères, avancé initialement et cité dans une des deux accusations provisoires logées samedi devant la Bail and Remand Court, est jugé ce matin relativement conservateur. « Une première évaluation de l’argent gardé dans les coffres-forts et entassés dans les valises sur roulettes prêtes à voyager indique que le montant devrait se situer dans la fourchette de Rs 450 millions à Rs 500 millions, dont Rs 200 millions en dollars américains et en euros. Ni plus, ni moins ! Nous n’avons jamais vu autant de coupures bancaires dans notre carrière. C’était à peine croyable ! » s’accordent à avancer tous ceux ayant assisté à l’opération, se déroulant depuis hier matin dans les locaux du Central CID aux Casernes centrales.
Mais hier après-midi, une première tranche de Rs 15 millions a été confirmée avec l’exercice de décompte officiel, qui se déroule en présence du suspect, Navin Ramgoolam, de ses hommes de loi – Mes Yousouf Mohamed, Senior Counsel, Gavin Glover et Ritesh Ramphul –, des représentants de la Banque de Maurice, dont l’un des deux Deputy Governor, Yogendranath Googolye, du directeur général de l’Independent Commission against Corruption (ICAC), Lutchmyparsad Aujayeb, et les principaux enquêteurs, le surintendant Mannaram, l’assistant surintendant de police Rugbut et le chef inspecteur Natchetram. L’exercice, qui devra reprendre après la comparution du suspect devant les tribunaux de Curepipe et de Mapou dans la matinée, pourrait durer jusqu’à la fin de la semaine. De son côté, l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo, qui avait été invité officiellement à assister au décompte des coupures de Navin Ramgoolam, n’a pu le faire en raison des objections formelles de Me Mohamed.
Les images diffusées par la station de télévision nationale – la MBC – dans son bulletin d’hier, alors que les photographes de presse avaient été interdits d’accès à cette salle, donnent une indication de l’envergure de ce scandale de blanchiment de fonds allégués, impliquant nul autre protagoniste que l’ancien chef du gouvernement, battu aux dernières élections générales. Des billets de banque débordaient et tombaient par terre à l’ouverture des coffres, dont les combinaisons des codes avaient été fournies par Navin Ramgoolam.
Devant la diffusion de ces images, les hommes de loi de Navin Ramgoolam ont protesté en brandissant le « trial by the press », avançant qu’il y aurait eu un accord avec la police pour que cet exercice allait se dérouler sans les caméras de la presse. De son côté, l’un des rares commentaires à la presse de Navin Ramgoolam depuis son arrestation, vendredi, a été « pake foste, zotte pe koze ! ». Il regagnait sa voiture après avoir assisté à la première journée de décompte des coupures bancaires saisies à River-Walk.
Toutefois, dans les coffres, il n’y a pas que des billets de banques. D’aucuns affirment que des documents compromettants, comme la gestion de ces fonds illégaux, dont les noms des « bienfaiteurs » et également des bénéficiaires, pourraient faire partie des exhibits en possession de la police. Pour l’instant, aucune confirmation de ces détails, avec de probables dommages collatéraux conséquents, car les enquêteurs du Central CID préfèrent se concentrer sur le “Super Jackpot” de l’opération “Lakaz Lerwa Lion”.
La police soupçonne que les Rs 500 millions des coffres et des valises enfermés sous codes ne seraient que le “tip of the iceberg”. Ainsi, des consultations de haut niveau seront initiées, avec notamment l’Assets Recovery Unit de l’Office of the Director of Public Prosecutions, la Financial Intelligence unit et même l’ICAC, en vue de décider de la marche à suivre pour établir un Forensic Audit Trail des avoirs et des transactions financières et bancaires au nom de Navin Ramgoolam au cours de ces dernières années.
Dans un premier temps, des Freezing Orders seront sollicités formellement auprès des Judges in Chambers pour geler tout mouvement de fonds ou encore toute vente de propriétés immobilières à Maurice, entre autres. Les banques commerciales et autres institutions financières devront être informées de ces directives dans un avenir pas très lointain en vue de faciliter ce volet de l’enquête.
Toutefois, le véritable casse-tête se situe hors du pays, car une partie des avoirs auraient pu être transférés à l’étranger au cours de ces derniers mois. Les mouvements des fonds à partir des banques commerciales pourraient constituer le point de cet aspect de l’enquête. Les autorités avancent que d’importants transferts de fonds auraient été opérés au cours de la première quinzaine de décembre de l’année dernière, un chiffre de Rs 800 millions étant cité avec persistance.
Cette évasion de devises aurait coïncidé avec le départ en catastrophe pour l’Europe de Nandanee Soornack, la femme d’affaires rouge et partenaire de Navin Ramgoolam, le 11décembre, soit le jour de la proclamation des résultats des élections générales. A ce stade, une “Arrest on Arrival” a été logé contre “La Sirène”, sobriquet de Nandanee Soornack, au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport.
Devant l’évolution de l’enquête sur le blanchiment de fonds et l’audition de Veena Ramgoolam de cet après-midi, les autorités pourraient “upgrade” les recherches et réclamer l’intervention d’Interpol pour l’arrestation de Nandanee Soornack et son rapatriement à Maurice. Ce matin, aucune confirmation officielle n’était disponible sur ce chapitre tant que l’interrogatoire “Under Warning” de Navin Ramgoolam n’a pas encore commencé.
Les malheurs de Navin Ramgoolam ne s’arrêteront pas au seul délit de money laundering, sanctionné par une amende ne dépassant pas Rs 2 millions, une peine d’emprisonnement maximale de dix ans et la saisie des fonds blanchis et autres biens achetés à partir de ces « proceeds of crime ». Il sera vite rattrapé par un Income Tax Assessment de la Mauritius Revenue Authority (MRA) d’au moins Rs 100 millions, y compris les pénalités, au terme de l’Income Tax Act sans oublier un procès au pénal instruit par l’Office of the Director of Public Prosecutions pour violation de la Declaration of Assets Act car les avoirs saisis par le Central CID n’ont pas fait l’objet de déclarations formelles de la part de l’ancien Premier ministre. Affaire à suivre…