Considérée souvent comme une plante difficile à cultiver, l’orchidée attise la curiosité des passionnés de la nature. Raj Parbotheeah est de ceux-là ; il s’y est lancé il y a quatre ans. L’année dernière, il a décroché le premier prix au concours organisé par la Orchid Society of Mauritius (OSM), dans le cadre de sa trentième exposition annuelle. L’orchidophile a bien voulu nous ouvrir l’univers qu’il s’est créé chez lui, à Chebel. Rencontre.
À 75 mètres de la route principale de Chebel, dans une petite rue portant le même nom et se trouvant en face de la Tulsi Sham Mandir, rien ne laisse présager l’existence d’une serre. Des bâtiments — maisons et autres commerces — bordent les deux côtés de la route. Quelques plantes, certaines en floraison dépassent le mur d’enceinte de deux ou trois cours mais point d’orchidées !
À hauteur de la pâtisserie Chaulepin, l’on est accueilli par M. Parbotheeah. Il nous invite à le suivre en passant par un couloir qui mène vers un ascenseur : on croise au passage des employés de la pâtisserie et remarque des équipements utilisés dans ce métier. Arrêt au quatrième étage du bâtiment. L’on quitte le hall d’entrée de l’appartement et l’on se retrouve tout de suite dans un oasis insoupçonnable au beau milieu de cet immeuble urbain.
Des centaines d’orchidées, de toutes les couleurs et aux parfums différents nous invitent à une balade sur les 150m2 de surface qu’elles occupent sous cette varangue : certaines sous une double toiture, d’autres simple ou encore en plein soleil. « Cela dépend des variétés. Il y en a qui doivent être mieux protégées et d’autres qui ont besoin de soleil », soutient Raj Parbotheeah.
L’orchidophile, la quarantaine, semble timide et ce, même lorsqu’il s’agit de parler de sa passion. Cependant, ses yeux brillent alors qu’il porte notre attention sur ses « danseuses » aussi connues comme Pluie d’or ou Gerbe d’or. Une douceur enveloppe son visage lorsqu’il tient la grappe de fleurs de couleurs jaune et orangé avec beaucoup de soin. Il n’hésite à nous faire sentir une sharrybaby en fleurs à cette période de l’année. Un parfum sucré de vanille se dégage du bouquet ; il le hume de nouveau une fois avant de le déposer à sa place.
Raj Parbotheeah nous fait signe de le suivre. Il soulève le plateau de plantules avec délicatesse. « On les reçoit dans des bouteilles stérilisées. Une plantule comme ça, prend environ quatre ans pour grandir et être en fleurs », dit-il avec une pointe de fierté comme pour accentuer la longue attente du cultivateur avant de pouvoir s’extasier devant sa fleur.
Ancien membre de la force policière, M. Parbotheeah a choisi, au bout de dix ans d’exercice, de trouver un nouveau créneau : la boulangerie et la pâtisserie. Après une formation dans le métier, il ouvre sa propre boulangerie et pâtisserie à la rue Chebel. C’était en 1997. Son entreprise se diversifie. Depuis deux mois, il tient aussi un restaurant de cuisine indienne à la même adresse.
Passionné depuis son plus jeune âge, de plantes, de fougères et de fougeroles plus particulièrement, il affirme que c’est un ami qui lui a fait découvrir les orchidées. « Ce sont des plantes que je ne connaissais pas du tout. J’étais curieux et j’ai voulu essayer », affirme notre interlocuteur. La beauté des fleurs et la multitude de variétés qui existent sont autant de raisons qui ont poussé M. Parbotheeah à se lancer dans cette activité, qui deviendra vite sa nouvelle passion.
Il investit Rs 50 000 dans l’achat de 150 orchidées pour démarrer sa serre. D’année en année, le nombre de plantes s’accroît. Il se forme en fréquentant la OSM et en bouquinant. Raj Parbotheeah s’occupe tous les jours de ses plantes. « J’ai deux personnes qui m’aident pour l’arrosage », concède notre interlocuteur. Il précise toutefois que « toute l’eau doit être drainée jusqu’à la dernière goutte car le trop-plein d’eau est mauvais pour la plante ». « Je pulvérise aussi des pesticides à intervalle régulier pour protéger les plantes et j’enlève les feuilles mortes », continue-t-il.
Raj Parbotheeah a aménagé sa serre de sorte que chaque plante puisse retrouver un environnement qui lui est propre. Ainsi, elles sont mises sous simple ou double toiture, à l’abri du vent, avec un bac d’eau posé sur le sol, en dessous de la table sur laquelle se trouvent les pots d’orchidées. D’autres sont suspendues, ou encore exposées au soleil. La serre est équipée d’un thermomètre et d’un humidimètre. « Si on connaît bien la plante et qu’on respecte son climat naturel, il n’est pas difficile de réussir son orchidée », affirme l’orchidophile.
Il compte aujourd’hui une cinquantaine de variétés d’orchidées. Certaines, fait-il ressortir, sont très rares. Sinon l’on retrouve parmi les plus communes les epidendrums, les phalenopsis, les catleya, les vanda dont le violet est actuellement en fleur chez lui… « Les orchidées fleurissent tout le long de l’année mais la plupart d’entre elles le sont en ce moment-ci », soutient notre interlocuteur. Est-ce que vous en vendez ? Non, réplique-t-il. « Avec des amis, on en échange de temps en temps. »
M. Parbotheea nous invite à poursuivre notre découverte de la métamorphose qu’a connu ce bâtiment, qui aurait pu être austère, pour devenir un lieu de fraîcheur. Quelques objets antiques rares sont disposés dans son salon, des peintures ornant les murs, on passe à côté d’une première volière dans laquelle se trouvent des faisans et des colombes, pour arriver au 5e étage de l’immeuble.
Des dizaines de pots y sont entreposés : roses, roses du désert entre autres, sont en fleurs. On passe à côté d’une deuxième volière avec cette fois-ci des coqs, des dindes, des cailles et des paons pour emprunter l’escalier qui mène sur le toit. Encore des pots : frangipaniers, bambous, roses du désert de nouveau, bougainvilliers s’ajoutent au charme des lieux.
Une éblouissante vue sur la baie de Port-Louis et Pointe-aux-Sables s’offre à nous lorsque nous regardons en direction de la mer ; vers l’intérieur, la vue sur la chaîne de montagne de Port-Louis et les habitations dominent.
Au bout d’une heure de visite, les portes se referment derrière nous, conservant jalousement l’univers quasi onirique que Raj Parbotheeah s’est créé par passion. Le poète continue à nourrir les gens des pains de sa boulangerie et à enrichir son âme dans son jardin.