Elle est la nouvelle présidente du Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP) depuis quelques mois. Si elle vit en France, c’est la souffrance du peuple de son île natale qui l’y ramène en tant que politicienne. Padma Utchanah, mère de famille qui gère avec son époux une petite entreprise familiale en France, dit être là pour « ramener la vraie idéologie politique ». La politique au sens noble du terme, soit de se battre pour la justice. Pour elle, faire de la politique de l’étranger « est un atout considérable ». Dans cet entretien, elle observe qu’on « a l’impression que les choses se font, mais quand on gratte à la surface, on voit que tout n’est que pourriture en dessous ». Elle regrette l’existence d’une opposition « asservie » et plaide pour plus d’importance aux « petits partis ».

Vous êtes présidente du RCP depuis quelques mois. Est-ce une coïncidence que le parti choisisse une personne relativement jeune à la présidence après Alexandre Barbès-Pougnet ou est-ce qu’il veut mettre en avant les jeunes ?
Nous sommes déjà un parti de jeunes. Le plus âgé a environ 55 ans. On est une dizaine de membres, y compris le bureau de l’exécutif. Nous sommes trois à être en France. Nous travaillons à Maurice et de la France.

Votre adhésion au sein du RCP marque-t-elle vos premiers pas en politique ?
Tout à fait. J’ai rejoint le RCP par le biais d’Alexandre Barbès-Pougnet. Ensuite, j’ai travaillé au sein du parti en tant que membre avant d’être promue présidente il y a quelques mois. Cela fait maintenant deux ans que j’ai adhéré à l’idéologie du RCP.

Autrement, qui est Padma Utchanah ?
S’il y a une phrase qui me qualifierait bien, c’est la devise des Compagnons du Devoir : “Ne pas asservir, ne pas se servir mais servir.” Voilà ce que je suis. J’aime servir les gens, le peuple. Je suis une citoyenne engagée.

Votre statut professionnel ?
Je suis une autodidacte. Avec mon époux, nous avons une toute petite entreprise familiale dans l’immobilier en France et je suis aussi dans l’accueil événementiel.

En dépit de l’image peu reluisante souvent associée à la politique, avec des cas de corruption, de chasse gardée et autres opacités, qu’est-ce qui vous motive, en tant que femme, à vous lancer dans ce monde ?
La politique est quelque chose qui est ancré en moi depuis petite. Je faisais de la politique passive. La politique en général m’a toujours intéressée. La politique, c’est quoi ? C’est une noble cause, c’est gouverner. Ce sont les hommes qui l’ont salie. Bien au contraire, je suis là pour ramener la vraie idéologie politique. Mon père était intéressé par la politique. Ce qui m’intéressait plus, c’était le peuple, les citoyens. Je pense que c’est la misère du monde qui me ramenait toujours à la politique. L’envie de combattre l’injustice qu’il y avait dans notre pays. Comme une mission. Cet intérêt m’a toujours poursuivie. Bien sûr, il y a eu quelques moments dans ma vie où cela s’est un peu atténué. Je n’ai pas forcément eu l’opportunité de m’épanouir et d’aller jusqu’au bout de ma mission. Mais c’était toujours enfoui en moi, latent.

Cet intérêt a-t-il influencé votre choix d’études ou de profession ?
Non. La politique, c’est le combat pour la justice. Tout le monde peut y adhérer. Cela n’a rien à voir avec le parcours scolaire ou le métier que l’on fait.

Quelle est votre définition du politicien ?
La politique est l’art de gouverner. C’est gouverner un pays correctement. Le politicien travaille pour le peuple. Il doit être au service du peuple. C’est l’intérêt général qui prime. Je crois que bon nombre de nos politiciens l’ont soit oublié, soit jamais appris. Ils n’ont pas cette idéologie. C’est exactement ce que le RCP prône comme idéologie.

