Suite à la visite ministérielle du vendredi 19 juin à la station de traitement d’eau à Pailles après que des fissures eurent été découvertes, le ministre suppléant aux Services publics, Yogida Sawminaden, avait annoncé une enquête indépendante pour établir les faits. L’ICAC, pour sa part, a ouvert une enquête sur l’allocation du contrat à la firme Sotravic en 2012, avec notamment la pertinence de contourner les procédures d’appel d’offres contre l’avis du Central Procurement Board. Par ailleurs, le contrat de contrôle et de surveillance aurait aussi été alloué à la société GIBBS par la CWA sans suivre les procédures d’appel d’offres.
Suite à la réception d’une lettre évoquant des interrogations sur l’allocation du contrat à la firme Sotravic en 2012 contre l’avis du Central Procurement Board, l’ICAC a demandé à la CWA de fournir des documents relatifs à l’allocation de ce contrat. Cette affaire remonte à février 2011. Dans le cadre d’un important projet de Design-Build/Turnkey and Operate de la Pailles Treatment Plant pour des travaux d’amélioration et de gestion de la station de traitement d’eau potable à Pailles, la CWA lance l’appel d’offres adressé à des firmes locales et étrangères avec la date de clôture fixée initialement au 26 avril 2011 puis repoussée au 17 mai de la même année. Le coût initial des travaux était estimé entre Rs 429 millions et Rs 450 millions. Entre le 23 mai et le 27 juillet, l’Evaluation Committee aura 17 réunions avec quatre consultants étrangers. Le 27 juillet 2011, le comité d’évaluation soumet son rapport et les offres d’OTV France/Rehm-Grinaker et de Sotravic Ltée/Berlinwasser International (lowest bidder) furent retenues et le Bid Evaluation Committee avait recommandé au Central Procurement Board l’ouverture des offres financières pour compléter l’exercice. Cependant le 5 décembre 2011, le Bid Evaluation Committee (BEC) conclut que les « estimates are above updated cost estimates » et recommande à la CWA de soit négocier soit procéder à un nouvel appel d’offres. Malgré tout, avec l’approbation du Central Procurement Board des négociations furent initiées avec la firme ayant soumis la cotation la moins élevée, soit Rs 600,7 millions. Le Negotiating Panel avait soumis ses recommandations le 1er mars 2012. Le 14 mars 2012, le CPB informe la CWA que « the negociated price was substancially above estimates cost. The board (CPB) considered that the bid did not represent value for money and did not approve the award of the contract ». Selon le Board, le bid price était 24,7 % au-dessus des estimated costs. Le 12 juin 2012, la firme Sotravic conteste la décision de la CWA de ne pas lui allouer le contrat et dans sa plainte indique que « the initial estimated of the contract made by the Public Body was wrong and do not reflect the works that is described in the requirements of the bid document ». Le 14 mars 2012, le CPB par le biais d’un communiqué informe le public que l’offre n’avait pas été retenue et un « notice of cancellation of the Public Procurement Proceedings » avait été émis le 1er juin 2012. Or la même année, le CWA décide d’aller de l’avant avec l’allocation du contrat à Sotravic sous l’emergency procurement, évoquant des besoins urgents de faires des travaux à la station des Pailles. L’allocation de ce tender sans passer par les procédures normales suscite plusieurs interrogations d’autant que le contrat de contrôle et de surveillance fut aussi alloué à la société GIBBS, partenaire d’affaires avec Sotravic, par la CWA sans suivre les procédures d’appel d’offres. Rappelons que Rashid Beebeejaun, alors ministre, avait défendu cette décision de la CWA à l’Assemblée nationale. Il avait dit avoir obtenu le feu vert du State Law Office.
D’autre part, le Conseil d’administration de la CWA se réunit cet après-midi pour nommer un consultant indépendant pour établir un rapport sur les fissures dans la station d’eau. Ce rapport sera soumis au conseil des ministres. Du côté de la CWA, les ingénieurs concernés s’interrogent sur le nom de la société qui a « designed » le projet, car Sotravic, disent-ils, pourrait avoir sous traité cette partie du contrat avec une firme consultante mauricienne, notamment la partie structurelle de la conception. « Il y a anguille sous roche dans cette affaire », a fait remarquer un ingénieur, soutenant que « se nou ki pou bizin asiz lor problem la kan station delo pou livre par kontrakter. CWA bizin asire ki ena bann garanti ki tou pou korek pou ki demin si Port-Louis pa gayn delo, sa pa tomb lor nu ».