Sept millions d’années après l’apparition des premiers pré-humains et près de 200 000 ans après celle de l’Homo Sapiens, et donc de nos ancêtres directs, l’heure n’aura jamais été aussi grave qu’en ces temps modernes, tant le dérèglement climatique fait craindre le pire. Bien sûr, depuis l’apparition de la vie sur Terre, la planète aura connu, en différentes périodes géologiques, d’importantes variations de températures, soufflant tantôt le chaud, tantôt le froid, et ce pendant de longues années, précipitant même la disparition de nombreuses espèces.

À la différence qu’étant justement géologiques, ces mêmes périodes n’étaient influencées que par l’activité du cœur de la planète, et non du fait des hommes, ce qui est malheureusement le cas aujourd’hui.

Depuis plusieurs dizaines d’années, des scientifiques montent en effet de plus en plus nombreux au créneau pour nous mettre en garde. Bien sûr, il est vrai que depuis 1988, date de la création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les rapports en la matière se suivent sans pour autant se ressembler, les uns étant toujours plus alarmants que les autres. Sans compter que, de l’avis d’un nombre croissant d’experts, le GIEC – organisme intergouvernemental faut-il le rappeler – aurait plutôt tendance à minimiser l’impact du réchauffement, et ce pour des raisons politiques faciles à comprendre.

Pour autant, les rapports, bien que différents – car dépendant de leurs sources –, mettent tous l’accent sur une seule et même réalité : l’urgence d’une réaction immédiate afin de limiter les dégâts. Car ne nous leurrons pas : le réchauffement climatique est engagé et aucune mesure ne pourra l’empêcher de se poursuivre pendant de longues décennies encore, quand bien même nous arrêtions complètement aujourd’hui nos émissions de gaz carbonique.

Depuis 2014, les rapports notent ainsi une hausse générale croissante des températures à travers le monde, chaque année détrônant la précédente quant au niveau de mercure annuel à l’échelle planétaire, donnant lieu à des événements climatiques de plus en plus violents (inondations, sécheresses, cyclones intenses, “flash floods”, etc.). L’un des problèmes, et qui nous concerne directement à Maurice, c’est que même si aucun pays ne semble aujourd’hui réellement épargné, y compris ceux qui vivaient jusqu’alors une relative quiétude climatique, les pays les plus exposés à ces risques sont aussi pour la plupart soit ceux qui comptent parmi les plus pauvres, soit ceux qui sont les moins préparés à faire face à ces calamités, soit encore les deux à la fois.

L’heure est grave en effet. Les conséquences de notre inertie, fruit de décennies de production industrielle et de maximisation de nos zones de confort, dépasseront dans les prochaines années et décennies, et ce sans aucun doute possible, le “simple” fait de devoir s’accommoder d’un climat changeant et d’événements extrêmes. Car ces mêmes conditions auront elles-mêmes des conséquences collatérales tout aussi douloureuses pour l’humanité, à savoir ce que l’on appelle déjà aujourd’hui la future migration climatique. D’ici 20 ou 30 ans seulement, des peuples entiers n’auront en effet d’autre choix que de quitter les terres qui les auront vus naître pour des raisons bien plus dramatiques encore que celles conduisant aujourd’hui des migrants à braver les eaux de la Méditerranée à la recherche d’asile.

Et lorsque l’on voit la problématique, pour les pays européens principalement, d’accueillir aujourd’hui ces derniers, qui ne sont pourtant “que” quelques dizaines de milliers, l’on peut imaginer l’étendue du désastre à venir lorsqu’un milliard de personnes (et encore, selon les projections les plus optimistes) se presseront aux portes de ces mêmes frontières pour des raisons cette fois climatiques.

Le problème, c’est que nous ne prenons aucunement la mesure de ce qu’il adviendra demain. Nos esprits sclérosés, englués dans les habitudes de notre quotidien, peinent non seulement à comprendre ces nouvelles réalités, mais aussi à accepter cette imminente obligation d’adaptation. C’est un fait, nous ne pouvons concevoir ces changements, préférant laisser les politiques, inspirés ou non par les scientifiques, prendre seuls les mesures qui s’imposent, et ce faisant nous persuadant, à tort, « qu’ils trouveront bien une solution ». À tort, car il est évident « qu’ils » ne feront rien.

Bien sûr, des pactes et des accords ont bien été paraphés, comme celui de Paris dans le sillage de la COP21. Mais combien de mesures ont-elles été prises depuis par les pays signataires ? Quels impacts auront eu depuis les maigres changements opérés ci et là ? Qu’importent les crises, l’effondrement et les dangers annoncés, nos décideurs ne cesseront d’appuyer sur la pédale d’accélération. Et tant pis pour le mur, que l’on sait pourtant là, droit devant, à quelques mètres seulement. Consolons-nous : au moins, cette fois, l’impact sera bien réel !