L’institution prochaine d’une Disaster Unit chargée d’assurer la coordination des activités en cas de calamités naturelles a été annoncée hier par le Premier ministre, qui intervenait lors d’une cérémonie organisée à l’occasion de la fête Ougadi. Navin Ramgoolam a évoqué l’introduction, si nécessaire, d’une législation pourtant sur les mesures de prévention à toutes les calamités. Il a aussi affirmé que d’autres sinistrés qui ont tout perdu lors des inondations du 30 mars dernier recevront une compensation à la suite d’une enquête appropriée bientôt.
Le Premier ministre a affirmé avoir eu une première réunion avec un groupe d’experts qui est arrivé à Maurice la semaine dernière afin d’établir un premier constat. Selon lui un rapport préliminaire observe que ce qui s’est passé est sans précédent et est associé aux changements climatiques. Il a cité un rapport produit par Joffrey Sachs, professeur de l’université américaine de Columbia, qui estime que c’est un phénomène nouveau, et que l’océan Indien ne sera pas épargné contre de tels phénomènes à l’avenir. Il est toutefois difficile de prévoir où est-ce qu’il pleuvra. Le gros problème de ce genre de phénomène, selon le PM, est l’intensité de la pluviosité durant une courte période. Il y a eu 152 mm de pluie en deux heures à Maurice, a-t-il dit. En Argentine, qui a connu le même phénomène que Maurice quelques jours plus tard, il y a eu 34 victimes et des personnes sont encore portées disparues.
Le Premier ministre a insisté sur le fait qu’il est important de voir les manquements afin d’apporter des améliorations afin que les mêmes dégâts ne se produisent pas dans l’éventualité d’une calamité similaire. C’est à cette tâche que doivent s’atteler les experts.
Le Premier ministre a déjà constaté un manque de coordination entre les principaux concernés. « En Angleterre un médecin n’hésitera pas à demander à un autre médecin de revoir le patient afin de confirmer son diagnostic. À Maurice chacun croit qu’il est un chef. Je dis toujours à mes ministres que je ne connais pas tout ». Il a cité le cas de l’actuel scandale financier qui selon lui était difficilement détectable au début, mais par la suite il n’y a pas eu la coordination appropriée. « C’est vrai, il n’y a pas eu de coordination comme il le faut », dit-il.
Navin Ramgoolam a alors annoncé l’institution d’une Disaster Unit permanente qui portera sur n’importe quel désastre naturel. Il a insisté sur la nécessité d’éduquer la population et s’est étonné que lors des inondations de nombreuses personnes soient descendues dans les régions les plus affectées pour voir. Il s’est de plus étonné que des victimes aient pu descendre dans des parkings souterrains après 16 h pour prendre leur voiture. Il a insisté sur la nécessité que les endroits les plus vulnérables soient dotés de caméras et que des parkings situés dans des régions sensibles soient dotés de portes hermétiques qui doivent être fermées lors des pluies torrentielles. Il s’est aussi appesanti sur les mesures à prendre en cas de pluies torrentielles. « Il faut éviter de voyager et ne pas rester dans sa voiture ». Toutes ces mesures pourraient faire l’objet d’un texte de loi qui sera présenté à l’assemblée nationale.
Évoquant les dégâts causés par les inondations, il a observé que même la Treasury House où se trouve son bureau a été affectée. Il s’est réjoui de l’élan de solidarité en faveur des sinistrés après les inondations. « Nous sommes fiers de l’élan de solidarité des Mauriciens. Cela démontre que nous sommes une nation plus mature et plus patriotique. Quarante-cinq ans après l’indépendance nous nous sentons patriotes avant tout », a-t-il dit.
S’agissant de la compensation des victimes, il a observé que leur choix a fait l’objet d’une enquête méthodologique menée par la police avec l’aide des ONG qui ont travaillé de manière à établir une liste des gens qui ont tout perdu. Le Premier ministre a dénoncé ceux qui cherchent à profiter des malheurs de leurs voisins pour bénéficier de l’aide. Ceux-là ne méritent pas de la considération, a-t-il estimé. « Nous prendrons des actions contre ces personnes ». Il a expliqué qu’il avait dit lors de la remise des compensations aux premières 88 personnes qu’il manquait quelques noms sur la liste initiale.
Il a, par ailleurs, dénoncé «une infime minorité qui veut détruire l’unité». À ce propos il a observé que seulement 2 % de la population interviennent sur les ondes des radios.
Le leader de l’Opposition Alan Ganoo, qui est intervenu après le ministre de l’Environnement Deva Virahsawmy, a soutenu les affirmations de ces derniers concernant les raisons qui mènent aux changements climatiques.
Les deux personnalités ont attribué le réchauffement de la planète aux activités des grandes puissances en soulignant que ce sont les petits pays dont Maurice qui sont les premiers affectés.
Gourmandise
Citant le Mahatma Gandhi, Alan Ganoo a soutenu que la production alimentaire mondiale est suffisante pour satisfaire les besoins de toute la planète, mais insuffisante pour satisfaire la gourmandise. Cela est aussi vrai pour notre pays, selon lui, où des promoteurs ne se soucient que de leurs intérêts personnels sans tenir compte des effets que peut avoir le développement sur l’environnement. C’est le rôle du gouvernement de veiller à ce qu’il y ait un développement équilibré et que les projets de développement se fassent dans le respect des normes définies, dit-il. Pour lui, le développement du pays doit être “climate proof”.
Le leader de l’Opposition a aussi insisté sur le fait que les organisations culturelles ne devraient pas se mêler à la politique. Pour lui, il est normal dans une démocratie qu’il y ait des points de vue divergents entre le gouvernement et l’Opposition puisqu’en fin de compte il revient à la population de se prononcer. Les organisations culturelles, dit-il, devraient se consacrer à la promotion des valeurs culturelles à un moment où les jeunes sont exposés à toutes sortes de dangers. Le Premier ministre devait plus tard reprendre cette idée en reconnaissant la tentation pour certains de mêler la religion à la politique. Cependant, il estime que tout le monde doit jouer le jeu afin de ne pas avoir une politique de deux poids deux mesures. Alan Ganoo a aussi rendu hommage à ceux venus d’Andhra Pradesh et qui ont su préserver la culture télégoue à Maurice. Il a insisté sur la nécessité de célébrer les différences culturelles afin que toutes les cultures convergent sur la voie de la nation mauricienne.
Plus tôt, le président de l’Andra Maha Sabha, Ramdass Ellayah, a évoqué les dégâts causés par les inondations au centre de Grande-Rivière-Nord-Ouest. Il a évoqué la décision de l’organisation d’annuler les manifestations culturelles à travers l’île et de se concentrer sur une cérémonie plus dépouillée à Port Louis. Il a aussi rendu hommage au travail abattu par le ministre des infrastructures publiques Anil Baichoo. Il a enfin souligné l’esprit de solidarité qui a prévalu après les inondations et a critiqué ceux qui veulent entraver cette unité.