L’abbé Tristan Bardet 1824-1884, lauréat de la Bourse d’Angleterre, dernier ouvrage de feu Mgr Amédée Nagapen, a été lancé à titre posthume vendredi à l’Institut Cardinal Margéot, soit un mois après le décès de l’auteur. Outre de retracer l’admirable parcours de ce premier lauréat mauricien à choisir la voie de la prêtrise, l’ancien historien du diocèse de Port-Louis dépeint aussi la physionomie de la colonie en pleine évolution au milieu du 19e siècle. « Pas toujours plaisantes », comme le reconnaît-il, les réalités de l’époque qu’il y décrit, qu’on le veuille ou non, font partie de l’histoire de la République. Pour le père Georgy Kenny, responsable du Service des vocations, le livre comporte « un message fort pour les jeunes ».
Le lancement de la dernière publication d’Amédée Nagapen s’est déroulé en présence notamment de l’évêque de Port-Louis Mgr Maurice Piat, du père Georgy Kenny, de Yvan Martial et de Jean-Laval Nagapen, neveu de l’auteur. L’évêque de Port-Louis a dit apprécier ce souci qu’avait l’ancien historien du diocèse de Port-Louis de dépeindre à la fois les ombres et les lumières de l’Histoire dans ses ouvrages. Il devait établir une comparaison avec les Actes des Apôtres qui, dit-il, ne cachent pas les ombres de l’époque non plus.
Les lumières dans cet ouvrage, selon Mgr Piat, c’est le renoncement de Tristan Bardet à une belle carrière pour devenir prêtre. Mais, devait-il faire remarquer, « Amédée pose en même temps une question centrale. C’est ça que j’aime. Tristan Bardet, au moment où il termine ses études ecclésiastiques, est attendu par Mgr Collier comme un messie car il y avait très peu de prêtres. Bardet obtient un ministère dans le diocèse de Birmingham et il y reste ». Mgr Collier écrit alors au jeune prêtre Bardet, poursuit l’évêque de Port-Louis, qui avait déjà rencontré le curé d’Ars (NdlR : Jean-Marie Baptiste Vianney dit le Curé d’Ars né en 1786 en France et nommé patron de tous les curés de l’Univers par le pape Pie XI en 1929) pour demander conseil. « Le curé d’Ars lui répond : “obéissez à votre évêque”. On doit donc au curé d’Ars la présence de Bardet chez nous. »
Pour Mgr Piat, Amédée Nagapen pose bien la question, c’est-à-dire pourquoi Tristan Bardet ne voulait pas rentrer. « L’auteur suggère discrètement : est-ce que la communauté chrétienne était très divisée, raciste ? C’était pas facile. Bardet se posait peut-être cette question : est ce qu’il sera bien accueilli ? » Selon la lecture de l’évêque de Port-Louis, la manière de l’ancien historien du diocèse de Port-Louis de poser la question suggère la difficulté de Tristan Bardet d’exercer son ministère à cette époque. Et d’ajouter : « C’est une des raisons qui me fait admirer Bardet plus encore. Malgré les résistances, il est venu. »
Le père Georgy Kenny a quant à lui relaté aux invités comment Mgr Nagapen l’avait approché en tant que responsable des services des vocations pour une collaboration en vue de la publication du livre où il est question de l’appel au sacerdoce d’un jeune. Selon le père Kenny, Tristan Bardet « aurait pu profiter de sa bourse d’Angleterre d’une autre manière. Il a décidé de se consacrer au Seigneur. Je me suis dit qu’il y a un message fort pour les jeunes derrière l’histoire. Il y a une manière de concevoir la réussite de sa vie… ».
Dans un exposé présentant le livre, Yvan Martial a souligné la « grandeur d’âme » de Tristan Bardet qui renonça à « l’incroyable possibilité de devenir avocat, médecin ». À l’époque, rappelle-t-il, « celui qui se classait juste après le lauréat ne pouvait se contenter que d’une haute place dans la hiérarchie administrative ». Ce qui devait l’induire à ce constat : « Nombre de prêtres mauriciens traînent derrière eux la triste réputation d’être des personnes en train de constamment chercher de l’argent pour leurs ouailles. J’ai envie de les inviter à lancer : “bande de chrétiens ! Savez-vous seulement combien d’argent je me serais fait si je n’avais pas répondu à l’appel sacerdotal ? » Yvan Martial a inscrit l’ouvrage de Mgr Nagapen dans la lignée des chroniqueurs, psalmistes et prophètes racontant l’histoire sainte de leur peuple.
Jean-Laval Nagapen a de son côté mis en avant la faculté de son oncle d’ancrer des personnes du passé dans notre présent. « Le livre parle de l’île Maurice et de la Grande-Bretagne du 19e siècle. » Selon lui, quand Mgr Nagapen choisissait un thème, ce n’était pas anodin. « Tristan Bardet avait une soeur religieuse. Amédée Nagapen aussi avait une soeur religieuse. »
Le dernier ouvrage de Mgr Nagapen est disponible à Rs 250 en librairie.