Visiter une mosquée, une église, un temple ou une pagode. Assister à une marche sur le feu, à une procession du Tazieh dans les rues de Plaine-Verte ou au Maha Shivaratree… Les festivités religieuses et les lieux de culte ont toujours suscité un fort intérêt auprès des touristes visitant l’île. Forte de cette expérience, la Mauritius Tourism Promotion Authority et le conseil des religions leur proposent désormais un parcours religieux avec des visites guidées en chaque lieu. Grande tournée des lieux de culte dans Port-Louis et sa périphérie.
Cent-cinquante personnes – opérateurs touristiques, hôteliers, personnel du ministère du tourisme, dont le ministre de tutelle Michaël Sik Yuen, membres du conseil des religions, étudiants en Certificate in peace and interfaith studies de l’Université de Maurice et des journalistes – étaient conviées à « un pèlerinage » samedi dernier. Dix lieux étaient inscrits au programme avec une visite d’une durée d’un quart d’heure à une demi-heure chacune.
L’autel, en marbre de Carrare
Première visite guidée : la Cathédrale St-Louis de l’église catholique. Un survol de l’histoire des lieux et des principales statues et plaques descriptives à voir. La guide indique que dès 1735, l’emplacement de ce lieu de culte a été réservé par François Mahé de La Bourdonnais alors gouverneur de l’île de France. Cependant, après plusieurs modifications, l’édifice a pris la forme actuelle depuis 1933.
À l’intérieur de la cathédrale, le visiteur est invité à s’attarder devant la plaque descriptive évoquant la présence des restes de l’épouse de Mahé de La Bourdonnais et de son fils, Gilles, décédés à Maurice. Une autre plaque marque l’épiscopat de Mgr Leen qui a été très actif au sein de l’église et est à l’origine de la construction du monument Marie Reine de la Paix. Deux statues – Notre Dame du Grand Pouvoir et St Pierre Claver, l’apôtre des esclaves en Amérique du Sud – méritent une halte. Le visiteur apprendra aussi que dans un caveau au coeur de la cathédrale reposent les dépouilles d’évêques et du premier cardinal mauricien, Jean Margéot, décédé en 2009.
L’autel face-au-peuple fait en marbre de Carrare est un présent offert au Père laval, « l’apôtre des esclaves affranchis mauriciens », par un de ses amis qui l’avait commandé d’Italie. Il se trouvait auparavant dans l’église de Sainte-Croix. Après les explications, les visiteurs disposent de quelques minutes pour faire des photos ou s’imprégner de l’atmosphère.
Tombeau de Sakina Bibi Goulamy
Cap sur le deuxième site, la Mosquée Al-Aqsa à rue Dr Hassen Sakir au coeur de Plaine-Verte. La plus ancienne mosquée de l’île a vu le jour en 1805, soit plusieurs décennies après l’arrivée des premiers musulmans qui date d’avant 1722. Nommée Masjid Camp des lascars, elle sera pendant de nombreuses années, la seule mosquée de l’île jusqu’à la construction de la Jummah Mosque en 1852, fait ressortir une fascicule de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). Le premier imam officiel de la mosquée a été Gassy Sobedar, décédé en 1861 à l’âge de 70 ans. Selon des responsables de la mosquée, les lieux accueillent aussi le tombeau de Sakina Bibi Goulamy. Celle-ci, née en Inde en 1697, est décédée à Maurice en 1809. Elle a été inhumée à l’arrière de la mosquée avec une épitaphe en ourdou ancien.
L’Arya Samaj et les Sanatanistes
Après cette immersion dans l’histoire culturelle musulmane mauricienne, toute la délégation est accueillie par les membres de l’Arya Sabha Centre à rue Frère Vélix de Valois, à proximité du Champ de Mars. À notre arrivée, le Pandit Roopan disait une prière. Après quoi, il a parlé du mouvement Arya Samaj de Maurice aux côtés d’Amita Boolauky qui est aussi membre de cette société et du Conseil des Religions. C’est en 1903 que le mouvement a été introduit à Maurice et huit ans plus tard, officialisé. Manilall Doctor, un émissaire du Mahatma Gandhi, est une personnalité importante dans la propagation de sa philosophie fondée essentiellement sur la religion védique qui se résume en « la connaissance fondamentale de la Vérité ». Si le bâtiment accueillant le mouvement a connu plusieurs modifications au fil de son histoire et que l’architecture demeure toute simple, une visite au Vishnu Kchetre Mandir à la rue portant le même nom offre à voir un édifice tout à fait différent avec l’érection de trois coupoles qui le surmontent. Les lieux comptent aussi des sanctuaires (Moortees) de Lord Vishnu, Radha et Krishna, Luxmi-Narayan et nadi et Hanuman.
