Dans une interview accordée au Mauricien en ce début d’année, le président exécutif de la Commission Maurice île Durable (MID) soutient que l’avenir du projet MID n’est pas lié à l’implémentation d’une centrale à charbon, qui continue à faire des vagues. Osman Mohamed ajoute que le projet MID prône la transition vers l’efficience énergétique et les énergies renouvelables (ER). Un plan d’action sur trois ans chiffré à Rs 6,26 milliards et qui concerne surtout l’économie verte, avec une île Maurice plus propre et sans pollution, ainsi que l’économie océanique, a été initié, souligne-t-il.
Depuis quand la Commission MID est-elle opérationnelle ?
La Commission MID a été créée le 16 juillet 2011 suite à une décision du gouvernement. C’est le même jour où j’ai quitté mon poste de directeur de la NHDC pour retourner à plein temps au PMO afin de présider la Commission.
Quel bilan faites-vous de MID à ce jour ?
Depuis son lancement par le Premier ministre, MID est passé d’un concept à un projet de société qui concerne le développement durable qui repose sur les cinq E – Énergie, Environnement, Emploi, Éducation et Équité. Il est maintenant défini par une politique nationale, une stratégie échelonnée sur dix ans et un plan d’action chiffré sur trois ans (MIDPSAP), qui a été conçu dans un processus de démocratie participative reconnu et qui a été approuvé par le gouvernement le 14 juin 2013. L’implémentation de MID d’une façon cohérente comme défini par le MIDPSAP commence dès le début de l’année financière 2014, d’après la dotation budgétaire prévue.
Quelle sont les points forts du MIDPSAP ?
Plus de 130 décisions, projets et actions sur les cinq E ont été approuvés. Un plan d’action qui est chiffré à Rs 6,26 milliards sur trois ans et qui concerne surtout l’économie verte, l’énergie, une île Maurice plus propre, plus verte et sans pollution et l’économie océanique a été initié.
Pouvez-vous mentionner quelques projets qui ont été réalisés ?
Plusieurs projets ont été réalisés, de nouvelles lois et des décisions du gouvernement ont été introduites. Des accords d’une valeur de Rs 6 milliards ont été conclus et des investissements sont prévus. Les accords conclus concernent plusieurs gros projets dans le domaine des énergies renouvelables dont la production, les fermes éoliennes à Maurice et à Rodrigues, les fermes photovoltaïques, l’entrée en opération des petits producteurs indépendants (résidentiels, commerces et institutions scolaires) totalisant plus de 70 MW et l’efficience énergétique (les ampoules à basse consommation pour les maisons et routes, des projets d’efficience énergétique dans l’industrie avec la MEXA, la création d’EEMO et la nouvelle Building Control Act etc.). Il est attendu que le taux de production de l’électricité à partir des ER passe de 17 % à présent à 23 % en 2015. Quelque 18 000 familles mauriciennes ont aussi bénéficié chacune d’un don de Rs 10 000 pour l’achat d’un chauffe-eau solaire et ce chiffre exclut celles qui ont investi leur propre argent dans cette mouvance.
On parle souvent de recyclage des déchets. Où en est-on avec ce projet ?
Nous avons distribué quelque 12 000 composteurs, une démarche accompagnée d’une formation à chaque bénéficiaire. Nous recyclons aussi désormais les déchets municipaux pour en faire du compost. Les petits planteurs bénéficient d’une subvention pour l’achat du compost. On recycle de plus en plus du papier, du verre etc. Deux projets de production d’électricité à partir des déchets ont été soumis aux autorités et leur réalisation dépendra surtout sur leurs dimensions économiques et leur impact sur l’environnement (EIA), élément sine qua non à respecter.
Le projet MID est donc bien parti ?
Il n’y a pas de doute, le projet MID a apporté son lot de changements à Maurice. On aurait souhaité faire davantage mais le développement durable demande aussi un équilibre entre l’économie, le sociale et l’environnement. Dieu sait combien de discussions animées la MID Commission a eues avec l’ancien secrétaire financier Ali Mansoor à ce sujet, dans un contexte où presque la moitié de notre budget national va au financement de l’État providence. On fait beaucoup sur le pilier social du développement durable à Maurice. Parfois lorsqu’on parle de MID, on a tendance à oublier cela.
