Ainsi donc, le Trust Fund for Excellence in Sports (TFES) a tranché. Stephan Buckland, ancien spécialiste du 200m, ne percevra point d’allocation du ministère de la Jeunesse et des Sports en tant qu’ancienne gloire tant qu’il ne se décidera pas à produire un certificat de caractère (Ndlr : moralité). Cela, en dépit du fait qu’il a été un grand sportif pendant de nombreuses années, avant de raccrocher ses pointes pour embrasser une carrière d’entraîneur au sein d’un des High Performance Training Centre de la fédération internationale basé à Maurice. Une reconnaissance somme toute logique de l’International Association of AthleticsFederation (IAAF) à l’égard de celui qui aura fait vibrer toute une nation pendant une décennie, voire placer la petite île que nous sommes sur la carte mondiale grâce à ses performances aux Jeux olympiques et autres Mondiaux d’athlétisme.

Malheureusement, celui qui a toujours milité pour une reconnaissance de l’Etat mauricien à l’égard des anciennes gloires se retrouve aujourd’hui privé d’une allocation de Rs 6 000  et quelque, mensuellement, selon le « State Recognition allowancescheme for retiredathletes ». Une mesure gouvernementale visant à récompenser les anciens athlètes ayant brillé au plus haut niveau et que le Premier ministre, PravindJugnauth, qualifiait comme étant « une injustice réparée » après son lancement officiel le 3 octobre de l’année dernière, à Ebène !

Injustice réparée, vous dites Monsieur le PM ? Pas si sûr lorsqu’on analyse de plus près le cas Buckland. Que reproche-t-on au juste à ce dernier, au point de le priver de ses allocations depuis trois mois qui, précisons-le, étaient pourtant bien « on » pendant plusieurs mois ? Pas grand-chose. Si ce n’est qu’il a catégoriquement refusé, par principe, dit-il, de soumettre un certificat de caractère comme exigé par le TFES. Quitte à ce qu’il ne soit pas reconnu par son pays pour ses performances.

Nous pousserons cependant la réflexion plus loin en insistant sur le fait que l’ancien spécialiste du 200m est victime d’un système inégalitaire, voire d’un règlement quasi-ridicule, qui n’a certainement pas sa raison d’être à l’heure où l’on parle de performances sportives. Cela, peu importe si la Chief Executive Officer du TFES, Sheila Seebaluck, elle-même une ancienne athlète de haut niveau, veut faire croire le contraire. Selon les règlements, l’éligibilité d’un bénéficiaire repose, entre autres, sur un casier judiciaire vierge, afin qu’il soit un exemple pour les jeunes.

Donc, pas de certificat de caractère, pas d’allocation. Sheila Seebaluck a même été très claire à ce sujet: « Ce certificat de caractère est exigé à tout le monde et on ne peut faire exception à Stephan Buckland. » Tout simplement révoltant, sauf pour le MJS et le TFES ! Car, à bien voir la chose, il y avait bien d’autres moyens d’aborder le sujet sans blesser la sensibilité intellectuelle, voire le sens de l’éthique de qui que ce soi-même.

A titre d’exemple,  n’aurait-il pas été plus juste et avisé de procéder par une enquête, comme le fait la Sécurité sociale, avant d’attribuer des bourses sur des critères sociaux aux heureux candidats du HSC ? N’aurait-il pas été aussi plus judicieux de demander un rapport sur tous ceux concernés auprès du Directeur des Poursuites Publiques ou de la Police ? Visiblement, le travail a été bâclé et le cas Buckland en est l’illustration la plus flagrante.

Mais ce n’est pas tout. Alors que le MJS prive un ancien athlète de la trempe de Stephan Buckland de son dû, celui-là même qui avait été l’invité d’honneur de l’Université de Maurice, à Réduit, pour la célébration des 50 ans de l’indépendance du pays – Role Model dites-vous ? -, ce même MJS avait lui, nommé un conseiller en matière de jeunesse qui avait pourtant eu des démêlés avec la justice ! Un conseiller qui, il faut le préciser, a été payé des fonds publics pendant une année et certainement pas à la même hauteur que la malheureuse allocation que percevait Stephan Buckland mensuellement ! Avait-on réclamé le fameux certificat de caractère à ce monsieur avant qu’il ne prenne de l’emploi au MJS ? Et pourtant…

On se passera, par ailleurs, de commenter la manne tombée du ciel (Rs 15M) directement dans les bras de Raj Dayal et aussi de ses récents démêlés avec la justice pour la fameuse histoire de « Bal kouler » pour laquelle il a dû « step down » comme ministre de la République. Après tout, ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence par soit ?

Dans tout cela, Joe Lesjongard est venu ajouter son grain de sel en mettant en avant le fait que Stephan Buckland prévoit de faire de la politique active, pour tenter de justifier la bourde du gouvernement. Nous lui dirons tout simplement qu’il fait fausse route. Car si Stephan Buckland veut faire de la politique, c’est son droit légitime, en tant que citoyen de ce pays. Tout comme c’est son droit de refuser de soumettre un certificat de moralité pour percevoir une allocation, qui était supposée être une reconnaissance de l’Etat.

Alors, que justice soit rendue à Stephan Buckland, par respect pour un citoyen qui a sué pour porter haut les couleurs du pays et qui, rappelons-le, a même refusé la nationalité canadienne qui lui était offerte sur un plateau.

JEAN MICHEL CHELVAN