La mi-février pourrait constituer un tournant dans l’Opération « Lakaz Lerwa Lion » avec l’arrestation le vendredi 8 février de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, et la saisie de Rs 220 million + Rs 4 millions en sa résidence de River Walk. En effet, des dessous des tractations impliquant au moins trois VVIPs avec l’ombre de Rakesh Gooljaury, le patron de Fashion Style, planant sur cette affaire, font actuellement l’objet de commentaires dans certains milieux. D’abord, le fait incontournable demeure que deux ressortissants étrangers, représentant les intérêts d’une importante société économique européenne opérant à Maurice, ont été retenus contre leur gré à Maurice pendant une dizaine de jours. L’Arrest on Departure, logée contre eux au Passport and Immigration Office, depuis le 17, n’a été enlevée qu’à 22 h 20, vendredi au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport. Le résultat est que ces deux étrangers ont pu prendre l’avion à destination de Dubaï en vue de décider, en collaboration avec la maison-mère,  de la marche à suivre.
Le calvaire de ces deux hommes d’affaires est la conséquence du fait qu’ils se sont retrouvés « In the Line of Fire » de ces trois personnalités proches du pouvoir politique en quête de preuves formelles de transferts présumés de « Tainted Money » en Chypre au nom de Navin Ramgoolam. La société qu’ils représentent est soupçonnée d’avoir alimenté en bribes de manière régulière à chaque fin de mois des comptes à l’étranger de l’ancien Premier ministre.
A ce stade difficile à dire si le changement d’attitude, pour ne pas dire de coeur, par rapport à l’Arrest on  Departure contre ces deux ressortissants, découle des premières fuites d’informations au sujet de cette affaire dans les colonnes du Mauricien de vendredi ou si encore les exigences des VVIPs au sujet des documents et preuves recherchées, ou encore si les contacts à ce même sujet avec la maison-mère en Europe ont été probants ou non. Du côté de la police, on veut faire croire que cet ordre pour une Arrest on Departure n’a jamais existé. Néanmoins, une certitude : des enregistrements audio des négociations et des échanges téléphoniques ont été préservés et gardés en lieux sûrs à toutes fins utiles ultérieurement.
La chronologie de cette soirée de la veille de la fête Maha Shivaratree se déroulant en deux parties, d’abord au restaurant oriental de l’hôtel Westin de Balaclava, à côté de la grande piscine et ensuite jusqu’à 1 h 50 du matin dans un appartement huppé de Quatre-Bornes, est établie sur la base de recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources concordantes.
Toutefois, sur cette affaire plane encore l’ombre de Rakesh Gooljaury, ancien partenaire de la femme d’affaires rouge, Nandanee Soornack. Depuis le début de cette année, ce businessman fait face à de graves problèmes de trésorerie vu qu’il doit rembourser une dette d’un million d’euros, accumulée au cours de ces cinq dernières années, auprès d’une société d’Etat. Il a sollicité l’intervention au plus haut niveau de l’appareil de l’Etat en vue d’obtenir une extension de la période de remboursement. A cet effet, un émissaire spécial, qui vient de bénéficier d’une importante promotion dans le service public, a approché la direction de cette compagnie publique. La rencontre avait et lieu dans les bureaux de la compagnie à 16 heures 30, le 19 janvier dernier.
Une discussion en intensité et en tension
Puis est venue l’invitation à dîner du lundi 16 février aux deux ressortissants étrangers, engagés dans des activités économiques à forte valeur ajoutée et dans une filière haut de gamme. Dans le cadre des relations d’affaires, Rakesh Gooljaury les avait reçus à l’hôtel Westin à partir de 19 heures avec accueil par la Personal Assistant du premier, une dénommée Elodie.
Au cours de la conversation à table, Rakesh Gooljaury devait proposer aux deux hommes d’affaires une rencontre avec trois VVIPs politiques en vue de transmettre à la direction de la maison-mère un message au sujet d’un « deal » offert au précédent gouvernement.
Devant l’insistance de Rakesh Gooljaury, les deux convives acceptèrent la proposition de la rencontre à la fin du dîner vers les 22 heures. Ce soir-là, Rakesh Gooljaury voyageait à bord d’une Mercedes pour se rendre à Quatre-Bornes. Une fois sur place, suite à un appel téléphonique, l’une des personnalités politiques, propriétaire de l’appartement, vint ouvrir la porte. Dans le salon avaient déjà pris place les deux autres VVIPs comme ils avaient été prévenus.
