Le 31 août, le monde observe la International Overdose Awareness Day. De passage au pays, le Dr Faysal Sulliman, professionnel de la médecine dans le public et le privé, anciennement attaché au Centre Idrice Goomany (CIG) de Plaine-Verte et désormais membre de l’United Nations Office on Drugs & Crime (UNODC), basé à Kenya, explique l’importance « de sensibiliser la population mauricienne sur la nécessité de reconnaître les signes d’une overdose » chez un sujet. D’autant, note-il, que « notre pays disposant d’une communauté importante d’usagers d’opiacés (dérivés de l’héroïne), cela rend l’identification des signes d’une overdose davantage importante ».
Savoir identifier les signes d’une overdose chez un consommateur de drogues, c’est faisable. Et «prévenir le danger d’une dégradation de l’état du sujet, voire, même, lui sauver la vie», c’est possible ! Le Dr Faysal Sulliman, rodé dans le domaine de la toxicomanie pour avoir dédié une partie importante de sa carrière à ce domaine (voir plus loin), actuellement membre de l’UNODC au Kenya, explique comment, et surtout pourquoi, il est désormais « important de déceler les signes précurseurs chez un sujet présentant des prédispositions à une overdose », et ce car « en administrant les premiers soins et en ayant les bons réflexes, on arrive à sauver des vies humaines ».
Si, dans le contexte actuel, avec l’observation le 31 août de chaque année d’un International Overdose Awareness Day, la tendance penche vers la professionnalisation des prestations dont dispose chaque pays, le Dr Faysal Sulliman indique que « s’agissant de Maurice, nous avons les moyens de nous doter de tout une logistique pour y arriver ». Pour cela, il préconise « la mise à contribution de l’Observatoire national des drogues, qui a été créée depuis quelques années déjà. Cet organisme aura pour objectif de recueillir les données scientifiques de la part du Forensic Scientific Laboratory (FSL), par exemple s’agissant des saisies de drogues qui sont réalisées par les autorités, comme la police et la Narcotics Unit de la MRA. Définir « le degré de pureté de l’héroïne et les composantes réelles des produits saisis, entre autres, aidera à établir une base de données sur laquelle on pourra s’appuyer pour définir des traitements ».
Dans un deuxième temps, l’observatoire a pour mission de recenser, « avec l’aide des travailleurs sociaux sur le terrain et dans les centres, les données spécifiques à la communauté des Usagers de drogues injectables (UDI) : âge, types de produits utilisés, incidence, régions fréquentées et habitées… ». Pour notre interlocuteur, « il s’agit certes d’une grosse machinerie que l’on doit mettre en place, et cela ne se fera pas du jour au lendemain ».
Depuis les années 2000, Maurice a vu sa communauté d’UDI croître dangereusement. Au milieu de la première décennie d’ailleurs, le spectre d’une épidémie imminente de sida avait amené la société civile et le gouvernement à prendre des mesures de Réduction de risques (RdR) dans l’urgence afin d’endiguer une épidémie qui aurait pu être fatale pour le pays. Si entre-temps ces mesures, nommément le traitement de substitution à base de méthadone, et le Needle Exchange Programme (NEP) ont porté leurs fruits en diminuant considérablement la communauté d’injecteurs de drogues actifs et en limitant les transmissions via les seringues souillées entre les toxicomanes, en revanche, « il reste encore beaucoup à faire, en amont, relève le Dr Sulliman, pour professionnaliser ce secteur ainsi que lui donner les armes et les outils nécessaires et utiles afin de nous inscrire dans la logique de sauver le maximum de vies humaines ». Il devient de plus en plus urgent, selon lui, que Maurice « développe des outils scientifiques et fiables pour que le combat contre la toxicomanie n’ait plus un cachet amateur ».
Plusieurs cas de figure peuvent mener des UDI vers des overdoses. Notre interlocuteur élabore : « Prenons le cas de l’usager de drogues qui prend une dose. Ses sens sont stimulés et dans sa quête de plaisir, il veut plus, toujours plus, pour éprouver encore plus de plaisirs et de sensations. Donc, il se shoote encore et encore. Mais connaît-il le degré de pureté du produit ? Sait-il ce qu’il s’injecte dans les veines ? » Le Dr Sulliman note : « Nous avons actuellement à Maurice deux éléments qui doivent nous faire réfléchir. D’une part, la pureté de l’héroïne importée, avant et après qu’elle soit découpée et mise en vente. Et de l’autre, les Nouvelles drogues synthétiques (NDS), dont les composantes sont volatiles et dans 99% des cas inconnues ! Ce qui représente une gamme immense de possibilités d’ingrédients, les uns plus dangereux que les autres. »
Le Dr Faysal Sulliman relève aussi : « Dans le cas des UDI ayant par exemple passé quelques mois en prison, et qui pour une raison ou une autre, n’ont pas touché à la drogue, cela implique que le métabolisme du sujet a été modifié. À sa sortie de prison, la personne est tentée de reprendre ses vieilles habitudes et se rue donc chez un dealer. Que s’est-il passé, entre-temps ? Son niveau de tolérance a changé. Ce qui peut avoir un effet différent sur son corps. » Autre cas de figure donné par notre interlocuteur : « La tendance à la politoxicomanie va en augmentant, surtout auprès des jeunes sujets. Les mélanges sont courants : benzodiazépine, Rohypnol, Valium, Mogadon, cachets à base de Codéine… Tout est bon pour concocter un cocktail assuré de provoquer des sensations fortes ! » Sans oublier « les mélanges alcools/opiacés ».
Le médecin de formation rappelle que « ces produits agissent directement sur le système nerveux et respiratoire des sujets, provoquant le ralentissement, qui peut s’avérer dangereux, voire les entraînant dans une phase comateuse, dépendant de la composition des produits administrés ». Appeler les urgences est bien évidemment « un réflexe spontané et recommandé ». Mais il convient aussi, ajoute-t-il, d’avoir « les bonnes réactions, ce qui peut aider à sauver la vie du sujet ».