Du pain béni pour l’opposition que ce budget supplémentaire de Rs 4,1milliards. Ignorées les augmentations de dotations requises pour le PRB, l’augmentation des prestations sociales et les Rs 100 millions octroyées au Bureau du Commissaire électoral pour l’organisation des élections municipales du 14 juin 2015, focus sur les Rs 1,4 milliards additionnelles injectées dans la Maubank Holdings, compagnie propriétaire de Maubank elle-même, une fusion de la National Commercial Bank et de la Mauritius Post and Cooperative Bank. C’est en effet sur ce dernier aspect que les débats se sont concentrés, ce qui a, bien entendu, donné lieu à de nombreuses joutes verbales, l’opposition se délectant en rappelant les affirmations catégoriques de plus d’un membre du GM à l’effet que des fonds publics n’iraient pas dans les entreprises de l’ex-BAI.
Le nouveau ministre des Finances Pravind Jugnauth qui signait son retour au gouvernement avec la présentation de ce texte portant sur un budget supplémentaire de Rs 4,1 milliards pour l’exercice 2015/16 avait été sobre et clinique dans sa présentation. Il a expliqué les raisons de ses dotations et, sur la saga de la Maubank, il a rappelé qu’un total de Rs 3 milliards a déjà été injecté dans cette entité comme suit : de janvier à juin 2015 Rs 1,4 milliards et de juillet 2015 à juin 2016, Rs 1,6 milliards.
Reza Uteem, qui avait fait son homework et, donc très documenté, a ouvert les débats en bombardant le gouvernement de tous les qualificatifs pour sa gestion du dossier économique. Il a avancé n’avoir rien à redire sur le PRB. Mais il a regretté  l’absence de référence : aux augmentations des allocations du Premier ministre et des parlementaires, sur la révision des prestations des pensionnés, veuves et autres orphelins dans la mesure où c’est le leader de l’opposition lui-même qui avait relevé l’oubli des plus démunis lors de l’adoption du Additional Remunerations Act l’année dernière. Mais le ton a été tout autre pour les dotations requises en vue de renflouer la Maubank.
Après quelques remarques sur le niveau de la dette publique  qui a atteint près des 65% du PIB alors que le seuil considéré comme encore gérable est de 60%, le député mauve s’est embarqué dans un exercice de rappel de toutes les annonces de Vishnu Lutchmeenaraidoo qui ne se sont jamais matérialisées dont le taux de croissance de 5,3%.  La Maubank, qui était censée être une entité entièrement dédiée aux petites et moyennes entreprises, est devenue une banque comme les autres, maintenue en vie à coups d’injections de fonds publics, ce que Paul Bérenger qualifiait, dit-il,  « good money running after bad money ».
Et de dénoncer sévèrement les faveurs accordées aux nouveaux copains du gouvernement Lepep, ceux-là même qui avaient des emprunts toxiques à hauteur de Rs 1,7 milliards auprès de la MPCB et qui devaient passer sous une nouvelle organisation en vue de leur recouvrement. Au contraire, des fonds publics ont été engloutis jusqu’à Rs 4,4 milliards pour créer la Maubank et absorber la MPCB. Le parallèle dressé par Reza Uteem sera implacable. On a fermé la Bramer parce qu’elle était mal gérée mais on a ravivé la MPCB malgré ses Rs 1,7 milliards de crédits toxiques tandis que les PME sont restées sur le carreau avec de miettes.
Le prochain intervenant a été Vishnu Lutchmeenaraidoo celui qui a été le responsable de l’économie sur la période concernée par le budget supplémentaire. Il s’est expliqué sur les décisions prises et a même pris Paul Bérenger à témoin pour n’avoir pas dramatisé les choses au moment de la révocation de la licence de la Bramer Bank. Justifiant les décisions prises, il a dit que cela a été fait en vue d’endiguer une crise économique et sociale et pour maintenir les emplois et les dépôts de milliers de familles.
Le chef de file du PTr, Shakeel Mohamed, qui lui l’a succédé à la tribune adoptera un ton moins conciliant même s’il s’est arrangé pour ménager Pravind Jugnauth tout en concentrant ses tirs sur le tandem Lutchmeenaraidoo/Bhadain. Il est revenu en détail sur les différentes étapes de l’affaire BAI mais a été interrompue par la Speaker qui l’a invité à ne pas trop s’éloigner du sujet. Il n’en aura cure et continuera à critiquer le gouvernement pour avoir provoqué des licenciements et injecté des fonds publics dans des organismes voués au « crash ».