N’êtes-vous pas étonné que le PM n’ait pas fait mention de MID dans son discours de fin d’année ?
Je dois faire ressortir que dans son discours, le Premier ministre a touché les cinq E de MID dans son ensemble. De toutes les façons, on ne s’attend pas à ce qu’il parle de MID à chaque fin d’année, d’autant plus qu’il vient d’affirmer dans son intervention dans le cadre des débats sur le budget 2014, que beaucoup a été fait concernant MID. Le projet MID est la politique de gouvernement pour le développement durable. MID, c’est du “Work in Progress” et cela pour le long terme !
Revenons maintenant à un sujet d’actualité. Beaucoup d’observateurs estiment que l’implantation de la centrale à charbon à Albion équivaut à la mort de Maurice Île Durable. Comment y réagissez-vous ?
Je ne suis pas d’accord avec ces propos. L’avenir du projet MID n’est pas uniquement lié à l’implémentation d’une centrale à charbon. Maurice Île Durable est un projet de société, pas un projet énergétique. Ce n’est pas moi qui le dit mais celui qui a lancé le MID, le Premier ministre lui-même, en réponse à la PNQ du leader de l’Opposition consacrée à CT Power le 3 décembre 2010.
Cependant, MID prône la transition vers l’efficience énergétique et les énergies renouvelables et c’est dans ce sillage qu’on a eu tous ces projets que j’ai mentionnés plus haut.
Je rappelle que c’est grâce à la vision du PM concernant le projet MID que plus de Rs 200 M par an seront consacrés à l’achat d’énergies renouvelables. Ce qui permettra au taux des énergies renouvelables de passer de 17 % à présent à 23 % en 2015. Mais il faut préciser qu’on parle ici de la contribution énergétique mais pas de puissance installée.
Le rapport de la National Energy Commission (NEC) reconnaît ce talon d’Achille des ER, à l’heure actuelle, en y attribuant qu’une Capacity Credit de 4 MW (10 % de l’installation des éoliennes de 40 MW – Table 6 page 46 du rapport de la NEC). Les installations photovoltaïques ne sont pas prises en compte car il n’y a pas de soleil en heure de pointe du soir.
Si l’on ne peut faire mieux, valeur du jour, c’est surtout en raison de l’intermittence des ER et du coût élevé du stockage. Mais je reste confiant que le stockage à travers des batteries deviendra rapidement du domaine du possible, commercialement. L’évolution du cycle de vie des technologies mènera à une baisse des coûts et l’augmentation de la performance. Il ne faut pas oublier que notre objectif est d’atteindre un taux de 35 % d’énergie renouvelable d’ici 2025.
Personnellement, j’ai écrit à plusieurs organisations internationales au courant de 2013, y compris à la Clinton Climate Initiative, pour leur demander à nous aider à trouver des solutions économiques sur le stockage. Le 29 novembre dernier, le gouvernement a donné son accord pour la signature d’un MoU avec la Clinton Climate Initiative sur le domaine énergétique.
Que pensez-vous du rapport de la National Energy Commission ?
C’est un bon rapport et beaucoup de personnes ont travaillé dur dessus. Moi-même, j’ai présidé les auditions publiques de la NEC. Il y a eu beaucoup de propositions valables. Il y en a tant ! Un exemple qui me vient tout de suite en tête, est celui de Pritiviraj Rungloll sur le “coal ash”. Cela nous affecte directement et ne m’a pas laissé insensible. J’ai par la suite évoqué la question devant le NEC et posé plusieurs questions, entre autres à la représentante du ministère de l’Environnement qui fut par la suite convoquée par la NEC sur ce problème épineux.
Je tiens à remercier tous ceux qui ont déposé devant moi et les trois autres membres du sous-comité de la NEC, qui comprenait aussi le directeur général du CEB. Je lance un appel à la NEC et surtout au CEB pour qu’on travaille ensemble sur la meilleure façon d’intégrer les ER sur le réseau et résoudre les autres problèmes. Le rapport de la NEC préconise beaucoup de recommandations et surtout des projets parmi lesquels la biomasse. La Commission MID travaille, en ce moment, sur un “biomass development scheme”.
