Une trentaine d’exposants ont présenté une sélection d’orchidées lors de la 34e édition du show annuel de la Orchid Society of Mauritius qui s’est déroulée le week-end dernier à la mezzanine du showroom de l’Audi Zentrum à Réduit. L’occasion pour les visiteurs d’admirer, d’acheter et de tout savoir sur ces fleurs magnifiques et mystérieuses. Des causeries et démonstrations de bouquets ont aussi ponctué le show qui a récompensé le détenteur de la plus belle orchidée. Cette manifestation nous a aussi donné l’occasion de rencontrer un hybridateur et d’être conviée à visiter les cultures d’Antoine Grenouille à Beau-Bassin et celles de Christian Bellouard à Albion.
La création de décor naturel confiée à Jean-Luc Jaufeerally, un des membres de l’OSM, évoque les forêts tropicales et l’habitat naturel de l’orchidée. Celle-ci, arborant toutes les formes et de différentes tailles, et se parant de multiples couleurs, laissent parfois échapper des racines tentaculaires comme les Phalaenopsis dont les feuilles sont orientées vers le sol.
Comme chaque année, les adhérents nous proposent de découvrir quelques-unes des plus belles orchidées extraites de leur collection. L’objectif de cette expo est de faire connaître l’orchidée. Les plus élégantes — Phalaenopsis, Dendobrium, Vanda, Oncidium, Cymbidium, Cattleya et Paphiopedilum, également appelée ‘Sabot de Vénus’ — ornent la mezzanine du showroom. Lors de cette manifestation, les passionnés d’orchidées ont pu écouter, entre autres, les causeries de John Davy sur le protocole d’enregistrement des espèces, de Serge L’Ecluse sur les difficultés de culture de l’orchidée, et d’assister aux démonstrations d’ikebana — compositions florales japonaises — par Chantal Chung. La 34e édition de l’Annual Orchid Show a aussi accueilli des commerçants d’orchidées et autres objets de matériaux organiques.
Belle et mystérieuse, l’orchidée séduit, d’autant que son prix est devenu très accessible. Il y a quelques années, elle était encore considérée partout dans le monde comme accessible seulement aux collectionneurs les plus aisés ou riches. C’est l’hybridation qui a permis sa démocratisation. À Maurice, elles sont actuellement proposées à des prix inférieurs à Rs 500.
 
Dans le règne animal, le sommet de l’évolution c’est l’homme, et dans
le règne végétal, c’est l’orchidée