Le député, toujours perfide, en a aussi profité pour tourner  en dérision la posture du gouvernement qui consiste à critiquer la gestion économique de l’ancien gouvernement tout en omettant de rappeler que les deux ministres des Finances concernés n’étaient autres que Pravind Jugnauth et Xavier Duval, deux membres de l’actuel régime.
Lui donnant la réplique, le ministre des Services et de la Bonne Gouvernance Roshi Bhadain ne va pas y aller de main morte. A quoi s’attendait l’opposition ? Que le gouvernement laisse pourrir la situation, qu’il provoque une crise sociale ? Il s’est alors adressé à Shakeel Mohamed avec des commentaires qui ont nécessité de nombreuses interventions de Maya Hanoomanjee.
Le gouvernement, a-t-il dit, est en train de corriger les failles de deux banques, la  Bramer et le MPCB dont la mauvaise gestion était connue sinon tolérée par l’ancien gouvernement. Il a fait son devoir et c’est ainsi que  les emplois et les dépôts de milliers de clients ont été sauvegardés.
« A very dangerous frame of mind »
Le dernier intervenant a été le leader de l’opposition qui est revenu sur la manière dont il avait été informé de la fermeture de la Bramer Bank par Vishnu Lutchmeenaraidoo et l’annonce de celui-ci à l’effet que c’est la SBM qui allait reprendre les activités de la défunte entité. A partir de là, tout ne sera que « fuite en avant ».
Et de renchérir en ces termes : “Never start something that you cannot stop. This is the way how it started.Then, there was improvisation as they went along.  There was what we call in French une fuite en avant.  SICOM was going to take the pension side! It was not going to be superb.  State Bank takes on the banking side”!
Paul Bérenger ajoutera aussi:  «They behaved — both Ministers Lutchmeenaraidoo and Bhadain   and  it  is  very  dangerous  — as  if  those  public  companies  or  corporations  are  their  property.    They  had  decided  that  State  Bank  was  going  to  take  over  Bramer  Bank  and  that  SICOM was going to take over the pension side.  It is madness!  But it is a frame of mind; a very dangerous frame of mind».  Et c’est Pravind Jugnauth qui hérite de ce gâchis!, a-t-il déploré.
Décidément bien inspiré, il rappellera tout ce qui avait été dit sur les PME avec pour résultat qu’aujourd’hui même le ministre qui en la responsabilité « is unhappy ». C’est le « malheur of Governments and of Parties that either are populist or want to be popular with everybody, including France these days, is that we promise everything, we do everything and we don’t stop to look at the real economy» .Et d’inviter le nouveau ministre des Finances à réfléchir sur la situation que tout cela a créé dan un pays qui est censé être un Etat de droit.
Adepte du baisemain et de la….peine de mort
Aussi sobre que lors de la présentation, le ministre des Finances, Pravind Jugnauth se contentera, lors du résumé des débats, de répondre à certains points essentiels même s’il a eu une petite pique en direction de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam. L’examen en comité bouclé, le texte sera proposé en troisième lecture mardi, prochain.
Le seul moment solennel qu’aura connu la séance de mardi aura été la déclaration du Premier ministre sur les incidents visant l’ambassade de France et l’Hôtel le St Georges. Il a condamné les actes commis et a rassuré tout un chacun sur le caractère sûr et paisible du pays. Cela dit, des mesures de sécurité ont été renforcées pour maintenir l’ordre et la paix. Il a été rejoint dans son geste de solidarité avec la France par le leader de l’opposition.
Sinon, l’histoire du baisemain de Roshi Bhadain à Pravind Jugnauth a continué à alimenter les railleries au Parlement cette semaine encore. Au moment où le ministre des Services financiers lui lançait des remarques, Shakeel Mohamed a répliqué: « He will not be able to kiss my hand to keep me quiet today. Oh, no! He is a good kisser!».
Le baisemain reviendra sur le tapis lorsque Roshi Bhadain suggérera que le leader de l’opposition serait toujours « in the mood » avec le PTr. Réaction de Paul Bérenger : « taler mo tir to pésé déor kan to ti vine kot moi! He tried to kiss my hand », ajoutera-t-il, sous les ricanements d’un hémicycle vraiment amusé.
Le ministre des Services financiers qui n’était pas  dans un bon jour sera rappelé à l’ordre à deux reprises par la Speaker  lorsqu’il dira que les coupables de la mauvaise gestion de la BAI auraient du être «hanged» et lorsqu’il dira que Shakeel Mohamed a induit la Chambre en erreur. Malgré ses tentatives de s’expliquer, Maya Hanoomanjee ne le lâchera pas jusqu’à ce qu’il retire ses propos.