C’est en live, à la belle étoile, que les sept membres d’Etae ont enregistré Parfin ou Loder, album qui sera lancé le 25 mai. Une symphonie qui ne répond à aucune règle scolaire pour laisser entendre une musique naturelle jouée d’instinct et qui se présente en une belle mosaïque rythmée par différentes influences.
C’était vers la fin de mars. Une de ces soirées que l’on devine étoilée du côté de Pointe aux Sables. Plus de vrombissement de moteurs d’autobus, plus d’aboiements. Le voisinage s’était enfin tu. Instruments et matériel réglés, réunis dans la cour de la maison qu’ils allaient occuper durant les jours que durerait le projet, les musiciens, les chanteurs et l’ingénieur attendaient le signal.
À 21h ou un peu plus tard, dans le relatif silence des bruits de la nuit pour ambiance, le moment était opportun pour que le guitariste lance l’intro de Miriel, le premier des dix titres de l’album dont le groupe s’apprêtait à commencer l’enregistrement…
Mais il y eut cette soudaine pétarade. Quelqu’un, quelque part, avait choisi cet instant précis pour allumer la mèche d’un paquet de pétards, donnant lieu à une explosion festive. “Nous avons été obligés de nous arrêter et d’attendre que ça se termine”, se rappelle Yannick Durhône (batterie/percussion). Quelques secondes à patienter : l’attente avait dû être longue, sous les branches du grand arbre que Philippe de Magnée et les membres d’Etae avaient converti en studio ouvert.
Aujourd’hui, plus personne ne regrette ce mauvais souvenir. Plutôt trouver un certain symbolisme à l’anecdote et dire en riant que l’enregistrement de l’album Parfin ou Loder avait été accueilli par des pétarades, synonymes de bons augures. Elles avaient aussi rappelé à l’équipe qu’il fallait bel et bien s’attendre à tout lorsque l’on décide d’enregistrer en live, la nuit, à la belle étoile…
Au clair de la lune.
Serait-ce l’éclat de la lune, la brise fraîche de la mer à la nuit tombée, le bruissement des feuilles ou l’obstination de l’équipe à vouloir faire les choses avec authenticité ? Ou serait-ce simplement l’amalgame de tout cela qui fait la particularité de l’album qui sera lancé dans un peu plus d’une semaine ? Écoutez Parfin ou Loder et vous le comprendrez. Déjà, le choix d’un enregistrement live en plein air confère une ambiance sincère et singulière à l’album, loin des cadres épurés et cliniques des studios. “Nous voulions d’une ambiance live qui ne soit pas trop mécanique”, soulignent les membres du groupe. Car la recherche de la perfection en studio “fer ki bann zafer vinn parfwa tro parfe, tro kare-kare ! Nou ti anvi enn zafer pli vivan kot ena enn vre lanbians.”
Exil.
Fallait-il encore trouver l’oiseau rare qui accompagnerait Etae dans une telle aventure. Ce n’était pas particulièrement pour cette raison que Gilbert Bastien (guitare rythmique) avait convié l’ingénieur Philippe de Magnée à rencontrer le groupe. Lorsque ce dernier est venu, “le courant est aussitôt passé entre nous. Il a compris l’esprit dans lequel nous nous étions engagés”, se rappelle la formation. Après avoir découvert la musique d’Etae, l’ingénieur qui avait enregistré Bam Cuttayen, Latanier, Abaim, etc. en live voulut bien s’engager dans un nouveau défi fou et accepta d’apporter sa participation au projet d’album.
C’est ensemble qu’ils décidèrent de l’exil de Pointe aux Sables, qui eut lieu en mars et avril. L’album a été enregistré de nuit, généralement à partir de 22h, en une dizaine de jours, durant lesquels l’équipe a vécu sur place, ensemble, dans un même état d’esprit.
Senteurs.
Parfin ou Loder est le fruit de cette étroite complicité. Composés par Stéphan Gua (guitare/voix), les titres de l’album ont été enregistrés dans le respect des identités de chaque membre. Au lieu du reformatage général de ses musiciens – dont Lurvin Lecoquin (basse) et Ashish Appadoo (guitare solo) – et choristes (Marie-Michelle Perrine et Véronique Durhône), Etae a préféré la libre expression.
