FRED DUFOUR/AFP

Le Jeudi saint a été passé en famille et dans la prière en raison du confinement. Cela a été aussi le cas pour le Vendredi saint pour de nombreuses familles de foi chrétienne, qui célébreront la fête de Pâques ce dimanche. Une célébration qui se fera différemment cette année en raison du Covid-19, qui fait des ravages à travers le monde. Avec pour tous un seul souhait : que cette maladie disparaisse au plus vite !

Fidèle dans sa marche avec Jésus, Suzy L’indifferente, qui habite à Amitié, petit village situé à Rivière-du-Rempart, est en plein préparatif pour la fête. Mais les jours précédant le grand jour sont tout aussi importants pour elle. Accompagnée des membres de sa famille, elle s’adonne au nettoyage pour que chaque jour soit célébré dans un environnement sain. « Nos préparatifs se tiennent en confinement », dit-elle. Pour le Jeudi saint, elle dit avoir suivi la messe à la télévision. « Ce jour est très important, car il marque le jour où Jésus a pris son dernier repas avec ses disciples. Nous prenons l’eucharistie chez nous », explique cette mère de famille.

Son plus grand regret reste cependant de ne pas pouvoir prendre l’eucharistie avec les autres membres de l’église. « C’est dans l’eucharistie que nous puisons notre force », ajoute-t-elle. Aussi, pour ne pas déroger à la règle, elle a fait des gestes avec les membres de sa famille, comme de laver les pieds de chacun, ainsi que l’avait fait Jésus avant qu’il ne soit mis à mort. Selon les évangiles, dit-elle, avant que Jésus ne soit vendu par son disciple, il était monté sur une montagne pour prier avec ses disciples, mais après une heure, ces derniers avaient pris sommeil, le laissant ainsi seul. « Jésus a combattu seul et c’est à nous d’essayer faire ce qu’Il a fait. De ce fait, nous adorons à la maison et nous lisons les évangiles ».

Suzy L’indifferente
et sa famille

Tout comme jeudi, le vendredi de la Semaine sainte est également spécial pour sa famille et elle. D’ordinaire, le Vendredi saint est lui aussi célébré à l’église. Problème : aucune messe n’a été prévue cette année pour marquer la mort de Jésus sur la croix. Aussi, pour célébrer ce jour comme il se doit, c’est à la maison que les prières ont été dites et les cantiques chantés en louanges à Jésus. Fort heureusement, tous ont pu suivre les émissions qui ont été transmises à la télévision vendredi.

La veillée pascale hier a été également célébrée en confinement. « Nous avons imité les rites qui sont faits d’ordinaire ce jour-là à l’église», dit-elle. Suzy L’Indifferente se rappelle que pour le jour des Rameaux, elle avait déjà utilisé une bougie au lieu d’un palmier. Ainsi, pour ce samedi, « tout a été fait en famille », car il s’agit d’un moment très fort pour les chrétiens et les catholiques.

« La guérison intérieure et la paix pour tous »

Viendra ensuite dimanche, jour de la grande célébration, et qui marque la résurrection de Jésus. Un jour « extraordinaire » pour Suzy L’Indifferente, qui peine à décrire ce qui, dit-elle, s’est passé ce jour-là dans le tombeau. « En ces temps de confinement, ce jour Pâques prend une autre dimension. Nous vivons dans un moment où une maladie a envahi le monde. Notre souhait est que la résurrection du Christ apporte la guérison intérieure et la paix à tous », dit-elle.

Pâques, cette année, selon Suzy, « ne doit pas être célébré à la légère, car nous vivons un moment difficile ». Malgré le confinement, elle prévoit de célébrer cette fête religieuse avec sa famille, autour d’un repas simple, qu’elle préparera. Elle compte également suivre la messe à la télévision le matin. Son souhait : « Profiter de Pâques pour tourner les yeux vers Christ et ne pas s’attacher aux richesses de la terre, qui n’ont aucune importance, car elles pourrissent vite. »

Mère de famille, fervente croyante, Marie-Josée Purhooa s’occupe, elle aussi des préparatifs pour la fête de Pâques, qu’elle célébrera avec sa famille ce dimanche confinée chez elle. Elle avait préparé un espace où elle a placé sa Bible et d’autres objets religieux pour la Semaine sainte. « Nous faisons notre Chemin de croix en famille tous les jours. Après ce rituel, nous disons le chapelet ensemble », souligne-t-elle.

