L’île Maurice aura l’insigne honneur d’accueillir lundi le pape François, une des figures les plus respectées dans le monde. Le souverain pontife a choisi Maurice dans le cadre de son premier pèlerinage en Afrique australe et dans l’océan Indien. Les trois pays choisis ont chacun leur histoire et leur identité propres. Le Mozambique, ex-colonie portugaise, qui a pendant longtemps été déchiré par la guerre civile, reprend graduellement le chemin du développement économique. Madagascar a pendant longtemps été marquée par l’instabilité et retrouve graduellement la stabilité politique et se prépare à relever le défi du développement économique et de la lutte contre la pauvreté. Finalement, Maurice qui a connu un progrès considérable depuis son accession à l’indépendance en 1968 et qui continue sa lutte pour compléter son indépendance et exercer son droit de souveraineté sur l’archipel des Chagos, détaché illégalement de Maurice par les Britanniques après que ces derniers ont expulsé les Chagossiens.

Maurice se présentera en l’espace d’une journée comme la capitale spirituelle des îles de la région avec une forte présence dans le pays des pèlerins venus de La Réunion, des Seychelles et des Comores pour voir le pape et assister à la cérémonie eucharistique à Marie Reine de la Paix.

Maurice est loin d’être inconnue pour le pape François. Il a reçu à plusieurs reprises des Mauriciens, à Rome ou au synode des jeunes en Argentine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il a choisi l’évêque de Port-Louis, Maurice Piat, pour faire partie du sacré collège des cardinaux.

Dans son message adressé au peuple mauricien cette semaine, il a fait référence au vivre ensemble mauricien. « Ce sera une joie pour moi d’annoncer l’Évangile au milieu de votre peuple, qui se distingue pour s’être formé par la rencontre de différentes ethnies, et qui bénéficie donc de la richesse de diverses traditions », a-t-il dit.

En effet, c’est tout le peuple mauricien qui, à travers le gouvernement et le diocèse de Port-Louis, a préparé minutieusement sa visite durant plusieurs semaines et c’est toute la population mauricienne dans sa diversité culturelle et religieuse qui l’accueillera lundi. « Ce ne sera pas une visite du pape François aux catholiques mais au peuple mauricien dans toute sa diversité religieuse », a fait comprendre le cardinal Maurice Piat dès l’annonce de la visite papale alors que le Premier ministre Pravind Jugnauth avait estimé que « le pape sera très content de constater le succès de Maurice tant sur le plan économique et social mais également comme un vrai modèle de pluralisme. Notre diversité culturelle ne nous a jamais empêchés de créer un environnement favorisant le dialogue, la compréhension et la paix ». Il ne serait pas étonnant que le pape établisse un parallèle entre Maurice et les pays déchirés par la xénophobie comme l’Afrique du Sud en ce moment.

La visite du pape donnera, de plus, un éclat particulier à la célébration de la fête du Père Laval. Il est considéré comme l’apôtre des Noirs pour avoir donné de la dignité aux affranchis face à l’intolérance des esclavagistes et des colonisateurs britanniques. Aujourd’hui, 155 ans après sa mort, il est connu comme l’apôtre de l’unité mauricienne car il rassemble les Mauriciens de toutes les cultures et de toutes les religions. Les paroles du pape au sujet du Bienheureux Père Laval sont attendues avec beaucoup d’intérêt.
Tout laisse croire que la visite du pape François fera date dans l’histoire du pays sur tous les plans, que ce soit religieux ou social. Plusieurs dizaines de milliers de personnes sont attendues à Marie Reine de la Paix. Nous sommes heureux de constater que des centaines de places ont été réservées aux invités. Beaucoup de journalistes ne comprennent pas toutefois pourquoi n’avoir pas prévu une dizaine ou une quinzaine de places, sinon pour eux, du moins pour des rédacteurs en chef parmi les invités du gouvernement et du diocèse.

Durant la visite du pape Jean-Paul ll, les rédacteurs en chef avaient été invités. Ils ont, d’ailleurs, eu l’honneur de saluer le pape à l’aéroport à son arrivée. Plusieurs en ont gardé des photos en souvenir. Pourquoi ne les avoir pas invités cette fois ?

Jean Marc POCHÉ