Très vite, les échanges ont été axés sur le sujet du jour, notamment les partenaires mauriciens de la société étrangère et surtout « whether the company had ever been involved in fradulent transactions and/or bribery in Maurutius ». La discussion devait gagner en intensité et en tension avec l’une des VVIPs s’appesantissant sur des allégations à l’effet que la société en question a déjà versé des pots-de-vin (bribes) à l’ancien Premier ministre. Le protagoniste en chef devait revenir à la charge en déclarant que « there are docuents which support the alleged bribery » en présentant des copies de Swift Transfers et d’échanges d’emails, dont un en date du 30 septembre 2013 émanant d’un dénommé Laurent Obadia à Akexander Schwartz, puis à Donald Bolgan et Stephen Young au sujet des nouveaux arrangements pour les versements du « Tainted Money ».
Les noms de deux Management Companies, Frydu et Wigam Holding, basées à Esperidon 12 – 4 th Floor Nicosie, Chypre 1087, sont mentionnées. Cette personnalité, qui se présentait comme la plus agressive dans le ton, ajoutait qu’il détient des informations que ces deux compagnies appartiendraient à Navin Ramgoolam. Les deux ressortissants devaient rejeter des plus catégoriquement les accusations.
La position adoptée par le VVIP était des plus claires : la confirmation de ces informations s’impose car elles devraient alors permettre de « investigate the bank accounts of the previous Prime Minister on possible briberies », soit « a licence to kill ». Pour les trois personnalités politiques, l’urgence était de satisfaire ces exigences pour des informations et documents compromettants contre Navin Ramgoolam. Au cas contraire, ces deux étrangers vont être bloqués à Maurice. La première indication de cette décision ne fut communiquée aux concernés par nulle autre personne que Rakesh Gooljaury, qui avait pris place sur le sofa.
La première menace était à peine voilée contre les deux ressortissants étrangers. Malgré l’heure tardive à Maurice, des appels téléphoniques furent échangés avec des responsables de la maison-mère en Europe pour transmettre les accusations et les demandes. Les VVIPs ne voulaient rien entendre sauf une réponse positive avec le meneur des négociations prévoyant d’envoyer en Europe dès le mardi 17 un intermédiaire pour collecter les documents.
De graves problèmes
Devant le deadlock, plusieurs autres appels téléphoniques à l’étranger ont eu lieu à des membres de la direction de la compagnie avec à un certain moment Rakesh Gooljaury intervenant personnellement au téléphone auprès de l’un d’eux « to persuade the top management (of the company) to disclose all those requested documents ». Mais ces tentatives furent vaines.
L’un des deux étrangers de nationalité française devait objecter à la menace de le faire retenir contre son gré à Maurice. Il a signifié son intention de faire appel aux services de l’ambassade de France. « Aucun problème, moi-même je vais vous accompagner à l’ambassade de France », devait reprendre l’un des trois VVIPs avec Rakesh Gooljaury lui demandant de ne pas hausser la voix
Il est déjà 1 h 30 du matin. Le propriétaire de l’appartement de Quatre-Bornes, sur un ton des plus badins, devait conseiller aux deux étrangers de ne pas tenter de quitter le pays, car ils risquent de graves problèmes au départ à l’aéroport alors que la plus tenace des personnalités politiques était au téléphone communiquant les noms des hommes d’affaires en les interdisant de quitter le territoire mauricien. La seule condition qu’ils allaient pouvoir partir était soit que le patron de la compagnie fasse le déplacement à Maurice, ou que les documents réclamés soient communiqués.
Il est 1 h 50 ce 17 février quand les deux hommes d’affaires quittent l’enceinte de l’appartement de Quatre-Bornes. Une BMW X 6 de couleur rouge avec une femme au volant en stationnement pour prendre un des trois principaux acteurs de la soirée. Ils s’interrogent et tentent de comprendre comment leur liberté de mouvement peut être restreinte sur un simple appel téléphonique au beau milieu de la nuit sans avoir commis aucun délit criminel. Ils n’ont aucun recours.
Jusqu’à vendredi en début de soirée, ayant fait l’objet d’une Arrest on Departure, information que tente de nier le Central CID, ils ne pourront pas quitter le pays.  Ce vendredi, vers les 20 heures, Rakesh Gooljaury revient de nouveau en scène en leur faisant comprendre qu’ils allaient pouvoir prendre l’avion. Effectivement, quand ils se sont présentés au Check-In et au Passport and Immigration Office à 22 h 20, l’Arrest on Departure avait été enlevée suite à des conciliabules entre Senior Officers du Passport and Immigration Office. Comme par hasard, Rakesh Gooljaury faisait le va-et-vient entre le VIP Lounge et l’Immigration sans aucune contrainte.
Une affaire à suivre, car des rebondissements sur cette affaire, qui risque de prendre une ampleur plus grande à Maurice et à l’étranger, sont à prévoir dans un sens comme dans l’autre en marge de la Navin’s Coffers Saga d’autant plus que des enregistrements audio des phases cruciales de ces manoeuvres et menaces existent.