Aujourd’hui la communauté sino-mauricienne célèbre leur nouvel an. Le passage à la nouvelle année est l’occasion d’une célébration particulière: rendre hommage une dernière fois aux divinités et ancêtres pour l’année écoulée. Nous avons effectué une visite de cinq des onze pagodes existant à Maurice, avec comme guide, Ah Kwet Cheong Li Kwong Ken, président de la chambre de commerce chinoise. Une incursion dans ces lieux sacrés nous a permis de découvrir le déroulement d’un culte à la mémoire des ancêtres, la signification des offrandes et rituels, l’architecture traditionnelle chinoise ainsi que le quotidien des religieuses, appelées bonzesses.
L’île Maurice abrite onze pagodes chinoises. Toutes se trouvent à Port-Louis et leurs noms sont connus des bouddhistes mauriciens: Choy Shun, Tien Tan, Kwan Tee, Poo Chee See, Kwan Ping. La construction de ces pagodes ont commencé à l’arrivée des premiers immigrants chinois vers 1820. Nous ne trouvons pas chez nous d’architecture monumentale comme en Chine avec des temples multi-étages en bronze, fer céramique ou composées de briques et tuiles vernissées avec des espaces intérieurs vastes et accrochés au flanc des montagnes. Mais elles sont tout de même inspirées de l’architecture des pagodes traditionnelles chinoises et nous permettent de découvrir la culture de la diaspora qui a vécu dans la capitale.
Toutes les pagodes que nous visitons ce jour-là regardent vers le nord, toutes les divinités faisant face à la mer. Comme le temple Choy Shun à la rue Joseph Rivière à Chinatown qu’Ah Kwet Cheong Li Kwong Ken nous emmène d’abord découvrir. À notre arrivée, le gérant de la pagode fait sonner la tour du tambour. Ce son plonge le sanctuaire dans une atmosphère particulière. «Les coups de gong annoncent à Dieu l’arrivée d’un fidèle dans le temple», nous dit Ah Kwet. Les bouddhistes se rendent à la pagode à n’importe quel jour de l’année, surtout le jour de l’an, qu’ils considèrent comme un moment sacré marquant la transition entre l’année qui s’achève et celle qui débute. Pénétrer dans une pagode n’est pas juste se prosterner aux pieds des divinités, mais aussi présenter des offrandes. Dans ce petit temple qui abrite le Dieu de la Fortune, des offrandes : fruits, gateaux, fleurs, sont déposées sur l’autel. «La pomme représente la santé, l’orange, la prospérité et les gateaux, la longévité», nous dit Ah Kwet.
L’histoire de Choy Shun remonte à un siècle. D’abord construite en bois, elle a été détruite et rabâtie en béton en 2007. Les matériaux servant à la construction des pagodes traditionnelles en Chine sont onéreux. «L’architecture traditionnelle coûte très cher à Maurice. En Chine, le plan est confié à des architectes et la construction aux ouvriers chinois. Mais nous ne pouvons pas les faire venir, cela coûterait très cher. De plus, nous ne trouvons pas les matériaux nécessaires pour la restauration», dit notre accompagnateur.