Elle a eu du flair, Franceska Spéville Hortense Calotte. Elle a pris l’initiative de fabriquer des assiettes en utilisant un produit écologique, en l’occurrence les feuilles de palmiste, naturelles et biodégradables. La fabrication se déroule au Bel Ombre Sugar Estate. Grâce à Outgrowing Fey Palmis, sa fabrique 100% écolo d’assiettes en feuilles de palmiste, Franceska contribue à garder son environnement propre tout en espérant que ce marché retient l’attention de tout un chacun et que ce métier permet à l’avenir aux femmes dans le besoin de proposer d’autres idées pour faire du palmiste un produit phare.

Entrer dans la bulle de Franceska Spéville Hortense Calotte permet de découvrir une nouvelle forme d’artisanat. Cette mère de huit enfants — elle a adopté l’un d’eux — gagne sa vie en utilisant les produits de la nature. Grâce à une PME fondée en 2011 sous le nom de Outgoing Ltd et à l’aide technique et financière de l’Organisation internationale pour la migration (OMI), le projet prend forme. « On a pu bénéficier d’une solide formation par le truchement de l’OMI et de leur don financier qui a permis d’acheter cinq machines à compression qui permettent de réaliser les assiettes en palmiste en petit et grand formats.

Cela a été d’un grand apport. Nous étions un petit groupe de femmes au départ à bénéficier de cette formation. À la fin, je suis la seule à défendre l’idée que les feuilles de palmiste sont une source naturelle qui nous permet de préserver notre environnement », fait valoir Franceska Spéville Hortense Calotte.

Cette dernière a choisi de continuer la route en solo avec dans la voix aucun regret, mais ce désir animé de défendre son produit contre vents et marées. Elle a ses coins de prédilection, notamment Chamarel, Bénarès, Britannia pour le ramassage des gaines de palmiste qu’elle différencie par leur couleur marron. « Au fur et à mesure que les feuilles tombent de l’arbre, je les ramasse et je les mets à sécher. J’enlève surtout la gaine, c’est la partie du tronc de l’arbre utilisée pour la fabrication des assiettes, et le milieu, on le nomme la colonne vertébrale qui relie la gaine à l’arbre », laisse entendre Franceska. Elle procède alors au lavage de ces « gaines » de palmiste avant de les faire sécher au soleil en prenant soin par la suite d’enlever toute trace d’humidité, de manière à avoir un produit plus malléable. Les presses à chaud servent à donner de la forme à la réalisation des assiettes et des sous-plats. Car, au fil du temps, Franceska est parvenue à diversifier ses produits.

Gagner en visibilité
L’atelier s’imprègne des odeurs de ces feuilles de palmiste et Franceska insiste qu’il n’y a aucun risque de bactérie car les feuilles sont pressées à hauteur de 180° et lorsqu’elles en ressortent, on est surpris par les teintes ambrées, caramélisées, mais tous d’un coloris unique. « L’avantage avec ces assiettes est qu’on peut les mettre dans le micro-ondes, les réutiliser le nombre de fois voulus et ces assiettes peuvent être utilisées lors d’un pique-nique, un cocktail, un mariage et à n’importe quel moment. » Franceska reste intarissable sur le sujet. Sa priorité est de voir la vente décoller et que le projet gagne plus en visibilité. « Je vis de ce travail qui me permet de nourrir mes enfants, mais ce n’est pas toujours facile financièrement, car il y a des hauts et des bas. Ce métier me plaît car il fait partie de la protection de l’environnement et n’occasionne aucune pollution contrairement au plastique. Ces assiettes sont à la fois écologiques et non nocives pour les aliments. Un des gros avantages est qu’elles sont résistantes à l’eau chaude, voire bouillante, et résistent parfaitement au micro-ondes. »

Selon Franceska, les assiettes sont au nombre de cinq, de tailles modulées, soit 10 cm, 15 cm, 20 cm, 25 cm et 30 cm. Leur prix se situe dans la fourchette de Rs 10 à Rs 30. « Notre devise est de se battre pour réduire tout ce qui en plastique, voire nuisible à notre environnement. Il n’y a qu’à voir les plages après un pique-nique. Outgrowing Fey Palmis veut sensibiliser tout un chacun en leur disant que chaque assiette achetée contribue à la protection de l’environnement. Ce n’est pas qu’un produit artisanal, mais un signal fort pour notre environnement. Le souci auquel on se heurte actuellement est le “packaging”, il faudrait un financement à hauteur de Rs 50 000 pour pouvoir les exposer dans les supermarchés et autres points de vente afin que le public adopte ce nouveau mode d’artisanat. »

Elle se dit heureuse que le marketing mis en place fonctionne et reconnaît que les réseaux sociaux sont un atout non négligeable. Même si pour le moment, la concurrence n’est pas de mise, cela n’empêche pas Franceska de préciser qu’il faut encourager la vente locale. « Il y a des feuilles de palmiste de l’Inde, mais il faut surtout privilégier ce qu’on a comme ressource naturelle dans notre île. Le palmiste fait partie de notre folklore, de notre environnement, il faut donner la chance aux artisans mauriciens et permettre aux femmes de vivre de ce métier. On peut même faire des sacs car contrairement au plastique, c’est plus conservateur et non polluant », explique Franceska optimiste jusqu’au bout et qui voit déjà ces “fey palmis” brasser large et devenir la fierté de notre petite île Maurice.