La plupart des orchidées sont donc des hybrides — l’hybridation est le croisement fait par l’homme pour la création de nouvelles orchidées. Et s’il y a bien quelqu’un qui peut nous en parler, c’est un horticulteur suisse et hybridateur que nous avons rencontré à l’expo. Luc Vincent voue non seulement une passion sans bornes pour les orchidées, mais expérimente aussi des croisements entre des espèces provenant de toutes les régions du monde. En effet, dans son labo, il consacre son temps à l’élaboration de nouvelles variétés d’hybrides. En vacances à Maurice avec son épouse, il accordera du temps à certains membres de l’OSM pour échanger ses connaissances et astuces et parler de son activité d’hybridateur. «Depuis une quarantaine d’années, je marie les différentes espèces pour en obtenir de nouvelles. Avant de les enregistrer à la Royal Horticultural Society de Londres», nous dit le spécialiste âgé de 56 ans. Sa serre abrite une soixantaine d’espèces de Phalaenopsis (orchidée papillon) qu’il a lui-même créées et nommées. Pour lui, l’orchidée est une fleur qui a atteint le sommet de l’évolution. «Dans le règne animal, le sommet de l’évolution c’est l’homme, et dans le règne végétal, c’est l’orchidée», nous dit-il.
Tous les passionnés d’orchidée s’accordent à dire que celle-ci est une fleur mystérieuse. Non seulement est-elle dotée de multiples couleurs, formes et parfums, elle fait aussi partie des familles de plantes les plus diversifiées du monde végétal. «Dans la nature, on a recensé à ce jour plus de 25 000 espèces sur tous les continents, la grosse majorité étant des épiphytes — celles qui ne poussent pas dans le sol mais dont les racines sont à l’air, par exemple sur un arbre», nous dit Serge L’Ecluse. À Maurice, elles croissent à l’abri des forêts, sur les écorces des arbres et sont protégées par le ministère de l’Agriculture.
La floraison des Phalaenopsis peut durer plus de trois mois. En respectant quelques principes, elle peut vivre plus de 20 ans. À Maurice, la plante est importée en “flask” de la Hollande et de la France. Car l’une des difficultés que rencontrent les Mauriciens, amateurs de ces beautés naturelles et fascinantes que sont les orchidées, est que, comme le dit Christian Bellouard, président de la L’Orchid Society of Mauritius, «pour des raisons phytosanitaires, on ne peut pas importer de l’Asie. Les seules plantes acceptées sont en provenance de la Hollande et de la France. Pourtant ces mêmes plantes importées d’Europe sont développées en Asie. La seule façon de se procurer des orchidées de l’Asie est de les importer dans des flask et ils prennent deux à cinq ans pour devenir adulte et fleurir. Il serait temps de trouver un moyen à travers l’OSM et les autorités concernées de faire venir des plants adultes avec un système de contrôle sérieux pour que nous ne soyons plus à la traîne comme constaté lors du dernier World Orchid Conference tenue à Johannesburg».
Parmi les passionnés de la culture des orchidées, certains possèdent une intéressante collection. À l’instar de Christian Bellouard. Chez lui à Albion, les Orchidées ornent son jardin, sa terrasse, l’intérieur de sa maison. En tout, 1200 plantes, qu’abritent ses deux serres qui se trouvent sur le toit de sa maison. L’orchidée est une fleur qui demande qu’on lui apporte des soins constants et qu’on soit patient. Si Christian adore ses fleurs, c’est son épouse Madeline qui aime passer le plus clair de son temps dans le jardin et dans les serres. «Je consacre trois heures quotidiennement à m’occuper des orchidées», nous dit-elle. Chaque pot, chaque plante, a droit à un peu d’eau et d’attention. Certaines de ses orchidées aiment la lumière mais pas le soleil, comme les Phalaenopsis. «D’autres peuvent être exposées au soleil sans problème, comme le Vanda full Sun», nous dit Christian. Pour les découvrir, nous nous infiltrons dans une première serre. Ici, les orchidées sont de plusieurs tailles. On y trouve de jeunes pousses ainsi que des adultes, déclinées de verts, de blancs, de mauves. Certaines sont dans des pots dépourvus de terre, d’autres sont suspendues sur des bouts d’écorces. Pour les faire pousser, le couple remplit leurs pots de charbon, de coco chips, gravier, et les pulvérise chaque jour d’un peu d’eau. «Les orchidées ne poussent jamais dans la terre, car les racines pourrissent. Les racines sont toujours aérées», nous dit Madeline. Certaines de ces fleurs sont inodores, d’autres exhalent un subtil parfum de vanille. Christian et Madeline nous proposent de nous emmener dans leur deuxième serre. Ici, notre regard est interpellé par les différentes formes et couleurs. Les fleurs, abondantes, se plaisent à grimper sur des morceaux de bois, car dans leur milieu naturel, elles poussent sur les écorces des arbres. «Ma fleur endémique préférée est l’Oniella. Ma petite fille aux États-Unis s’appelle ainsi car ma fille a rencontré son époux américain à l’île-aux-Aigrettes devant une plante d’Oniella qui y pousse naturellement», nous dit Christian.
 
C’est une fleur qui demande qu’on lui apporte des soins constants et qu’on soit patient ”
Comme chez la famille Bellouard, on retrouve les lithophytes chez Danielle et Antoine Grenouille, propriétaires de la Phalaenopsis (novelty) qui a été primée dimanche Champion of the show. À Beau-Bassin, leur serre regroupe environ 150 plantes. Parmi elles, des Phalaenopsis, Dendrobium, Onsidium, Vanda et Paphiopedilum. «Si certaines plantes sont simples à entretenir, les Orchidées demandent une attention toute particulière», nous dit Antoine Grenouille, dont l’intérêt pour cette plante date de cinq ans. «Ma femme et moi sommes nés et avons grandi sur des propriétés sucrières, moi à Labourdonnais et elle à Médine. Nous avons passé le plus clair de notre temps dans des pépinières. C’est tout naturellement que nous aimons les plantes, surtout décoratives», nous dit Antoine, membre de l’OSM depuis 2012. Installé à Beau-Bassin depuis 1998, le couple sexagénaire consacre beaucoup de temps à l’entretien de l’orchidée, pour une belle floraison.