L’État a payé des millions à des consultants étrangers dans le cadre des projets. Que répondez-vous à ceux qui considèrent que c’est un véritable gaspillage d’argent…
C’est archifaux ! Ceux qui avancent ce postulat doivent savoir que tous les consultants internationaux ou locaux qui ont travaillé sur le processus MID, lequel a débouché sur le MIDPSAP, ont été payés par les partenaires de développement, à commencer par le PNUD qui a réglé les honoraires du Pr François Odendaal. L’AFD a réglé celui de Ghislain Gomart et de Mott Mac Donald, l’EU a financé les rapporteurs de l’UOM pour la rédaction de six rapports des MID Working Groups et l’OIT a apporté son aide pour la contribution sur le “green jobs assessment”.
De plus, l’AFD, qui est revenue à Maurice suite à la requête du Premier ministre, a mis à la disposition du gouvernent, des milliards en appui budgétaire avec accent sur le développement durable et des fonds d’accompagnement d’assistance technique tel le FFEM et le FAAPE. Il y a aussi eu le Green Loan Scheme à la disposition du secteur privé, avec des conditions bonifiées. La première tranche de Rs 1,6 milliard a déjà été consommée et on attend maintenant la deuxième tranche.
Depuis l’approbation du plan d’action MID en juin 2013, l’Union européenne a exprimé son intérêt d’accompagner l’implémentation du plan d’action MID par un don d’un montant de trois millions d’euros (Rs 126 M) en forme de contribution directe au budget national. Nous travaillons en ce moment sur les indicateurs. L’UNEP et le Bureau du PNUD à Maurice ont aussi exprimé leur souhait d’assister Maurice pour le développement de sa Green Economy. Donc, c’est tout à fait le contraire qui s’est produit – le MID rapporte de l’argent et de l’assistance technique au pays.
Le MID a aussi une visibilité locale et internationale. Pouvez-vous nous en parler ?
Maurice a eu l’honneur d’être invitée dans plusieurs forums régionaux et internationaux pour présenter son processus MID. En 2012, ce fut à Bercy à Paris et ensuite sur le Pavillon France à RIO+20. En 2013, l’invitation était pour TICAD V à Yokohama, puis le siège des Nations unies à New York suivi de l’OIT à Genève, entre autres. En ce début de janvier 2014, l’île Maurice a été invitée par l’UNESCO à partager son expertise dans le domaine de CCESD (Climate Change Education for Sustainable Development) toujours au siège des Nations unies à New York, événement dont l’île Maurice est co-hôte sur requête des organisateurs.
 
Quelles seront vos priorités pour 2014 ?
L’implémentation du MIDPSAP selon la dotation budgétaire et les moyens mis à notre disposition. L’équipe de la Commission MID travaillera ainsi sur le “verdissement” du secteur industriel, celui de l’agriculture, le tourisme, du paysage du pays. Il y aura aussi le “sustainable public procurement” dans la fonction publique, davantage de composteurs, les chauffe-eau solaires, les aérateurs d’eaux, le “rain water harvesting scheme”, la gestion sur une base pilote des déchets électriques et électronique notamment à travers deux conseils de districts et cela en attendant la finalisation d’une stratégie nationale pour ce secteur, la formation des fonctionnaires sur le MID parmi tant d’autres. Il y aura aussi l’implémentation des politiques comme préconisé par le MIDPSAP. On s’attellera aussi au sujet de l’économie verte avec surtout la collaboration du système des Nations unies.
S’agissant du secteur privé, on poursuivra notre effort pour l’implémentation d’un “sustainability index” sur la bourse de Maurice et les MID Clubs dans les écoles.
Un dernier mot…
MID est passé d’un concept à un projet de société via un processus participatif, reconnu même au niveau international. Son implémentation d’une façon cohérente comme défini par le MIDPSAP commence dès le 3 janvier 2014, d’après la dotation budgétaire prévue. Nonobstant les critiques parfois très injustes, ce qui est encourageant c’est l’adhésion de la population en particulier les jeunes à ce projet ambitieux sur lequel repose la destinée de notre république.