Le mandir a été construit par les Sanatanistes, des orthodoxes hindous. Le bâtiment a aussi connu des modifications au fil des ans et sa forme actuelle avec les coupoles date de 1932. Le jour de la visite, les fidèles se préparaient à la prière marquant le Vassant panchami, soit le cinquième jour de la lune. Des préparatifs en vue de la célébration du Cavadee allaient bon train également.
La compassion et la patience
La rencontre avec ces deux sociétés hindoues était précédée d’une visite de la Pagode Poo Tee Shee. Construite en 1949 à rue Volcy Pougnet, elle est dédiée à Buddha. La représentante de la pagode au sein du Conseil des Religions précise que le bouddhisme n’est pas une religion mais une philosophie de vie fondée sur « la compassion et la patience ». D’ailleurs, une statue de Buddha offerte par le gouvernement thaïlandais se trouve sur son toit. Les bonzesses qui officient en ces lieux viennent de Chine.
Premier contact avec les Baha’i
Nombreux sont les participants de ce pèlerinage à avoir eu un premier contact avec nos compatriotes de foi baha’ie, une religion toute jeune qui a vu le jour au 19e siècle en Perse, aujourd’hui connu comme l’Iran. La religion a été introduite à Maurice en 1953 et les premières assemblées spirituelles locales ont eu lieu en 1956. Cependant, il n’y a pas à ce jour encore de temple Baha’i, fait ressortir un représentant de la communauté. Il annonce toutefois qu’un temple sera construit très bientôt à Grande-Rivière-Nord-Ouest sur un terrain d’une superficie de 15 arpents. Cette religion monothéiste compte 7 000 fidèles et est fondée sur des valeurs comme l’unité, l’égalité entre homme et femme et la paix.
Ancienne poudrière
Après l’échange fructueux avec les Baha’i, visite de la cathédrale St-James de la communauté anglicane de Maurice à rue la Poudrière. L’édifice a été construit en 1812 sur l’emplacement d’une ancienne poudrière française, d’où le nom de la rue. Les murs font d’ailleurs 3 mètres d’épaisseur. En pierre à l’extérieur, l’intérieur est recouvert de bois.
En ces lieux, le visiteur peut y voir dans une boîte vitrée « une croix faite de clous provenant de la cathédrale de Coventry, en Angleterre, récupérés après qu’elle a été rasée par des bombes durant la deuxième guerre mondiale ». L’aigle – le « symbole de l’évangile de Jean », affirme le père Philippe Goupille du Conseil des religions – et des plaques en mémoire des fidèles ont longtemps servi l’église. L’on note aussi de hautes personnalités parmi ceux qui ont visité auparavant la cathédrale. La dernière en date est le prix Nobel de la paix, l’archevêque Desmond Tutu, d’Afrique du Sud.
Centrer sur la parole
Plus bas dans cette même rue, à proximité de l’ancienne prison de la capitale, se trouve l’église Presbytérienne St-Jean. D’une grande sobriété d’aucuns passeront devant sans la remarquer. Cependant, cet édifice a une aussi longue histoire que ceux visités plus tôt. Il « ouvrit ses portes à la première assemblée en juin 1840 ». Ce lieu de culte est d’une très grande simplicité à l’intérieur : une croix en bois est fixée en face des fidèles, une bible ouverte sur la table. « C’est pour se centrer sur la parole », affirme le pasteur France Cangy.
Un portrait du révérend Jean Le Brun à côté de cette table rappelle que c’est lui, le missionnaire de la London Missionary Society, qui a implanté l’église Presbytérienne à Maurice. Il avait pour mission d’aider les esclaves et métis « qui étaient négligés économiquement, socialement et politiquement ». La communauté presbytérienne à Maurice compte un millier de fidèles. L’église est affiliée à l’église réformée de Suisse, précise le pasteur Alain Monnard, en charge des lieux.
Architecture dravidienne
Cette riche journée a pris fin par une visite de la Sockalingum Meenatchee Ammen Tirukovil Kaylasson qui se trouve à la Noor-E-Islam Mosque Street. C’est un des temples les plus importants pour les tamouls à Maurice. Il s’étend sur une superficie de 13 arpents.
D’une architecture impressionnante, la Sockalingum Meenatchee Ammen Tirukovil Kaylasson rappelle les grands temples en Inde ; selon un fascicule de la MTPA, elle renvoie à une architecture dravidienne. La décision de construire un lieu de culte de cette dimension a été prise par les négociants et commerçants tamouls de Port-Louis lorsqu’en 1854, une épidémie de choléra secoua le pays. Il a été construit en trois étapes : 1854, 1860 et 1868. « Le corps représente un corps humain allongé avec le lotus aux 1000 pétales représentant le sommet de la tête et l’arche de l’entrée les pieds », fait ressortir la MTPA.
La visite de ces dix lieux de culte a pris fin au bout de cinq heures par un cocktail à la Citadelle, haut lieu du patrimoine mauricien.