Transmettre sur la toile ses émotions d’artiste peintre mais aussi celles d’un père pour exorciser un passé laissé en sursis. C’est en quelques lignes la trame de ce court-métrage de Krishna Luchoomun. Papan Kulta, traduisez le chouchou de papa, est une histoire autobiographique. Ce rôle à l’écran, le réalisateur se l’est approprié pour l’avoir lui-même vécu. Celui d’un père déchiré qui plonge dans les insondables profondeurs de ses tourments. Un homme rongé par le remords et qui se remémore son passé lointain. Ce temps où il était étudiant dans un pays nordique. Et surtout sa fille qu’il a laissée derrière lui en regagnant son pays natal. La peinture devient dans le film de Krishna Luchoomun comme une quête, une thérapie…
Le regard du père artiste est profond, parfois douloureux. À travers son art, il entraîne le spectateur dans les tourbillons vertigineux d’une histoire filiale construite comme un puzzle. Son pinceau fait le va et vient sur la toile comme pour s’imprégner de ses émotions. À une couleur s’ajoute une autre, comme le rouge qui représente les émotions fortes, un éclat rougeoyant de vie, le bleu le mystère, l’évasion, la légèreté, et cette autre couleur comme pour évoquer une nouvelle vie. Il a du mal à tirer un trait sur son passé. Il ose exprimer ses désirs, sa joie, sa colère.
Au fur et à mesure que l’oeuvre se compose, des images de la séparation d’avec sa fille le hantent. Une trame construite comme des poupées russes, bien plus profonde qu’elle n’en a l’air surtout avec cette réalisation mixant images réelles et film d’animation montrant des scènes liées à l’enfance. Rien de pesant, tout est fait en subtilité afin de bien restituer l’état d’âme de ce père en proie à la souffrance… Krishna Luchoomun fait un clin d’oeil rapide aux modes de communication modernes pour bien faire ressortir cette relation à distance, une manière de dire qu’aucune technologie ne saurait remplacer une vraie relation humaine. Une oeuvre qui porte aussi sur la réflexion, quand ce père commence à s’interroger sur la manière dont sa fille l’accueillera. Lui reprochera-t-elle de l’avoir abandonnée ? Lui donnera-t-elle une seconde chance ?