Comment voyez-vous la politique à Maurice dans le futur ?
Effectivement, je vois que c’est complètement phagocyté par toutes les manigances, la corruption et tout ce qui va avec. C’est un combat de longue haleine. C’est un cheminement qui se fera tout doucement, mais ce n’est pas impossible. Il faut toujours garder l’espoir pour les jeunes et pour notre pays. Chaque combat est un cheminement qui est dur, un parcours semé d’embûches, mais ce n’est pas impossible. Même si c’est complètement phagocyté en ce moment, je garde espoir qu’un jour les choses changeront. J’en suis convaincue.

Serez-vous à Maurice jusqu’aux élections ?
Je suis là pour un mois et, ensuite, un de mes collègues de France, également membre du bureau exécutif du RCP, prendra le relais. Nous partagerons la tâche.

Comment opère-t-on comme leader d’un parti alors qu’on n’est pas à Maurice ?
Le RCP existe depuis 2012 et nous sommes toujours là dans l’arène politique et on est très actif. Donc, c’est tout à fait possible.

N’est-il pas nécessaire d’être présent physiquement ?
La technologie nous permet de suivre l’actualité politique. La preuve en est, nous sommes toujours dans l’arène politique. Bon nombre de partis se sont formés à Maurice et se sont dissous quelque temps après parce qu’ils n’y arrivent pas. Et pourtant, nous, on est toujours là.

Cela ne sera-t-il pas un désavantage pour le parti que vous ne soyez pas là lorsque la campagne battra son plein ?
Pas du tout. On y arrive très bien. Il y a bien des combats qui se sont faits à distance. Le combat de Nelson Mandela dans sa cellule a bien été fait à l’intérieur de la prison et à l’extérieur. Donc, il y a des combats qui peuvent être menés de l’extérieur.

Tout de même, vous n’êtes pas sur le terrain pour des échanges avec les gens ?
Bien au contraire, c’est même un avantage d’être à l’extérieur, car ce que les Mauriciens trouvent normal n’est pas normal. Les politiciens du “mainstream” ont tellement procédé à une sorte de lavage de cerveau pour dire que c’est normal quand tout n’est pas normal. Comme l’a précisé un philosophe, François Julien, qui dit qu’il faut s’extraire de ce qu’on voit, de ce qu’on vit, pour mieux appréhender les choses et voir au-delà de ce qui est visible. Justement, être à l’étranger est un atout considérable. En ce qui concerne le terrain, je suis venue pour être sur le terrain et je commence dès samedi. Je suis dans la circonscription No 7. Je serai là-bas, mais aussi ailleurs.

Serez-vous candidate aux prochaines législatives ?
Pour le moment, on est en train de discuter sur les candidatures à venir. Je ne pourrai vous en dire davantage.

Vous avez votre petite vie en France, loin des soucis de votre pays natal, mais vous avez tenu à prendre part à sa vie politique. Qu’est-ce qui vous appelle ici ?
Je veux changer les choses, même si je n’y vis pas. Comme vous le dites, je suis à l’étranger, je suis bien, tout va bien. Mais ce qui me motive, ce sont les gens. Quand je vois la souffrance du peuple, je suis partagée entre la tristesse et la colère.

En 2014, le RCP avait présenté “20 grandes idées pour un nouveau Maurice”. Cette fois, vous présentez dix chantiers, soit dix grandes priorités. Le nombre a diminué. Est-ce à dire que la moitié des problèmes a été résolue entre-temps ?
Absolument pas. Bien au contraire, j’ai pu constater que cela ne fait qu’accentuer. Mais là, nous nous attaquons vraiment à la racine du mal et les dix chantiers, ce sont dans un premier temps les institutions et les principaux organes administratifs qui sont complètement en panne. On veut toucher, changer les choses tout en haut de l’échelle. C’est en haut qu’il faut toucher. Dès qu’on touchera en haut, tout ira crescendo et les choses se feront naturellement. Les priorités des priorités, ce sont les institutions, la politique pénale, rendre la vraie démocratie, la justice. Il y a une vraie réforme à faire concernant notre structure étatique. Nos services hospitaliers sont une catastrophe. Il y a donc énormément de chantiers. Le mot “chantier” est tout à fait juste parce qu’il y a tout à refaire. On a l’impression que les choses se font. Mais quand on gratte à la surface, on voit que tout n’est que pourriture en dessous. La démocratie n’est qu’une façade.

