VERONIQUE PAPILLON

L’ART… un grand mot, un beau mot autour de l’esthétique que beaucoup de pays défendent, maintiennent en vie. Il est technique tout en étant identitaire, patrimonial. Mais notre rapport avec lui diffère selon notre personnalité et nos affinités car tout le monde n’a pas la fibre artistique. Il devrait cependant avoir une place de choix dans notre cursus. Il prodigue une certaine culture, un certain savoir-vivre et savoir-faire et cela, pas uniquement avec des classes de dessin.

À Maurice, nous avons un ministère des Arts et de la Culture, des festivals qui parsèment nos calendriers, des classes de dessins et des classes de « performing arts » (floues) fraîchement introduites pour les besoins du nouveau système mis en place. Cela, pourtant, ne s’arrête pas là : certaines écoles offrent des cours de musique ; d’autres institutions privées accueillent également ceux désireux d’apprendre la musique ; il y a également quelques troupes sporadiques de théâtre survivant aux années ; des groupes de musique passionnés et divers événements organisés par des particuliers. Incroyable ! Mais vrai ! Nous avons une riche culture artistique. Et il est question seulement de ce qui se passe ici dans l’île : certains artistes se sont expatriés pour vivre de leur art. Certains sont même de renommée internationale et se permettent de nous rendre visite de temps à autre.  Mais pourquoi s’exiler ailleurs ? Pourquoi partir ailleurs pour en vivre ?

La réponse reste simple : l’art n’est pas valorisé sur notre belle île. Si nous avons dû attendre Porlwi By Light pour connaître certains artistes, nous aurons beaucoup à attendre pour que des événements de ce genre voient le jour de nouveau. Mais ils restent le fait d’individus, de collectifs autre que le Ministère. Triste constat quand nous pensons à ceux qui souvent tirent les ficelles et qui ne connaissent pas grand-chose à la chose. Allez : Vaco Baissac, on connaît ; Ti Frer, cela s’entend ; mais connaissons-nous les nouvelles têtes artistiques ? Il n’en manque pas. Sauf que pour percer de nos jours, vous devez jouer de vos contacts, de vos finances ou alors vous battre selon vos moyens pour faire valoir votre art. Peinture, musique, théâtre se meurent car aux yeux des dirigeants, ce ne sont pas des domaines qui rapportent gros, des vaches à lait dont on pourrait tirer profit. Tant qu’il y a de l’argent à la clé on investit. Mais faut-il toujours qu’il y ait des bénéfices pécuniaires pour que ce soit un investissement valable ?

Pourquoi ne pas investir dans l’humain ? Pourquoi ne pas vraiment introduire des sujets artistiques à un niveau élevé ? Former des gens dans le domaine pour développer le talent de nos jeunes et former une nouvelle main-d’œuvre ? Notre cursus scolaire (primaire, secondaire) souffre cruellement de cela. L’artiste qui sommeille en nos jeunes ne se réveille pas car on ne lui offre guère l’opportunité de s’exprimer par son ou ses talents. Le système actuel poursuit jusqu’à l’heure une élite utopique – Non ! Elle est quasiment inexistante ! – et ce au détriment des autres avec des aptitudes différentes. Il favorise des personnes douées sur papier alors que des musiciens, des chanteurs et des acteurs sont éliminés par un système les dévalorisant, leur faisant accroire qu’ils sont incapables et les condamnant à des métiers ‘peu inspirants’. Aujourd’hui et plus que jamais nous avons besoin de nous débarrasser de ce mode de fonctionnement pour accommoder les nouveaux besoins de la jeunesse. Nous ne pouvons plus penser de cette manière archaïque qui dénigre et tue l’identité dans l’œuf. Il faudrait assimiler que la future main-d’œuvre est loin des bureaux, des ordinateurs ou des scalpels. Faisons place aux artistes-peintres, aux chanteurs ou danseurs pro… d’ailleurs, l’art est tellement vaste que d’autres métiers en ont découlé avec le temps.

Il faut pourtant se l’avouer qu’il y a quelque part une volonté pour faire évoluer les choses dans ce sens, notamment les classes de Performing arts et les cours de musique à l’UoM  mais elle demeure faible puisqu’il faut des structures plus appropriées ainsi que des stratégies davantage rodées pédagogiquement pour arriver à des résultats concluants. Et il faudra également des personnes bien plus compétentes en haut lieu en ce sens. Elles existent, elles se battent dans l’ombre mais il est temps qu’elles se dévoilent, se mobilisent et montent au créneau pour donner un avenir à l’art dans toute sa splendeur.