C’est à une fin de partie animée que l’on assiste à l’Assemblée nationale. Les débats sur le budget ont, comme les années précédentes, donné lieu à quelques belles joutes verbales, certes, sans véritable intérêt pour le grand public surtout s’il n’a que le choix de la source trafiquée de la MBC pour se renseigner. Ces débats connaissent toutefois une fin controversée qui a culminé vendredi avec le walk-out effectué par les membres de l’opposition qui protestaient ainsi contre la décision du gouvernement d’aligner quatre de ses élus comme derniers intervenants.
Les choses ont dégénéré vendredi lorsque la liste des intervenants a été circulée par le whip du gouvernement, le Dr Rihun Hawoldar. Elle laissait entrevoir qu’après l’intervention de Pravind Jugnauth, quatre intervenants allaient clôturer les débats, Arvin Boolell, Anil Baichoo, Rashid Beebeejaun et Navin Ramgoolam, ce qui n’a pas été du goût de l’opposition qui, par le biais des députés Alan Ganoo et Pravind Jugnauth, ont recherché l’arbitrage du Speaker, qui, selon eux et en vertu de la section 77 des Standing Orders, est le seul à décider de l’agencement et du bon déroulement des travaux.
Razack Peeroo a refusé d’arbitrer et a renvoyé le problème devant les whips respectifs du gouvernement et de l’opposition, le Dr Hawoldar et Rajesh Bhagwan. Ces deux derniers ont bien tenté de discuter mais le whip du gouvernement devait finalement faire comprendre à son interlocuteur que c’est le Premier ministre qui en avait décidé ainsi.
Alan Ganoo et Rajesh Bhagwan ont profité de la sortie du Premier ministre de l’hémicycle pour aborder la question avec lui mais il leur a fait comprendre qu’il n’accepterait que le leader de l’opposition Paul Béranger — qui, comme l’année dernière, a choisi de ne pas intervenir sur le budget — ou Alan Ganoo, qui a occupé ce poste pendant la première partie des travaux pour 2013 comme derniers orateurs de l’opposition avant sa propre intervention.
«Sans précédent»
Les députés du MMM ont fait valoir que c’est à l’opposition de désigner son dernier intervenant et ont même suggéré que Pravind Jugnauth commente le budget 2014 avant le Dr Beebeejaun tandis que le Leader of the House a dit qu’il y réfléchirait. Mais, et le whip et les membres du gouvernement, dont Anil Baichoo, devaient laisser entendre que le Premier ministre ne reviendrait pas sur sa décision.
C’est alors que l’opposition s’est retirée et que Alan Ganoo a convoqué la presse pour déplorer cet état de choses alors même que jusque-là les débats se sont déroulés de manière correcte. Rappelant que les orateurs du gouvernement comme de l’opposition interviennent en alternance, comme le veulent les conventions parlementaires, le député du MMM a dit que c’est «sans précédent» qu’un gouvernement classe quatre de ses orateurs en fin de débats. C’est contraire aux conventions qui, de tout temps, ont été respectées, a dénoncé Alan Ganoo.
Si la tradition veut que le Premier ministre interviennent avant le summing-up du ministre des Finances, il ne peut pas pour autant imposer son choix concernant les orateurs le précédant, a fait valoir le député.
Il a profité pour rappeler que c’est Kee Chong Li Kwong Wing qui avait été le dernier orateur de l’opposition en 2010 avant que le Premier ministre ne fasse ses commentaires et, qu’en 2011, c’est bien Pravind Jugnauth qui était intervenu en dernier pour l’opposition juste avant que Navin Ramgoolam ne se mette debout pour donner son opinion sur le budget. Alan Ganoo a aussi déploré que le Speaker a refusé de régler ce litige et faire modifier la liste des intervenants.
C’est Patrick Assirvaden que la majorité a envoyé au front pour donner la réplique à Alan Ganoo. Entouré de Sheila Bappoo, d’Abdullah Hossen et de Rihun Hawoldar, il a soutenu que tout comme dans le gouvernement il y a une hiérarchie au sein de l’opposition et qu’en l’absence du leader en titre c’est son Deputy Leader qui le remplace.
Il a rappelé que le Premier ministre était d’accord pour accepter qu’Alan Ganoo soit le dernier orateur de l’opposition et il a soutenu qu’il y a eu «des pressions du MSM» pour imposer Pravind Jugnauth comme dernier orateur, ce qui s’apparente, selon lui, à une «perversion des conventions établies par l’opposition».
Politique à souhait, Patrick Assirvaden a dit que «si le MMM veut faire passer les caprices d’un clan familial, c’est son affaire. Nous, nous avons le sens de l’État».  C’est un dossier qui est loin d’être clos. Il risque d’empoisonner les prochaines séances.