« Comme ils se ressemblent» était le titre d’une de nos chroniques ici même, il y a quelques mois. C’était pour démontrer à quel point, dans la pratique du pouvoir, il n’y avait, en fait, aucune différence entre le PTr et le MSM. La présente campagne électorale vient conforter notre propos.
Prenons la pension de retraite universelle. La formule avait fait mouche en 2014. Alors dans l’opposition, l’alliance MSM/PMSD/ML avait annoncé que le montant de la pension passait de Rs 3,623 à Rs 5,000, un chiffre tout en rondeur qui avait une grosse valeur symbolique. Résultat, l’alliance dirigée par Sir Anerood Jugnauth a recueilli un fort pourcentage de votes des seniors.
Depuis que c’est devenu un fonds de commerce électoral apparemment payant, on essaie de nous rejouer la même partition à chaque veille d’élection. Pravind Jugnauth a profité de la célébration de la journée des personnes âgées le 1er octobre pour annoncer que la pension passera à Rs 13,500, sans dire que c’est le chiffre qu’il vise à atteindre à la fin d’un éventuel prochain mandat en 2024, ce qui représenterait un doublement du chiffre de Rs 6,710 prévu en janvier prochain avec l’application de l’augmentation de Rs 500 annoncée en juin dernier dans le Budget 2019/2020.
Les réactions à ce chiffre de Rs 13,500 ont été assez vives, surtout du côté du PTr, Navin Ramgoolam estimant que cette mesure est “un signe de panique.” Or, vendredi à Flacq, celui qui avait parlé de panique semble avoir lui aussi été frappé par la même crise. Il a, lui, promis de faire mieux. C’est la panique qui se neutralise un partout (1-1). Match nul dans tous les sens du terme.
Au lieu d’une augmentation qui est normalement payée en janvier, en même temps que la compensation salariale, il a, lui, annoncé qu’il passera en même temps que le père Noël et que le paiement d’une augmentation de la pension se fera en décembre 2019. Même s’il n’a avancé aucun chiffre.
À moins qu’il ait trouvé intéressant le chiffre de Rs 9,000 dès janvier 2020 évoqué par le PM adjoint, Ivan Collendavelloo, le week-end dernier, bien que cette annonce n’ait été confirmée ni par le PM ni par celui de la Sécurité sociale, Étienne Sinatambou qui doit avoir été bien plus préoccupé par son exit qu’autre chose.
Toujours est-il que, dans la guerre de la surenchère, on est capable d’annoncer n’importe quoi dans la perspective d’obtenir des voix. Mais ce qu’on ne nous dit pas, c’est que ces annonces ont un coût et qu’au final, c’est nous-mêmes qui allons payer ces bribes électoraux.
Lorsqu’il s’est agi de mettre en application le transport gratuit en 2005, cela a été suivi d’une politique d’austérité jamais vue depuis Sir Veerasamy Ringadoo. Avec des mesures anti-sociales dévastatrices comme la suppression de la distribution de pains aux écoliers et des subventions sur les frais d’examens.
Après avoir payé la pension à Rs 5,000 en 2015, le gouvernement MSM/PMSD/ML a augmenté un des items qui entrent dans la structure des prix du carburant, de Rs 1.20 à Rs 4.00 pour tous les usagers, du petit propriétaire de moto au grand patron pilotant sa Porsche à Rs 9 millions. Autant dire qu’il ne faut pas trop s’emballer à la première annonce électoraliste. Parce qu’à la fin, il y a toujours quelqu’un qui doit payer.
Au hit-parade des surenchères de campagne, on a également eu droit à un autre délire sur la sécurité. À Flacq toujours, vendredi, le leader de l’alliance PTr/PMSD/Parti Jean Claude Barbier, il a, cette fois, été question de l’enlèvement des caméras de surveillance installées dans le cadre de la mise en opération du projet Safe City.
L’annonce a eu un tel accueil négatif et provoqué une telle exaspération que le président rouge Patrick Assirvaden a dû, hier, monter au créneau pour préciser que ce ne sont pas toutes les caméras qui seront enlevées mais celles qui se trouvent à proximité des habitations résidentielles.
Si le leader des rouges voulait jauger de la force de dissuasion des caméras de surveillance, il aurait pu le vérifier auprès de Xavier Duval qui, lui, n’avait pas hésité à installer quelques caméras factices sur l’autoroute à hauteur de la passerelle de Roche Bois juste parce quelques plants de palmistes avaient été volés.
Si au moins, Navin Ramgoolam avait dit qu’il y aurait un audit complet ou une enquête totalement indépendante sur le budget de Rs 19 milliards englouti par ce projet de Safe City et que le positionnement des caméras serait revu, ça au moins, on l’aurait compris.
Il y a, dans toute cette situation, en même temps, une cruelle ironie. Hier, c’était Pravind Jugnauth qui se mettait en première ligne pour dénoncer les cartes biométriques au coût de Rs 1,4 milliards parce que cela posait un problème de sécurité des données personnelles de ses détenteurs. Aujourd’hui, c’est au tour de Navin Ramgoolam de s’opposer aux caméras.
Ces caméras sont, certes, très envahissantes, mais ces diatribes de circonstance en disent surtout long sur les postures qu’adoptent certains dirigeants politiques, selon qu’ils soient aujourd’hui au gouvernement ou demain dans l’opposition. Là aussi, l’électeur a intérêt à démêler le vrai du faux, à distinguer entre l’argument opportuniste de campagne et la réalité des faits.
La campagne va connaître une nouvelle étape avec la publication de la liste des candidats. Au MMM, c’est ce matin que seront approuvés les membres de son équipée suivant un exercice, il faut le reconnaître, très tranquille et qui a respecté toutes les étapes prévues par ses statuts.
Au MSM, cela se fait non sans heurts avec Sudhir Sesungkur jouant les contestataires. Il ne reste que celle de l’alliance PTr/PMSD/Parti Jean-Claude Barbier à être officialisée. Là aussi, cela ne s’annonce pas de tout repos. Vivement les listes pour la comparaison et le choix!

Josie Lebrasse