Le Festival du Conte et de la Parole organisé par les comédiens Henri et Marie-France Favory, ainsi que par le conteur Georges Legallant, a lancé sa deuxième édition mercredi au Caudan avec la satisfaction de compter déjà près de vingt-cinq rendez-vous à travers le pays. De Rivière-des-Anguilles à Anse-la-Raie, de Mahébourg à Albion, en passant par Batimarais, Sainte-Croix, Rivière-du-Poste ou cité Mangalkhan, des centres de jeunesse, des écoles, des associations, des centres culturels ou des municipalités ont retenu cette idée de faire revivre le conte pour toutes les générations et dans les langues que nous pratiquons.
« Les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants mais pour réveiller les adultes ! » Cette citation de Catherine Zarcate, les membres de la troupe Favory en sont convaincus depuis longtemps et ils se proposent de conter à toute heure du jour, pour tous les âges et dans toutes nos langues, pour réveiller notre sensibilité et notre expressivité. « Invitez-nous pour jouer et dire des contes à l’heure qui vous convient. Vous organisez, nous venons et nous jouons. Le Festival du Conte et de la Parole est un festival qui a lieu matin, midi, tantôt et soir. » Georges Legallant expliquait ainsi mercredi lors du lancement de ce festival qu’il est encore possible de prendre rendez-vous pour organiser des rencontres. Il suffit pour cela de l’appeler au 765 8654. Ce festival se tient du 23 novembre au 23 décembre et s’adresse à toutes les générations dans les différentes langues que nous pratiquons à Maurice. Les conteurs peuvent aussi bien avoir 8 ans que 70. Certains d’entre eux participaient déjà au festival l’an dernier, d’autres les ont rejoints cette année en suivant les cours dispensés par le couple Favory.
« Nou fer enn spektak en trwa D ! s’exclame Georges Legallant. D kouma Diferan, kouman Desantralizasyon, ek kouman Demokratizasyon. » Par rapport aux activités culturelles qui ont lieu par ailleurs, ce festival se différencie en mettant l’accent sur l’oralité. C’est un festival décentralisé qui va au-devant des spectateurs dans les villages les plus reculés, dans les cités et les centre-villes, partout où il est demandé. Ce festival est on ne peut plus démocratisé puisque l’accès est libre et gratuit et que chaque séance est ouverte à tous sans distinction. La majorité des contes se disent dans la langue du coeur, en kreol, mais il arrive aussi que le français ou l’anglais soient utilisés. Henri Favory insiste sur la nécessité de bien maîtriser son expression orale pour réussir dans la vie : « Nou kapav lir bien ek ekrir bien seki nou kozé bien ! »
Lorsque les Favory amènent jeunes et moins jeunes à prendre la parole pour dire des contes, il ne s’agit pas de réciter par coeur, bien au contraire. Plusieurs conteurs et conteuses ont dit quelques extraits chacun à leur manière, histoire de mettre l’eau à la bouche. Les plus jeunes, comme Loyd, Bénédicte ou Estelle ont dit des poèmes, avant que leurs camarades plus âgés passent au conte à proprement parler, à commencer par Le piège d’Henri Gougaud, puis une série de contes d’Anderson qu’ils ont le plus souvent racontés avec leurs propres mots en kreol, ce qui ajoutait de la saveur et expressivité à l’histoire. Il pouvait aussi s’agir d’un charmant dialogue entre une tomate et une carotte comme l’a fait Leila, ou d’une question qu’a posé Marie-France Favory pour conclure… « Ki fam ou le plis ki tou lor later ? » La réponse à cette question posée à un chevalier emprisonné devrait être donnée ce soir à partir de 19 h, à Amnesty International à Beau-Bassin, dans le cadre d’une soirée consacrée aux contes de femmes.