Ça ressemble à de l’évitement systématique. Après la longue pause entre le 16 mai et le 8 juin sous prétexte qu’il y avait un budget en préparation, revoilà un autre renvoi au 30 juin qui confirme que le gouvernement veut avant tout faire l’impasse sur les séances des questions du mardi. Le prochain rendez-vous est donc fixé à vendredi prochain, avec un agenda des plus dépouillés. Et gageons qu’à l’issue de cette séance, ce sera un autre long renvoi au motif que les services du ministère des Finances seront trop occupés à préparer cette fois le Finance Bill.
En sus de l’adoption du budget 2017-18 en troisième lecture, il y aura à la séance du 30 juin, des débats sur l’Extradition Bill, présenté en première lecture depuis près de deux mois par l’Attorney General Ravi Yerrigadoo, qui a pour objectif de faciliter les procédures d’extradition, et la présentation en première lecture par le ministre des Administrations régionales et des Îles éloignées Mahen Jhugroo d’un amendement à la Outer Islands Development Corporation Act pour inclure un représentant du ministère sur son conseil d’administration. Le seul item intéressant à prévoir lors de cette séance est la Private Notice Question du leader de l’opposition, Xavier Duval.
C’est jeudi 22 juin au terme d’un vrai marathon que le cycle budgétaire a été bouclé. C’est l’exercice de l’examen en comité des dotations budgétaires qui, cette année encore, a le plus captivé l’attention et mis sur le gril le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et ses ministres qui ont eu fort à faire face au feu roulant des questions de l’opposition, avec comme principaux porteurs de l’estocade les Rajesh Bhagwan, Reza Uteem, Veda Baloomoody, mais aussi les nouveaux venus sur les travées de l’opposition que sont Adrien Duval, Roshi Bhadain et leurs collègues de l’entente PMSD-Reform Party.
C’est ainsi, pour ne citer qu’un exemple, qu’il a fallu attendre l’examen en comité du budget pour arracher du Premier ministre des détails sur sa cohorte de conseillers les uns plus obscurs que les autres mais qui pompent néanmoins Rs 7 millions de la poche des contribuables, alors qu’une question très précise en ce sens lui avait été adressée par Reza Uteem depuis le 28 mars 2017. Quatre mois pour obtenir des réponses partielles, c’est la démocratie parlementaire qui est piétinée.
Quant aux longs débats budgétaires qui ont précédé, on a eu droit à des interventions de facture inégale. C’était entre la hauteur, le raisonnable et le médiocre. Les téléspectateurs ont pu juger d’eux-mêmes de la qualité de ceux qui les représentent. Entre ceux qui tenaient meeting, ceux qui, parce qu’ils viennent tout juste de retourner leurs vestes, se sont crus obligés d’encenser leur nouveau dieu Pravind Jugnauth, il y a quand même eu des discours plus mesurés et plus constructifs et plus en adéquation avec ce que doit être un débat sur les comptes de la nation.
Si on peut dire que les leaders de toutes les formations ont tenu à respecter la solennité du rendez-vous, que ce soit l’ancien Premier ministre Paul Bérenger, le leader de l’opposition Xavier Duval, Alan Ganoo, celui du MSM, mais également Premier ministre et ministre ces Finances, est, lui, bien trop souvent, tombé dans la petitesse et l’argumentaire de la caisse de savon. Rien de surprenant puisque c’est son style et qu’il est souvent celui qui est à la base des tensions dans l’hémicycle et des interruptions de séance.
Avec la partielle au N°18 qui est au programme politique des prochaines semaines, il est fort à parier que les séances parlementaires vont se faire encore plus espacées et que lorsqu’elles seront obligées, ce sera au grand dam des téléspectateurs et électeurs assistant au bal des médiocres.