Veena Ramgoolam, l’épouse de l’ancien Premier ministre et leader du Parti travailliste (PTr), qui a passé presque six heures hier après-midi dans les locaux du Central Crime Investigation Department (CCID), joue à Ponce Pilate au sujet du contenu des coffres-forts saisis en sa résidence de River-Walk. Si elle a pu rentrer chez ses parents avec une remise en liberté sur parole, la direction générale du CCID, dont l’assistant-Commissaire de police Heman Jangi, l’a informée formellement qu’elle fait l’objet d’une « Objection to Departure » et qu’elle devra informer au préalable les enquêteurs de toute intention de quitter le pays. Au sujet du contenu des deux coffres-forts, avec un jackpot d’au moins Rs 500 millions, elle a fait comprendre aux officiers de police qu’elle ignorait tout de leur usage par son époux.
Accompagnée de Me Robin Ramburn, Veena Ramgoolam a été interrogée « Under Warning » pendant au moins six heures hier, mais elle devra se mettre à la disposition de la police à n’importe quel moment pour des séances de « Further Questioning ». Cette étape ne devra être franchie qu’après l’interrogatoire formel de son époux, Navin Ramgoolam, notamment suite à son inculpation provisoire pour blanchiment de fonds. À ce stade, aucune charge provisoire n’a été retenue contre Veena Ramgoolam, même si elle sait qu’elle ne pourra pas quitter le pays puisqu’un « Report on Departure », s’apparentant à une quasi-interdiction de départ, a été logé contre elle au Passport and Immigration Office.
Le principal sujet abordé lors de l’audition d’hier demeure la présence de ces deux coffres-forts à River-Walk et, surtout, le contenu de ces coffres ainsi que de deux valises. Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien de sources concordantes indiquent que Veena Ramgoolam a confirmé avoir vu ces coffres en sa résidence, mais maintient toutefois tout ignorer des coupures bancaires qui y avaient été placées par son époux. Avant le début de l’interrogatoire, elle avait identifié formellement ces deux exhibits. Ces deux coffres-forts se trouvaient dissimulés au fond de la penderie (wardrobe), derrière les vêtements de Navin Ramgoolam.
En revanche, au sujet du troisième coffre-fort, où une enveloppe contenant entre Rs 5 millions et Rs 18 millions, dépendant des sources interrogées, avait été saisie lors de la perquisition de vendredi soir, Veena Ramgoolam a concédé que deux étagères avaient été mises à sa disposition par Navin Ramgoolam pour garder ses bijoux et autres objets de valeur, et probablement de l’argent dédié à son usage personnel. Elle a confirmé qu’elle connaissait la combinaison secrète de ce coffre-fort, contrairement aux deux autres.
Dans un premier temps, vendredi soir, Navin Ramgoolam avait déclaré aux membres du CCID exécutant un mandat de perquisition à River-Walk que les codes d’accès de ces coffres étaient en possession de son épouse. Finalement, dimanche matin, en l’absence de Veena Ramgoolam, il avait donné les codes d’accès pour procéder à leur ouverture. À ce stade, les enquêteurs ont pris pour argent comptant les explications de l’épouse du Premier ministre sur cet aspect du dossier, tout en se réservant le droit de la convoquer de nouveau « for further questioning under caution ».
Aucune des sources policières approchées par Le Mauricien n’a voulu confirmer si l’interrogatoire d’hier a débordé sur les relations entre le couple Ramgoolam ou encore sur l’axe Navin Ramgoolam-Nandanee Soornack. Elles se sont contentées d’ajouter que « Veena Ramgoolam devra revenir au CCID pour de nouvelles séances d’interrogatoires ». À ce stade, aucun rendez-vous n’a été fixé officiellement pour cette reprise.
« Anybody’s guess »
En parallèle, l’exercice de décompte des coupures bancaires s’est poursuivi hier après-midi dans l’Ops Room du CCID en présence du principal suspect. Hier soir, le montant comptabilisé était de Rs 30 millions, alors que la somme globale dans les coffres-forts et les valises codées est considérée comme étant « anybody’s guess » à partir de Rs 350 millions, l’état-major du CCID se disant confiant de pouvoir atteindre le chiffre de Rs 500 millions, même avec des coupures de Rs 500. De nouvelles machines pour compter les coupures bancaires ont été réquisitionnées par le CCID auprès de la Banque de Maurice en vue d’accélérer l’exercice et d’écourter la durée de ce dernier. Ce n’est qu’après cette étape que l’ancien Premier ministre subira un interrogatoire serré. Navin Ramgoolam et ses conseils légaux étaient attendus ce matin aux Casernes centrales pour la reprise.
Entre-temps, les stimulants sexuels découverts dans des mallettes de Navin Ramgoolam font actuellement l’objet de tests, car leur importation serait interdite à Maurice. Le Pharmacy Board sera appelé à statuer s’il y a matière à poursuite pour importation de produits prohibés selon les dispositions de la Pharmacy Act.