C’est la première fois qu’on s’intéresse à un patrimoine, à un vêtement lié à l’histoire de l’Inde entière et son industrialisation. Il faut saluer le retour qui s’opère aujourd’hui au sari, ce lé de tissu de 4 à 8 mètres pour draper le corps des femmes indiennes et le bout de tissu libre que l’on porte sur l’épaule et qu’on nomme “le pallu”. L’initiative de l’exposition de saris qui se prolongera jusqu’au 28 février 2014 revient au conservateur Emmanuel Richon du Musée Blue Penny, qui est aussi l’auteur de l’ouvrage intitulé “Sari” (Mauritiana, 2013). La Haute Commission de l’Inde à Maurice, Jetha Tulsidas et Mme Deepa Seetharam ont largement aidé à montrer l’interculturalité du vêtement, son histoire, son intelligence.     
Une exposition et les chemins de l’écriture l’ont remis au goût du jour ou plutôt ont permis de débrouiller l’écheveau des sentiments complexes qu’on lui portait.
Ce vêtement qui drape la plupart des femmes indiennes, qui fascine par son histoire et sa fabrication, se voit aujourd’hui exposé et fait l’objet d’un ouvrage qui explique mille détails sur le sari. Nous emprunterons donc à Emmanuel Richon le fruit de ses recherches pour donner des informations succinctes à nos lecteurs. Ce long lé de tissu trouve son origine dans la nuit des temps (500 ans). La mythologie nous renvoie à un duel entre deux admirateurs voulant tirer sur le tissu qui enveloppait la sublime Draubadi mais c’est la vertu qui triompha. Le sari s’adapte à toutes les modes, toutes les époques. Il est né sur un métier à tisser : un tisserand aurait tenté de représenter sur un même tissu les larmes, les cheveux, les couleurs, la douceur de la peau de la femme aimée. Le sari est présent dans la littérature indienne et la peinture. Richon écrit : “La magie de ce vêtement tient donc au fait qu’il s’agit d’une longue bande d’étoffe que la femme drape autour d’elle sans attache ni point de fixation, sans fermeture, ni couture, le sari tombant par lui-même, de manière naturelle comme retenu par le corps…” Rien n’identifie mieux une femme à son indianité, peut-on dire, que le sari. La beauté du vêtement a fasciné les grands voyageurs européens dans leur découverte de l’Inde. Charles Baudelaire, Leconte de l’Isle, Pierre Loti, ont jeté un oeil admiratif sur ces belles mousselines et ces étoffes de soie qui ceignent les reins des Indiennes (… elles mettent un voile qui est presque toujours de mousseline: il est plus ample que la pièce de toile qui sert de jupe; le voile se pose par-dessus la jupe...).
Les saris sont soit tissés à la main (il y a environ trois millions de métiers à tisser dans toute l’Inde — ce qui donne du travail à plus de six millions de personnes), soit réalisés par des manufactures de textiles en partie automatisées. Mais le petit artisan reste le meilleur contact pour faire les transactions.
Le sari a connu une longue histoire et diverses fonctions : bercer les bébés, les abriter lors de l’allaitement, servir de support à l’enfant qui fait ses premiers pas. Le pallu porté en arrière ou en avant suivant les traditions permet à la femme indienne tout un jeu subtil de dissimulation, de pouvoir ou de séduction (on peut se référer au jeu de séduction de l’actrice Sharmila Tagore dans le célèbre film La Déesse de Satyajit Ray). Saris de noces en soie pure, saris de prière ou réservés aux soirées, le vêtement s’adapte à toutes les tailles. Les enfants ne portent pas de saris. Le premier sari marque souvent le passage d’entrée dans l’âge de la puberté. Concernant l’homme, la première fois qu’il achète un sari, le payant, constitue un moment privilégié de son passage à la vie d’adulte.
Concernant les styles et motifs, on nous explique que tout dépend des réalités régionales : on distinguera les styles du Nord qui possèdent souvent une toile plissée à la manière d’une jupe sur le devant et le pallu couvrant le front et le haut de la tête. Le style maharathi ou kachchla crée un effet pantalon bouffant. Le style Nivi est devenu la façon la plus communément adoptée pour se vêtir n’importe où en Inde. Les motifs sont principalement liés à la protection du mauvais oeil et à la fertilité. Chevaux, lotus, figuier, paons, perroquet sont autant de symboles: On sait que le poisson est symbole de fertilité suggérant une abondance.
Riche d’histoire, associé à la culture de l’Inde, le sari a résisté à toutes les crises et son avenir réside dans ses possibilités d’exportation.