L’actualité nationale ces jours-ci est constituée de faits divers dominés par la violence contre les personnes et les scandales d’un côté et les graves inquiétudes sur la conjoncture économique de l’autre. Le pays est effectivement à la veille d’une crise économique qui  risque de durer au moins deux ans. La  casse sociale, sur fond de malaise social existant,  que cette crise va engendrer doit nous interpeller tous. Il y a danger de dislocation du tissu social.  
La crise financière de 2008 s’est transformée en crise de la dette souveraine dans des pays de la zone euro. Les pays du BRICS  (Brésil, Russie, Inde, Chine) commencent aussi à connaître des difficultés. Les prévisions de croissance pour l’économie mondiale pour 2012 a été revue à la baisse et on s’inquiète déjà pour l’année 2013. Avec la structure de son économie fortement dépendante des facteurs exogènes, l’économie mauricienne commence à subir sérieusement les effets de la crise économique internationale après avoir fait preuve d’une résilience certaine depuis 2008.
 Le gouverneur de la Banque de Maurice a multiplié les déclarations dans la presse depuis deux semaines pour tirer la sonnette d’alarme. Le dernier MCB Focus abonde dans le même sens sur le diagnostic et les dangers qui guettent notre économie.  Le CEO de la State Bank dans un récent entretien vient, entre autres, aussi parler des difficultés économiques auxquelles sont et seront confrontées les entreprises, plus particulièrement celles qui  travaillent pour l’exportation. Les prévisions de croissance pour 2012 ont été revues à la baisse. Le  chômage quant à lui va s’accroître.  Au-delà des divergences sur les mesures à prendre pour faire face aux difficultés économiques, tous s’accordent sur la réalité des problèmes actuels et à venir. Il ne sert à rien de  vouloir banaliser la situation de l’économie mauricienne  en la comparant de manière positive à celle plus grave d’autres économies, dont celles des pays développés. Les victimes ne vivent pas de comparaisons.
Cette « crise »  économique et sociale intervient sur fond de malaise social confirmé par la dernière étude de Moriscopie. Que plus de la moitié des Mauriciens (55 %) souhaite émigrer est très révélateur du mal-être d’une bonne partie de nos concitoyens.  Le sentiment qui anime ces Mauriciens désireux de partir est l’absence de perspectives à l’avenir tant pour eux que leurs enfants. Mais revenons au chômage.  Il renvoie à une réalité qu’on peut qualifier de mort sociale pour ceux qui en sont et seront  victimes.
Toute crise fait des victimes. D’abord il y a des citoyens qui même en temps normal souffrent de la pauvreté, voire de l’extrême pauvreté. Il y a aussi un nombre important de salariés qui  bizin ris diab par lake pou zwenn les deux bouts.  Une détérioration de la situation économique va faire d’autres victimes mais l’impact ne sera pas de la même gravité. Dans une situation de crise le réflexe se résume souvent à « Bef dans disab sakenn get so lizye ». Or, c’est dans une telle situation que la solidarité est plus que jamais nécessaire et qu’il faut tout faire pour ne pas perdre son âme.  A titre d’exemple : avec les dispositifs du Budget de novembre 2011, le budget du CSR,  consacré essentiellement à la lutte contre la pauvreté, a été réduit de 40%. Il risque de se rétrécir comme une peau de chagrin dans les prochaines années.  En temps de crise tout le monde doit porter de manière équitable le fardeau.
Affaiblir les faibles sans rien demander comme efforts  aux autres risque d’avoir un effet boomerang. Pratiquement personne n’avait vu venir les évènements de février 1999, une « révolte des exclus »  qui a failli se transformer en bagarres communales généralisées. Attention à ce qu’en faisant « lekonomi chandelle lor ros so » comme solution aux difficultés économiques nous alimentons un autre Février-99 !