Le confinement, ajoute Marie-Josée Purhooa, a permis à sa famille de prendre la décision de rester ensemble pour les rituels, qu’ils observaient les années précédentes le plus souvent séparément. « Auparavant, nous n’avions pas ce temps, même en période de carême », dit-elle. Pour le Jeudi saint, elle a fait sa prière en famille et chaque membre a lavé les pieds de chacun. Comme les autres membres de la famille, elle a suivi la messe à la maison. Même chose pour le Vendredi saint. Marie-Josée a débuté sa journée en prière et, à 15 heures, a fait son « Chemin de croix ». Et hier, samedi saint, comme il n’y a pas de messe, elle a suivi la célébration à la télévision, sans oublier bien entendu d’embrasser les pieds de Jésus.

C’est après minuit qu’elle rompra le jeûne avec sa famille. Mais Marie-Josée Purhooa soutient que le confinement a aussi apporté un « plus » dans sa vie. « Ce confinement a permis à ma famille de prier ensemble. Les enfants respectent l’heure que nous avons décidée pour le Chemin de croix. Nous mangeons aussi en famille. C’est un grand cadeau pour moi », dit-elle. Le seul regret pour cette dernière, c’est l’eucharistie. Étant donné que Pâques est célébré dans une ambiance particulière cette année, elle formule le souhait « que les pauvres soient considérés par les dirigeants du pays », et que le Covid-19 « soit quelque chose du passé le plus rapidement possible ».

« Rappeler à tout homme qu’ici-bas, tout le monde est égal devant l’ennemi             invisible»

Maggie-Rose Lamalétie

Pour Maggie-Rose Lamalétie, cette fête de Pâques est particulièrement différente cette année, en cela que personne n’a pu se rendre à la messe. Cette coordinatrice dans une école privée à Maurice trouve néanmoins que le bon côté du confinement, lui permet de se rapprocher « plus de Dieu, en lisant les paroles bibliques ». Elle poursuit : « Plus je lis, plus j’ai envie de partager humblement ma croyance avec les autres sur les réseaux. Avec le confinement, tout chrétien prend conscience que la foi ne se résume pas seulement à aller à la messe, aux 40 heures, d’observer le carême comme il se doit, partager des prières et des images de saints, mais qu’il faut prier pour les pauvres, les plus vulnérables, les vieux, ceux qui vivent seuls, ceux qui ont des enfants en bas âge et ceux qui sont sans ressources pour une raison ou une autre », dit-elle. Ayant déjà visité Israël dans le passé, elle avance que chaque Semaine sainte la ramène à de lointains souvenirs vécus dans ce pays. Mais cette Semaine sainte est quand même un peu différente des autres. Ce qui lui a manqué, c’est le contact direct avec les autres pendant la messe du Jeudi saint. Pour demain, Maggie-Rose Lamalétie prévoit un déjeuner pascal. Son souhait pour Pâques : « Rappeler à tout homme qu’ici-bas, malgré les grandes inventions et découvertes, les diplômes et la richesse, tout le monde est égal devant l’ennemi invisible. »

Tout comme nos intervenantes, Yves Alexis, qui habite Cascavelle, est un fidèle de la paroisse Saint-Sauveur de Bambous. Il a fait ses Pâques chez lui. « Pâques n’est plus célébré comme autrefois. Tout a changé », dit-il. Et pas seulement en raison du confinement de cette année, mais parce qu’autrefois, « tout le monde était joyeux ». Le coeur lui serre de « constater cette tristesse qui règne sur la planète » en ce moment. « Nous vivons un moment de grande tristesse. Mon souhait est de voir la disparition de cette maladie et que le sourire revienne sur les visages », dit-il.

Cette semaine sainte, Yves Alexis compte la passer en famille. Jeudi, il a effectué le lavement des pieds chez lui, « pour reconnaître la présence du Christ » dans sa famille, dit-il. Même si aucune messe n’était prévue à l’église en cette période de confinement, il demande aux chrétiens de « ne pas se sentir seuls » et de « toujours sentir la présence du Christ en eux ».