Avez-vous participé à l’élaboration du programme électoral du RCP ?
Le programme a effectivement été préparé par le bureau de l’exécutif avec Rajiv Gunputh, Parvez Dookhy et moi-même. Nous avons travaillé ensemble de France.

Le RCP est un “petit parti” dans le sens où vous n’êtes pas nombreux.
On continue de recruter, mais je ne veux pas non plus recruter n’importe qui. Je ne veux pas recruter une personne qui n’épouse pas une même idéologie politique. Il vaut mieux être peu et de qualité qu’être nombreux et avoir une qualité médiocre.

La réalité politique de Maurice veut que ce soit les partis “mainstream” qui se frayent toujours un chemin vers l’Assemblée nationale. Le RCP, quoique pas tout à fait nouveau, fait partie de ces mouvements alternatifs qui se voient refouler à l’issue des législatives. Envisagez-vous une alliance pour plus de chances de donner vie à vos idées ?
Une alliance avec les “mainstream”, non. On se concentre trop sur les partis “mainstream”. Il faut donner la voix aux petits partis, qui ont vraiment leur force. Sinon, 50 ans plus tard, rien n’aura changé. Et nous, au RCP, on est vraiment l’opposition extraparlementaire. L’opposition qu’on voit au Parlement, pour moi, elle est vraiment domestiquée, asservie. Vous ne pouvez pas être dans l’opposition et ensuite chercher une alliance avec le gouvernement. L’opposition est là pour faire la police, pour veiller au bon déroulement des choses dans le pays. On ne peut faire du copinage ou d’alliance. Donc, nous, au RCP, on est vraiment l’opposition extraparlementaire qui dénonce les manigances du gouvernement.

Par quel biais dénoncez-vous tout cela ?
À chaque fois qu’on voit que quelque chose ne va pas, on le dénonce à travers les médias et les réseaux sociaux, ou tout simplement on écrit aux institutions concernées, comme tout dernièrement lorsque j’ai écrit à l’ICAC pour demander une enquête concernant le stade Georges V.

Le RCP compte donc faire alliance avec un parti alternatif ?
Ce que nous proposons au RCP, c’est une alliance programmatique. Ce n’est pas une alliance avec un ticket par ci et un autre par là. Non, nous, nous apportons une vraie réforme dans notre programme. Il faut vraiment changer nos institutions et l’alliance se fera de manière programmatique.

Qu’est-ce qui vous fait croire que vous avez vos chances de parvenir au Parlement quand jusqu’ici cela n’a pas été le cas pour les partis alternatifs ?
Rien n’est impossible. L’espoir est ce qui nous motive. Si nous, les politiciens, n’avons pas d’espoir, comment sera le peuple ? En politique, il peut y avoir des surprises. On a pu le voir avec les élections européennes, où on n’attendait pas tel ou tel parti. Et pourtant, ils sont arrivés en tête.

La place des femmes en politique ?
Je n’aime pas parler de la place de la femme en politique. La question ne doit même pas se poser. Cela doit être naturel. On doit agir d’une manière naturelle en fonction des compétences et de la méritocratie, et non en fonction du genre.

Ce que vous appréciez de votre île ?
Si je fais de la politique, c’est que j’ai un amour profond pour ma patrie. Je viens souvent à Maurice. Ce sont les gens que j’aime, le sourire des personnes. C’est cela qui me ramène. Mon époux me soutient à 100%. J’ai laissé mes enfants en France et ils me soutiennent aussi.

Le mot de la fin ?
Il est grand temps de rendre la vraie démocratie à notre pays !