Non, ce n’est pas « Le salaire de la peur », film de Henri-Georges Clouzot, c’est plutôt le salaire de la stupeur, ce que perçoit Gérard Sanspeur:Rs 476 500 par mois. C’est le total des allocations que touche ce pilier du clan Jugnauth qui a été un temps conseiller bénévole du ministre des Finances, probablement pendant qu’il conseillait aussi le Mozambique contre une allocation de Rs 500 000 avant de devenir, le 23 janvier, le Senior Adviser rémunéré du Premier ministre. Détaillant les différentes affectations de Gérard Sanspeur, comme le lui a demandé Rajesh Bhagwan, Pravind Jugnauth a révélé que son conseiller perçoit Rs 122 000 + Rs 50 000 d’extra duty allowance + Rs 7 500 d’entertainment allowance par mois + 5 % de ses salaires annuels comme allocation de voyages + deux mois de salaires de gratuity + Rs 70 000 comme président du Board of Investment + Rs 70 000 comme chairman de Landscope + Rs 60 000 comme président des compagnies subsidiaires de Landscope, Cyber Properties Investment, Informatics Park, et de Freeport Services + Rs  25 000 en tant que directeur de Mauritius Multi-Sports Infrastructure Ltd + Rs 70 000 comme président de la Financial Services Promotion Agency + Rs 2 000 pour chaque participation au TEC board dont il est un membre. L’addition est salée pour le contribuable, mais du pur sucre pour lui, puisque cela donne un total de Rs 476 500 par mois.
« Je suis troublé ». Telle a été la réaction de Rajesh Bhagwan après le rappel de toutes les fonctions rémunérées occupées par Gérard Sanspeur et qui, selon ses calculs, avoisineraient le demi-million de roupies par mois. A la question de savoir si le « super conseiller » est toujours un conseiller du gouvernement du Mozambique, le Premier ministre a indiqué qu’il l’était jusqu’à récemment et qu’il touchait Rs 500 000 par mois.
Offusqué d’entendre Aadil Ammer Meea demander si ces Rs 500 000 sont « mensuelles, par mois ? » ; Pravind Jugnauth : « Of course, par mois ! What does the Member think ? » Prenant le relais, le leader de l’opposition dira que le Premier ministre a omis de dire que Gérard Sanspeur utilise une voiture avec chauffeur, une BMW du BOI de couleur argent. A Rajesh Bhagwan qui voulait, lui, savoir si le conseiller n’utilisait pas aussi une Audi Q5 ou une Audi Q6, le chef du gouvernement a répliqué qu’il peut aussi donner la couleur, le numéro de la plaque minéralogique pour que le député puisse vérifier.
Rajesh Bhagwan avait aussi réclamé la liste des voyages effectués par Gérard Sanspeur. Cette partie de la réponse du Premier ministre, circulée, fait voir que le conseiller a, depuis juin 2015, fait quatre déplacements pour le compte du BOI qui ont coûté Rs 700 000, une mission à Istambul (Rs 140000) à La Réunion (Rs 78 000), un voyage à Milan (Rs 234 000), à Dakar et à Paris (Rs 237000). Total en moins de deux ans Rs 1,7 millions.
Niveau de corruption élevé
La question sur SMS Pariaz a été un moment de tension entre Rajesh Bhagwan, encore et toujours, et Pravind Jugnauth qui n’a pas du tout apprécié que le député parle de « prête-noms » et du fait que l’actuel président de la Gambling Regulatory Authority, Raouf Gulbul, avait aussi été l’avocat de cette compagnie dans un cas  en Cour suprême.
Les allégations du député mauve n’ont pas du tout plu au Premier ministre qui a alors fait une nouvelle allusion à Ajay Gunness et à l’incident qui s’était produit au poste de police de Flic-en-Flac dans la nuit du 15 au 16 avril. « Al guet Ajay Gunness ! », devait-il lancer à Rajesh Bhagwan qui a continué à dénoncer les abus des protégés du régime: « Eta aller ! Alle protez soulard pou condire loto ! Pas honté ! » Les réactions sur les bancs du MMM étaient, cette fois, bien plus réservées.
La séance avait démarré tambour battant avec la PNQ de Xavier Duval sur l’introduction des textes sur le financement des partis politiques, sur la déclaration du patrimoine des élus et autres hommes publics, sur une loi anti-transfuge et sur le Freedom of Information Bill.
Cette tranche a été une nouvelle fois marquée par de vifs échanges entre anciens partenaires du gouvernement, le leader de l’opposition profitant pour dire que le niveau de la corruption n’a jamais été aussi élevé et il a demandé que l’immunité soit retirée à la présidence de la République afin que la présidente, elle aussi, puisse répondre de ses actes. La réponse du Premier ministre est revenue comme un leitmotiv : les sujets sont complexes, on y travaille.
Comme les chiffres sont très à la mode depuis la rentrée, on aura appris, suite à une question de Rajesh Bhagwan à Nando Bodha, que la cérémonie de lancement du Métro Express a coûté Rs 7,5 millions. Par contre, c’est le même député qui, déçu du refus du ministre par intérim des Technologies de l’Information, Sudhir Sesungkur, de révéler les salaires d’un autre membre essentiel du clan Jugnauth, Sherry Singh, à la tête de Mauritius Telecom, qui va de son proptre chef balancer des chiffres comme le bonus de Rs 2 millions qu’il aurait touché alors que son salaire mensuel, lui, avoisinerait Rs 1 million.
La coïncidence a aussi voulu que les détails de la question de Reza Uteem sur l’achat de voitures hors-taxes pour les ministres au coût de près de Rs 60 millions aient été déposés ce mardi. En sus de la 5972 CC de la BMW 760 de Rs 19 millions pour le PM, il y a la Mercedes Class S de Xavier Duval, Rs 5,3 millions ; l’Audi 6 Quatro d’Ivan Collendavelloo, Rs 3,5 millions ; la BMW de Shawkatally Soodhun Rs 3, 5 millions. Pour les autres ministres, une BMW Gran Tourismo à Rs 2,5 millions pour Vishnu Lutchmeeneraidoo ; une BMW X5 pour Aurore Perraud, Rs 2,5 millions ; une Audi A 8 Quatro pour Roshi Bhadain, Rs 2,5 millions; une BMW 535 à Rs 2,5 millions pour Nando Bodha; une BMW X5 pour Prem Koonjoo, Rs 2,5 millions ; une BMW 530 pour Yogida Sawmynaden ; Rs 2, 5 millions ; même modèle et même prix pour Sunil Bholah ; une BMW X5 Drive à Rs 2,5 millions pour Pradeep Roopun ; une BMW 530 à Rs 2,5 millions pour Anwar Husnoo et des BMW 640 à Rs 2,5 millions pour Ashit Gungah et Mahen Seeruttun.
Ont aussi marqué la séance de mardi dernier les débats sur les deux motions d’Alan Ganoo réclamant l’annulation des nouveaux prix du carburant et de Patrice Armance, celle d’exclure le Métro Express des obligations d’un EIA. Après de nombreuses interventions des deux côtés de la Chambre dont celle, très bien documentée du président du Mouvement patriotique, les deux motions ont été rejetées par la majorité.