Une fois la base présentée, il revenait à chacun de l’habiller selon ses influences et son feeling. “En même temps, nous voulions que cela se fasse dan enn lespri kas poz kot sakenn santi li a lez.” Le djembé de Jean-Claude Emilien et le cuivre de Ludovic Matombé avaient été invités à rejoindre le groupe sur certains titres dans ces mêmes conditions. Marclaine Antoine et Diana Bablee apparaissent aussi sur l’album. Tout s’est fait naturellement : “Chacun a accompagné les textes de Stephan comme il le ressentait, avec naturel et sincérité. Kan dimoun pou tann son la, zot pou trouve kouma li zoli.”
Influences.
N’y voyez aucune arrogance, mais plutôt la fierté qui découle de la satisfaction d’un beau travail réussi qui saura plaire. Parce que la musique d’Etae, en sus d’être originale, est belle. Riche, tout en rythmes, elle puise ses influences des composantes variées de la musique mauricienne, qu’elle réinvente au passage, ou plutôt, à qui elle accroche d’autres couleurs. Etae mise peu sur les effets et le superflu sonores pour un son de base présenté avec une poésie naturelle s’adressant aux sens. Etae n’a pas un genre musical défini, précisent ses membres. Il emprunte des airs des différents courants pour s’inventer : “Nous ne jouons pas un style. Nous jouons simplement de la musique.”
Sapin.
Constitué il y a quelques années par le duo qu’avaient formé Stephan Gua et Yannick Durhône pour des live au resto-pub Le Sapin (Camp Levieux), Etae a évolué en fonction des courants qu’il a croisés. Plusieurs musiciens de divers horizons musicaux sont montés sur la plate-forme. Certains sont repartis, d’autres sont restés. Le groupe a grandi de ses différentes influences, sans jamais se figer. L’identité musicale d’Etae s’est forgée à travers les nombreuses prestations live qu’il a données dans différents endroits.
Photo.
Si Etae se décidait à travailler sur un deuxième album, “il ne pourrait jamais ressembler au premier parce que notre musique aura évolué”, précisent ses membres.
Parfin ou Loder est la photographie musicale du groupe tel qu’il se présente maintenant. C’est Marclaine Antoine qui avait encouragé ses membres à entrer en studio pour, avant tout, immortaliser un brin de l’instant présent. Stephan Gua avait, de son côté, déjà écrit quelques textes : “Pas forcément pour un album. Néanmoins, nous nous sommes laissé convaincre de procéder à un enregistrement.”
Dessins.
D’un côté, un rouleau de papier toilette; de l’autre, une rose; au milieu, un flacon design : Parfin ou Loder ? Aux auditeurs d’en décider. Neuf titres et un bonus : Etae évoque différents sujets, parle de choses positives et négatives, sans venir faire la morale ou se laisser aller au pessimisme. Une simple image de la vie offerte par des mots simples liés en phrases profondes. Pour la pochette, la traduction des textes a été réalisée par Shenaz Patel. Le projet est aussi accompagné des dessins d’Evan Sohun et des créations graphiques de Patrice Offman.
Lancement.
“Il vous est conseillé d’être attentifs aux mouvements du groupe pour éviter toute surprise qui pourrait vous laisser des séquelles irréversibles puisqu’il est parti pour durer”, écrit Etae dans sa présentation. Si les cadres commercial et culturel sont austères, le groupe confirme que la mise sur pied d’un projet artistique dépend beaucoup de la volonté de ses protagonistes.
Parfin ou Loder a été partiellement financé par des sponsors, qui ont acheté l’album avant même sa sortie. Les dépenses ont été minimisées à travers la méthode choisie pour l’enregistrement, mais les membres du groupe sont restés soucieux de la qualité. L’album a ainsi été pressé au lieu d’être gravé, et tout un travail a été effectué pour sa présentation.
Parfin ou Loder sera présenté à ses sponsors et à la presse avant la soirée de lancement ouverte au public et prévue le 25 mai au Sapin.