Une accalmie au niveau de l’enquête du Central CID concernant l’opération “Lakaz Lerwa Lion” semble être de mise depuis le début de la semaine. D’abord, l’interrogatoire Under Warning de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam au sujet des Rs 224 millions – dont Rs 110 millions en dollars américains – saisis en sa résidence de River Walk n’a pas été fixé et le décryptage des six téléphones cellulaires suite à l’ordre de la Cour suprême de vendredi dernier attend toujours le feu vert des deux parties, soit celui de Navin Ramgoolam et l’IT Unit de la police. Entre-temps, le règlement de comptes entre les deux anciens partenaires d’affaires dans le commerce de produits de luxe à l’aéroport, Nandanee Soornack et Rakesh Gooljaury, commence à remonter à la surface, la femme d’affaires rouge déclenchant la première salve contre le patron de Fashion Style en ciblant ses 11 boutiques de luxe. La semaine prochaine pourrait également s’annoncer délicate pour le même Rakesh Gooljaury avec le retour annoncé du Chief Executive Officer (CEO) de Mauritius Duty Free Paradise Ltd (MDFP), le Serbe Simo Carevic, l’un des deux séquestrés des trois VVIPs à Kensington Palms Residence, à Quatre-Bornes, dans la nuit du 16 au 17 février. L’épisode de cette nuit particulière devrait continuer à hanter Rakesh Gooljaury.
À ce stade de l’enquête, l’entourage légal de Nandanee Soornack continue de mettre en place ses munitions avant d’aller à l’assaut de Rakesh Gooljaury en vue de démonter la thèse échafaudée par celui-ci autour des commissions de Rs 100 millions versées par Dufry AG à Frydu, une société incorporée en Suisse au nom de “Madam ou kone ki mwa”. Cette dernière maintient, par le truchement de son homme de loi à Londres, Me Raj Boodhoo, qu’elle n’a pas bénéficié d’un centime de ces fonds transférés suite à la signature du contrat d’approvisionnement en produits de luxe et de gestion de la MDFP. Pour en faire la démonstration, Nandanee Soornack a accordé un “Power of Attorney” à son avoué, Me Pazhany Thandrayen, en vue d’engager les procédures nécessaires. Ainsi, l’homme de loi pourra révéler les avoirs de celle qui a pris la fuite pour l’Italie dans la soirée de la proclamation des résultats des dernières élections générales, le 11 décembre dernier. Ses avoirs déclarés sont une résidence de luxe dans l’enclave diplomatique à Floréal, acquise avec un prêt de Rs 60 millions obtenu sur présentation d’un “business plan” accepté par la banque. C’est ce qu’indiquent les proches de Nandanee Soornack.
La femme d’affaires rouge confirme également être partenaire au sein de la société Airway Coffee, chaîne de restauration qui bénéficie jusqu’ici d’un contrat d’exclusivité au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal. Les opérations de cette compagnie génèrent un chiffre d’affaires annuel de Rs 100 millions avec des dividendes déclarés de Rs 55 millions au cours de ces cinq dernières années. Airway Coffee fait actuellement l’objet d’une menace de mise en liquidation judiciaire pour non-paiement d’arriérés de Rs 59 millions. Dans la même foulée, Nandanee Soornack prévoit de s’attaquer directement à son ancien partenaire d’affaires. Dans ce déballage, elle prendra pour cible les 11 magasins de luxe gérés par Rakesh Gooljaury dans les plus grands centres commerciaux du pays, notamment le long de l’Avenue dans un des plus luxueux Shopping Malls du pays, et également à l’aéroport. Elle réclamera des précisions sur quelles circonstances ces boutiques haut de gamme ont été allouées au patron de Fashion Style, de même que les dessous des contrats signés et le loyer réclamé par les propriétaires de ces centres commerciaux.
Retour de Simo Carevic
En sus de cette “operasyon dezabiyaz”, Rakesh Gooljaury devra être sur ses gardes avec le retour annoncé pour le début de la semaine prochaine de Simo Carevic, de la MDFP. Le CEO des boutiques hors-taxes, qui a quitté le pays 27 février, est attendu au pays avec une Legal Team, comprenant au moins cinq hommes de loi représentant les intérêts de la société internationale Dufry AG. Il va sans dire que le retour de Simo Carevic, qui avait subi un long “interrogatoire” entre les mains des ministres Pravind Jugnauth, Roshi Bhadain et Ravi Yerrigadoo sur des commissions payées à l’aéroport, viendra relancer toute la polémique autour de la soirée du 16 au 17 février dans un appartement à Kensington Palms Residence. Le point de départ devrait être la confirmation de la présumée mission exécutée par le directeur général du National Security Service (NSS), Lockdev Hoolash, en faveur de Rakesh Gooljaury.
Le libellé du troisième paragraphe de l’affidavit du 26 février se lit comme suit : « Simo Carevic, who is the CEO of MDFP, was recently visited by one M. L. Hoolash, Director General of the security services at the Prime Minister’s Office, on the 19th January 2015 at 4 h 30, at the premises of MDFP. M. Hoolash stated that he had a request to the MDFP from the Prime Minister of Mauritius to extend the payment due by M. Rakesh Gooljaury. The said payment, which was for an amount of about one million euros, relates to collections for the last five years in relation to returned goods by MDFP to Fashion Style (M. Gooljaury being the owner). » Le directeur général du NSS a nié toute implication dans cette affaire alors que des sources proches de MDFP avancent qu’une extension a été accordée jusqu’au mois de juillet prochain alors que le paiement aurait dû être effectué au 31 décembre dernier. Un enregistrement audio de la conversation téléphonique au sujet de la confirmation existe, fait-on comprendre dans certains milieux.
« Tout est possible »
À partir de cette rencontre du 19 janvier dernier, avec le CEO de MDFP dans l’enceinte de l’aéroport sur le cas de Rakesh Gooljaury, tout l’épisode de la nuit du 16 au 17 février dernier à Kensington Palms Residence, avec trois ministres se transformant en “procureurs de la République” pour chercher des documents compromettants sur des commissions de Rs 100 millions, reviendra dans l’actualité d’une façon ou d’une autre. Mais du côté de la société suisse Dufry AG ou de leurs représentants à Maurice, l’on se garde de faire des commentaires sur les développements à venir. « Je ne peux rien confirmer. Tout est possible », a indiqué une de ces sources approchées par Le Mauricien ce matin. Depuis le début de la semaine, l’ancien avocat et parlementaire Dev Hurnam s’est mêlé de la partie en présentant une motion devant la Cour suprême pour réclamer une intervention de cette instance contre les trois ministres du gouvernement Lepep pour leur « ingérence » dans cette affaire.