La cour suprême a rendu hier matin un vibrant hommage à feu Robert Ahnee, un ancien juge décédé le lundi 7 juillet 2014. Il y a eu trois intervenants : le chef juge, Keshoe Parsad Matadeen, l’Attorney General, Satish Faugoo, et le porte-parole du barreau, sir Hamid Moollan QC.
Tous les trois ont, après avoir retracé la carrière du disparu, évoqué l’indépendance d’esprit avec laquelle l’ancien juge s’acquittait de sa tâche. A tel point qu’il était réputé pour avoir été le juge qui a rendu le plus grand nombre de dissenting judgements, qui étaient souvent retenus par une cour d’appel au détriment des jugements majoritaires.
Pour le chef juge, les traits de caractère que tout juriste retiendra de Robert Ahnee sont un juge ayant « une farouche indépendance d’esprit », un « juge rebelle » et même un « juge récalcitrant ». Tout cela dans la perception « of those who felt disturbed by the uncompromising attitude in insisting on true justice and in performing his duties as Judge in accordance with his constitutional oath that he would « do right to all manner of people after the laws and the usages of Mauritius without fear or favour, affection or ill-will » ».
Ceux ayant l’esprit moins conservateur, a ajouté le chef juge, verraient en Robert Ahnee un juge avant-gardiste ou un chevalier sans peur et sans reproche. Impulsif en cour comme en dehors, il a su faire prévaloir ses convictions. Par exemple, alors qu’il avait à présider une session d’assises dans la nouvelle République de Maurice, il n’a pas hésité à se présenter en cour sans la perruque traditionnelle, qu’il considérait comme étant un des vestiges de la colonisation. Depuis, d’ailleurs, la perruque a disparu du bench des assises.
Le chef juge a aussi parlé du départ prématuré de Robert Ahnee du judiciaire et ce qui a motivé cette décision. « What led Robert to resign as a Judge was probably a mixture of his refusal to compromise on his judicial independance and his impulsive reaction to what he considered unacceptable interference with his judicial function in the context of the separation of powers », souligne Keshoe Parsad Matadeen.
À la suite de son départ, ajoute-t-il en substance, « le workload qui était le mien en tant que Solicitor General m’a empêché de lui succéder et de remplir le vacuum que son départ a laissé ». « The one who was appointed to step into his office, if not his shoes, was none other than my learned brother Eddy Balancy, the present Senior Puisne Judge, who inherited not only some of his books, but also, I may add on a less solemn note, some of his character », fait ressortir le CJ.
« Great minds never die », déclare pour sa part l’Attorney General, Satish Faugoo. Il a parlé de l’affaire Megadama, celle qui a débouché sur le départ à la retraite prématuré de Robert Ahnee et de l’affaire Eddy Norton v/s PSC, dans laquelle son jugement a été déterminant pour les fonctionnaires. Après la cérémonie, Satish Faugoo a fait part au Mauricien de ses bonnes relations avec l’ancien juge du temps où lui, le ministre, travaillait au Parquet et, plus tard à la magistrature. Il a parlé de ces vendredis, quand il était Crown Counsel, où il avait appris que le lundi suivant, il avait un appel qui allait être pris devant Robert Ahnee en tant que juge : « C’était sûr que j’aurais à passer tout mon week-end à plancher sur le brief et à bouquiner dans les livres de droit. Car pour passer devant lui, il vous fallait être bien préparé », nous a dit Satish Faugoo.
De son côté, sir Hamid a évoqué quelques détails moins connus de la vie de Robert Ahnee, notamment sa brève incursion dans l’arène politique au tout début des années 60, donc peu après son retour à Maurice après avoir été reçu avocat en novembre 1961 au Middle Temple. Ou encore qu’il a déjà été propriétaire de chevaux au Champ de Mars. Sir Hamid a bien évidemment abordé les qualités de juriste du disparu.