Noorani Aurdally, travailleur social et président de Mouvement Progrès de Pailles, ne peut rester insensible face aux nombreux maux qui affectent cette localité. Il fulmine : « Pailles, le village qui compte le plus de députés au Parlement, soit Alain Wong, Jean-Claude Barbier, Veda Balamoody, Patrice Armance et Danielle Selvon, est affecté depuis longtemps par les fléaux de la drogue synthétique, la prostitution, la délinquance juvénile, la grossesse précoce, le chômage, le problème d’eau et du tout-à-l’égout, dont la seconde phase n’est toujours pas complétée. Selon les informations dont je dispose, le nombre de vols augmente par dix chaque semaine dans cette partie de l’île. Je mets au déficeux qui peuvent me prouver le contraire. »

Le travailleur social se demande pourquoi ces fléaux sont devenus plus aigus au cours de ces dernières années. Il est d’avis que les députés de l’endroit ont « démissionné de leurs responsabilités ».

Il pèse ses mots : « Je prends l’entière responsabilité de ce que j’avance. Aucun député ne s’est intéressé à ce qui se passe ici depuis les dernières élections générales. Et encore moins Alain Wong, le ministre de l’Intégration sociale, pour faire un constat sur le plan social.

Les habitants ne lui demandent pas de venir passer toute sa journée ici. J’ai fait du travail social pendant plus de 30 ans dans cette région et je la connais comme le fond de ma poche. Je ne me souviens pas de la dernière fois où il est venu ici pour offrir une coupe aux footballeurs de la localité lors d’un tournoi de football. » Compte tenu de la concentration des familles pauvres à Pailles, l’ex-conseiller de la municipalité de Port-Louis se demande « si on n’est pas en train de fabriquer des bombes à retardement ».

Selon lui, « le chômage étant la principale cause » de la délinquante juvénile à Pailles, les autorités doivent « tout mettre en œuvre pour donner des emplois aux jeunes », car cette situation provoque toute une série de bouleversements. « Somaz, se enn problem ki nepli tann koze dan Moris kouma lontan. Me si ou vinn fer enn letour dan Pailles ou pou trouve so lampler. » Noorani Aurdally n’est pas le seul à reprocher aux députés « leur indifférence et leur inaction ».

Là où nous nous sommes rendus pour ce reportage, on a constaté un sentiment de révolte chez les habitants. Darwin habite à quelques mètres du terrain de football à Résidence Saint-Louis, Pailles. Il faisait partie d’une équipe de football qui participait régulièrement à des tournois organisés par les jeunes de la région. « Cela fait plus de dix ans qu’il n’y a plus d’activités sur ce terrain car il n’y a plus de lumière. Cet espace est envahi chaque soir par des individus louches. Dimounn pa kone kot sorti vinn fum ladrog syntetik lor sa terin football-la. Ena enn zardin denfan a kote. Nou oblize anpess nou bann zenfan alle akoz insecurite », déplore-t-il. Les enfants, selon lui, s’ennuient à mourir. Ils sont livrés à eux-mêmes. « Ils ne savent plus quoi faire de leurs vacances. Leurs parents n’ont ni les moyens ni l’accompagnement nécessaires pour s’occuper d’eux comme il faut, malgré leur bonne volonté. Les autorités sont dans l’impossibilité de répondre à leurs attentes », s’inquiète Darwin. Il n’y a pas que les députés qui en prennent pour leur grade. Daniel Laurent, le maire de Port-Louis, n’est pas épargné.

« Il fait la sourde oreille chaque fois qu’on le sollicite pour lui faire part de nos doléances », ajoute Marie, une sexagénaire. « Seuls quelques enfants ont reçu des cadeaux pour Noël de la municipalité l’année dernière. Je ne sais trop ce qui s’est passé. Nous souhaitons que cela ne se répète pas une nouvelle fois cette année. Car les enfants arrivent difficilement à oublier un tel manquement. »

Noorani Aurdally reconnaît toutefois que la National Development Unit a « fait des efforts » pour asphalter certaines rues dans la localité. « Des habitants l’ont reconnu. Travay la bizin pa aret la, bizin kontinie », dit-il.