Le texte de loi prévoyant la dissolution de la National agency for the treatement and rehabilitation of substance abusers (Natresa) a été adopté par la majorité parlementaire hier soir. À cette occasion, le ministre de la Santé, Anil Gayan, initiateur du texte de loi, a fait comprendre qu’il n’est pas contre les Ong, mais qu’il est « en faveur de l’élimination de la drogue dans le pays ». Le député de l’opposition, Alan Ganoo, qui est intervenu avant que le ministre ne résume les débats, devait demander : « Pourquoi n’avoir pas attendu les recommandations de la commission d’enquête sur la drogue concernant la Natresa avant de sceller le sort de l’agence nationale ? »
Lors de la conclusion des débats hier après-midi, le ministre de la Santé a fait comprendre que « la présentation de cette législation survient à la suite de rapports négatifs répétés concernant le travail de la Natresa ». Anil Gayan a dans le même élan nié les accusations du député de l’opposition Shakeel Mohamed, qui transmettaient que « le ministre de la Santé assassine la Natresa ». À Anil Gayan d’affirmer avoir donné « amplement le temps nécessaire à l’agence pour faire ses preuves ». Le ministre de la Santé a fait comprendre qu’il a décidé de présenter le texte de loi lorsqu’il a été « satisfait qu’il n’y avait pas d’autres options que de dissoudre la Natresa ».
Profitant de l’occasion, Anil Gayan est revenu sur la distribution de méthadone. Selon le ministre de Santé, c’est « après consultation avec toutes les Ong concernées » qu’il a pris la décision de choisir les postes de police pour la distribution. « J’ai fait le tour du pays et personne n’a accepté que la méthadone soit distribuée à proximité de leur domicile. À un certain moment, j’avais envisagé d’utiliser le centre social de Cité Barkly pour la distribution aux personnes vivant dans la région. Cependant, à mon arrivée en compagnie de la police, je me suis heurté à une manifestation contre l’utilisation du centre social », a lancé le ministre.
Ce dernier a aussi nié que la distribution de méthadone est « chose du passé » et a expliqué que « ce médicament est offert à 5 000 personnes quotidiennement ». À ce propos, Anil Gayan a évoqué sa rencontre avec un responsable réunionnais engagé dans la réhabilitation des usagers de drogues. Ce responsable réunionnais lui aurait confié qu’il y a « seulement 250 personnes sous méthadone à l’île soeur », où il reconnaît que la situation est différente.
S’agissant du VIH/sida, le ministre a observé qu’il y a « une baisse dans le nombre de cas enregistrés annuellement ». Dans la même optique, Anil Gayan a évoqué la distribution des aiguilles, pour laquelle il dit s’être « alarmé » en constatant que « le nombre distribué a subitement grimpé de 35 000 à 55 000 », avant de rappeler que « les Ong reçoivent une allocation de Rs 50 000 pour la distribution des aiguilles ».
Par ailleurs, Anil Gayan a nié une affirmation d’Alan Ganoo à l’effet qu’il aurait « empêché un représentant de la Natresa de déposer devant la commission d’enquête sur la drogue malgré le fait qu’il avait été convoqué ». Le ministre de la Santé a annoncé que « le représentant de la Natresa déposera devant la commission à la fin du mois ».
D’autre part, Anil Gayan a fait comprendre que « l’aide accordée aux Ong se poursuivra ». Il ajoute n’avoir «  jamais été contre les Ong », mais estime en revanche qu’il est de son « devoir » de s’assurer « que les fonds mis à leur disposition par le gouvernement soient utilisés à bon escient ». Poursuivant, le ministre de la Santé a déploré que « malgré leur expérience, aucune Ong n’a pu déposer une liste de noms de trafiquants de drogue à la commission d’enquête », avant de souhaiter que ceux soumis par le travailleur social Ally Lazer soient « utiles à la commission ». Anil Gayan a finalement exprimé sa volonté de « lutter pour l’élimination de la drogue à Maurice ».
À la fin de l’intervention d’Anil Gayan, la Speaker, Maya Hanoomanjee, a fait référence à une affirmation du ministre à l’effet qu’il soumettra une liste de noms de patients bénéficiant du traitement de méthadone. Maya Hanoomanjee devait faire comprendre qu’elle ne pourra accepter une telle liste. Au ministre de répondre : « Je m’en tiens à votre “ruling”. »
« La faute aux anciens ministres »
Pour Alan Ganoo, qui est intervenu avant le ministre de la Santé, « Anil Gayan a tort de s’en prendre à la Natresa car ce sont les anciens ministres responsables de cette agence qui sont responsables de la situation ». Le député de l’opposition s’est longuement appesanti sur la raison pour laquelle la Natresa avait été créée, en 1996, avec comme vocation d’être « une organisation nationale réunissant tous les représentants des institutions ainsi que les Ong militant contre le trafic de drogues et pour la réhabilitation des victimes ».
« Ce travail ne peut être fait uniquement par le gouvernement, malgré toute la bonne volonté. La Natresa, en raison de l’étendue de ses attributions et des organisations qui y étaient représentées, constituait une source d’information précieuse et nécessaire pour que le ministère fasse son travail », a déclaré Alan Ganoo. Ce dernier a reproché aux anciens ministres de la Santé de n’avoir pas pris cette organisation au sérieux. « Les choses se sont compliquées dans la mesure où la Natresa a changé à plusieurs reprises sous les divers ministres », devait-il relever. Alan Ganoo estime qu’il est « dommage que le travail effectué par la Natresa ait été confié à un comité du ministère de la Santé composé essentiellement de fonctionnaires (…) car malgré tout le dévouement de ces derniers, ils ne pourront pas remplacer les Ong, qui ont une grande connaissance du terrain ».
Le député de l’opposition a aussi rappelé que « les attributions de la commission d’enquête sur la drogue tiennent également compte du travail de réhabilitation effectué par les organisations comme la Natresa ». Et d’estimer qu’il aurait été mieux que « le ministre attende les recommandations de la commission avant de prendre une décision concernant l’avenir de l’agence ».
Par ailleurs, Alan Ganoo a déploré que « le ministre Anil Gayan ait empêché un représentant de la Natresa de déposer devant la commission », tout en estimant qu’il « n’est pas trop tard ». Et de poursuivre : « En attendant les procédures officielles et en attendant que la présidente de la République donne son assentiment au texte de loi, le ministre peut permettre à un représentant de l’agence de déposer devant la commission. »